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À l’approche du mouvement annoncé le 13 août par les organisations de sapeurs-pompiers professionnels, le Syndicat des Sapeurs-Pompiers Volontaires de France (SSPVF) veut faire entendre la voix des près de 200 000 volontaires qui participent quotidiennement aux secours. L’organisation assure qu’aucun mot d’ordre de retrait de disponibilité n’a été donné et appelle le ministère de l’Intérieur à ouvrir une véritable concertation nationale sur l’avenir du modèle français de sécurité civile.

À quelques jours du mouvement social annoncé pour le jeudi 13 août, le Syndicat des Sapeurs-Pompiers Volontaires de France entend rappeler le poids déterminant du volontariat dans l’organisation des secours en France.

Dans un communiqué publié lundi 10 août, le SSPVF insiste sur un chiffre : les sapeurs-pompiers volontaires représentent près de 80 % des effectifs. Selon les données avancées par le syndicat, les services d’incendie et de secours ont réalisé 4,89 millions d’opérations en 2025 avec 258 641 sapeurs-pompiers, parmi lesquels 200 961 volontaires, soit près de 78 % des effectifs.

Les volontaires assureraient par ailleurs environ 67 % de l’activité opérationnelle nationale. Un poids considérable qui fait d’eux, selon le SSPVF, « l’ossature » de milliers de centres de secours, particulièrement dans les territoires ruraux et les zones où la présence permanente de professionnels est plus limitée.

« Le 13 août, les sapeurs-pompiers volontaires seront là »

Alors que les organisations représentant les sapeurs-pompiers professionnels préparent leur mobilisation, le SSPVF tient avant tout à rassurer la population : les secours continueront à être assurés.

L’organisation précise n’avoir donné « aucun mot d’ordre de retrait de disponibilité » à ses adhérents et affirme que les sapeurs-pompiers volontaires resteront mobilisables dans le cadre habituel de leurs disponibilités et de l’organisation opérationnelle de chaque service départemental d’incendie et de secours (SDIS).

Dans les villes comme dans les territoires ruraux, les volontaires continueront donc, selon le syndicat, à participer aux gardes, aux astreintes et aux départs en intervention, aux côtés des sapeurs-pompiers professionnels présents.

Le SSPVF résume sa position par une formule sans ambiguïté : « Le 13 août, les sapeurs-pompiers volontaires seront là. »

Le syndicat dit respecter pleinement le droit des sapeurs-pompiers professionnels à défendre leurs revendications. Il regrette toutefois que les volontaires et leurs représentants n’aient, selon lui, été ni consultés ni associés à la préparation du mouvement.

Le SSPVF se montre notamment critique à l’égard des appels visant certains volontaires à ne pas accepter des renforts de garde.

Pour le syndicat, une ligne rouge doit être posée : les revendications concernant le volontariat doivent être élaborées « avec les SPV, pour les SPV et par ceux qui les représentent ».

Un modèle de secours largement dépendant du volontariat

Au-delà de la mobilisation du 13 août, le SSPVF veut surtout replacer le débat dans une perspective plus large : celle de l’avenir du modèle français de sécurité civile.

Le syndicat souligne notamment la diminution du nombre de centres de secours recensés sur le territoire. Leur nombre serait passé de 8 698 en 2002 à 5 994 en 2021, même si cette évolution comprend également des regroupements et des changements administratifs.

Dans de nombreux secteurs ruraux, la proximité des secours repose encore largement sur la capacité à maintenir des centres fonctionnant grâce à l’engagement des volontaires.

Pour le SSPVF, un affaiblissement progressif du volontariat pourrait donc entraîner une réduction du maillage territorial, avec à terme un éloignement des moyens de secours par rapport à la population.

Le syndicat formule une crainte particulièrement forte : voir apparaître demain des « déserts de secours », sur le modèle des déserts médicaux qui affectent déjà certains territoires.

« Nous refusons que les déserts médicaux d’aujourd’hui deviennent les déserts de secours de demain », affirme l’organisation.

Un remplacement des volontaires qui coûterait plusieurs milliards d’euros

Le SSPVF avance également un argument économique. Selon ses estimations, remplacer une partie importante des sapeurs-pompiers volontaires par des professionnels représenterait un coût supplémentaire majeur pour les finances publiques.

À titre d’ordre de grandeur, le syndicat estime que le remplacement de 25 % des volontaires pourrait coûter entre 1 et 2 milliards d’euros supplémentaires par an. Pour 50 % des effectifs volontaires, la facture pourrait atteindre 3 à 4 milliards d’euros. Un remplacement total représenterait, selon le SSPVF, entre 6 et 8 milliards d’euros supplémentaires chaque année.

Ces dépenses de fonctionnement ne constitueraient qu’une partie de l’effort financier nécessaire. Le passage à un modèle beaucoup plus professionnalisé imposerait également, selon le syndicat, plusieurs milliards d’euros d’investissements supplémentaires dans les casernes, les véhicules, les équipements, les infrastructures et la formation.

