Soutenue par une large coalition allant du Parti socialiste au MoDem, en passant par le Parti radical, le PRG, Place publique et la Fédération progressiste, et bénéficiant de la « neutralité bienveillante » des écologistes, la liste conduite par François Rebsamen entend bousculer les équilibres politiques de la Côte-d’Or. À un peu plus d’un mois du scrutin sénatorial du 27 septembre, l’ancien ministre et président de Dijon Métropole affiche clairement son objectif : décrocher deux des trois sièges à pourvoir.
À moins d’un spectaculaire retournement de situation, tous les regards semblent désormais tournés vers une même perspective : François Rebsamen pourrait retrouver, dix-huit ans après sa première élection, les bancs du Sénat.
L’ancien maire de Dijon connaît bien le Palais du Luxembourg. Élu sénateur de la Côte-d’Or en septembre 2008, il avait quitté son mandat en mai 2014 après son entrée au gouvernement de Manuel Valls comme ministre du Travail. Douze ans plus tard, à 75 ans, celui qui demeure l’une des figures politiques les plus expérimentées du département se prépare à tenter un retour au Sénat. François Rebsamen est né le 25 juin 1951.
Une liste qui veut rassembler au-delà de la gauche
La candidature de François Rebsamen était connue depuis plusieurs semaines, tout comme le nom de sa numéro deux, Céline Gilardet-Aloïzos, maire de Labruyère. Mais c’est mercredi 19 août, à Messigny-et-Vantoux, que l’ensemble de l’équipe engagée sous la bannière « La voix des communes » a été présenté.
En troisième position figure David Camus, maire de Villers-les-Pots et suppléant de Catherine Hervieu, députée écologiste de la Côte-d’Or. Sa présence est particulièrement symbolique : elle matérialise la « neutralité bienveillante » revendiquée des écologistes à l’égard de la candidature Rebsamen.
En quatrième position, Céline Tonot, maire de Longvic, conseillère départementale du canton de Longvic-Gevrey et vice-présidente de Dijon Métropole chargée notamment de la transition écologique, des déchets et de l’énergie. Enfin, Guy Vadrot, maire de Santenay, complète la liste en cinquième position.
À travers ces profils, François Rebsamen cherche à afficher un équilibre géographique et politique, avec des élus issus aussi bien de la métropole dijonnaise que de communes plus rurales.
La stratégie est assumée : ne pas apparaître comme le candidat de la seule gauche dijonnaise, mais comme celui d’un rassemblement beaucoup plus large autour des élus locaux. Le PS, Place publique, le Parti radical de gauche, la Fédération progressiste fondée par François Rebsamen, mais également le Parti radical et le MoDem soutiennent la démarche.
Un attelage politique particulièrement large dans une élection sénatoriale où les étiquettes partisanes comptent, mais où les réseaux d’élus locaux, les relations personnelles et l’implantation territoriale peuvent peser tout autant.
Objectif : deux sénateurs
François Rebsamen ne s’en cache pas : il ne part pas seulement à la conquête de son propre siège. Son objectif est de faire élire deux candidats de sa liste sur les trois sénateurs que compte la Côte-d’Or.
Environ 1 630 grands électeurs du département sont appelés aux urnes dimanche 27 septembre. Ils auront la responsabilité de renouveler les trois sièges jusqu’ici détenus par François Patriat, Alain Houpert et Anne-Catherine Loisier.
Le scrutin a pris une dimension particulière avec la disparition brutale de François Patriat, mercredi 19 août. Âgé de 83 ans, le sénateur Renaissance et président du groupe RDPI au Sénat est décédé au CHU de Dijon des suites d’un grave accident de vélo survenu le 17 juillet. Figure incontournable de la politique bourguignonne et soutien historique d’Emmanuel Macron, il occupait un siège au Sénat depuis 2008.
Face à François Rebsamen se dressera notamment la liste de la Droite et du Centre, conduite cette fois par la sénatrice sortante Anne-Catherine Loisier, avec Alain Houpert en deuxième position.
Une configuration obtenue, selon les mots de François Rebsamen, après de « sacrées tractations » à droite. Le duel est donc clairement installé : d’un côté, une liste Rebsamen construite autour d’un rassemblement du centre à la gauche ; de l’autre, l’alliance traditionnelle de la droite et du centre sénatorial.
La bataille des communes
François Rebsamen a choisi un nom qui n’a rien d’anodin : « La voix des communes ». Dans une élection réservée aux grands électeurs – pour l’essentiel des élus municipaux –, le message est directement adressé aux maires et conseillers municipaux de Côte-d’Or.
L’ancien ministre entend notamment combattre ce qu’il présente comme une opposition « factice » entre territoires urbains et ruraux. Il défend davantage de pouvoir pour les communes et les intercommunalités et évoque un « fédéralisme à la française », dans la tradition défendue notamment par Jean-Louis Borloo.
Une manière aussi pour le président de Dijon Métropole de répondre à l’un des arguments que pourraient employer ses adversaires : celui d’un candidat trop étroitement associé à Dijon et à son agglomération.
Car si François Rebsamen a bâti une grande partie de sa carrière dans la capitale régionale, il sait que l’élection se gagnera bien au-delà des limites de la métropole. Des petites communes de l’Auxois aux territoires du Châtillonnais, du Beaunois à la plaine de Saône, chaque voix comptera.
Et sur ce terrain, son expérience et les réseaux accumulés au cours de plusieurs décennies de vie publique constituent probablement son principal atout.
Un départ qui bouleverserait Dijon Métropole
Une victoire le 27 septembre aurait cependant une conséquence immédiate sur l’organisation politique locale. François Rebsamen ne pourrait pas conserver la présidence de Dijon Métropole tout en exerçant son mandat de sénateur, les règles sur le non-cumul rendant incompatible un mandat parlementaire avec une fonction exécutive à la tête d’un établissement public de coopération intercommunale.
Réélu président de Dijon Métropole le 16 avril 2026, François Rebsamen devrait donc quitter cette fonction en cas d’entrée au Palais du Luxembourg.
Se poserait alors immédiatement la question de sa succession. Un nom vient naturellement à l’esprit : celui de Nathalie Koenders, maire de Dijon. Proche politique de longue date de François Rebsamen et déjà au cœur de l’exécutif métropolitain, elle ferait figure de candidate logique pour assurer la continuité de la majorité.
Mais rien ne serait automatique