Pour l’organisation, deux scénarios se dessineraient alors : augmenter massivement les dépenses publiques ou réduire le nombre de centres et concentrer davantage les moyens de secours.

Dans les deux cas, le SSPVF considère qu’une remise en cause profonde du volontariat aurait des conséquences directes sur l’organisation territoriale des secours.

Une représentation jugée insuffisante

Le cœur du conflit porté par le SSPVF est aussi institutionnel.

Depuis plusieurs mois, le syndicat affirme solliciter le ministère de l’Intérieur afin d’engager une concertation nationale sur le devenir du volontariat. Mais l’organisation estime ne pas disposer aujourd’hui d’une représentation suffisante dans les discussions portant sur l’avenir de la sécurité civile.

Elle considère que le dialogue social et institutionnel reste principalement structuré autour des organisations de sapeurs-pompiers professionnels et des personnels administratifs, techniques et spécialisés.

Une situation difficilement acceptable aux yeux du SSPVF compte tenu du poids numérique et opérationnel des volontaires.

« On ne peut pas considérer les volontaires comme indispensables lorsqu’il faut assurer les secours et comme secondaires lorsqu’il faut décider de leur avenir », résume le syndicat.

Derrière cette formule, le SSPVF réclame une évolution profonde de la gouvernance du modèle de sécurité civile afin que les volontaires disposent d’une représentation correspondant davantage à leur place réelle sur le terrain.

Dix priorités pour « refonder » le système

Pour sortir de cette situation, le SSPVF propose une refondation de la sécurité civile française articulée autour de dix priorités.

La première consiste à donner une véritable représentation institutionnelle aux sapeurs-pompiers volontaires. Le syndicat souhaite également préserver le maillage territorial des centres de secours et garantir, en parallèle, un potentiel permanent de sapeurs-pompiers professionnels adapté aux besoins des territoires, sans pour autant substituer systématiquement les professionnels aux volontaires.

Le SSPVF réclame aussi davantage de souplesse dans l’engagement volontaire. Il souhaite protéger la santé, le repos et la sécurité des SPV, alors que les contraintes opérationnelles et professionnelles peuvent rendre de plus en plus difficile la conciliation entre engagement, emploi et vie personnelle.

Un plan national de fidélisation figure également parmi les demandes. L’objectif serait de mieux recruter mais surtout de conserver les volontaires dans la durée, dans un contexte où plusieurs territoires rencontrent des difficultés pour maintenir leurs effectifs disponibles.

Le syndicat demande parallèlement une simplification du fonctionnement des SDIS afin, selon ses termes, de « remettre l’opérationnel au centre ».

La question financière occupe également une place importante. Le SSPVF souhaite une revalorisation de l’engagement, des indemnités et de la durée de service, mais aussi une meilleure protection de l’emploi des volontaires.

Le rôle des employeurs publics et privés est considéré comme déterminant : sans leur accord pour libérer leurs salariés lorsqu’une intervention ou une garde l’exige, le modèle du volontariat peut rapidement perdre une partie de son efficacité en journée.

Enfin, le SSPVF réclame l’organisation d’une conférence nationale de refondation de la sécurité civile associant réellement les représentants des volontaires.

Ni « tout professionnel », ni « tout volontaire »

Malgré la fermeté de son communiqué, le SSPVF affirme ne pas vouloir opposer sapeurs-pompiers professionnels et volontaires.

L’organisation rejette aussi bien un modèle reposant exclusivement sur des professionnels qu’un système qui serait presque intégralement fondé sur le volontariat.

Sa doctrine se résume en une formule : « Le bon moyen, au bon endroit, au bon moment. »

Dans les grandes agglomérations et les secteurs connaissant une activité opérationnelle importante, la présence de professionnels demeure indispensable. À l’inverse, dans une grande partie du territoire rural et périurbain, le volontariat permet de maintenir un réseau dense de centres de secours et des délais d’intervention compatibles avec les besoins de la population.

C’est cette complémentarité que le SSPVF estime nécessaire de préserver.

À travers son communiqué, le syndicat cherche donc à dépasser le seul rendez-vous du 13 août. Son objectif est de faire de la mobilisation actuelle le point de départ d’un débat plus large sur le financement, l’organisation et la représentation de la sécurité civile française.

Le SSPVF demande désormais au ministre de l’Intérieur l’ouverture d’une « véritable concertation nationale » réunissant les acteurs concernés et leurs représentants.

Son mot d’ordre tient en trois principes : « Plus de secours, plus de proximité, moins de contraintes. »

Alors que la sécurité civile française repose sur une articulation historique entre professionnels et volontaires, le débat soulevé à l’occasion du mouvement du 13 août pose finalement une question beaucoup plus large : quel modèle de secours la France veut-elle conserver dans les années à venir, et quelle place souhaite-t-elle donner aux quelque 200 000 citoyens qui choisissent aujourd’hui de s’engager comme sapeurs-pompiers volontaires ?

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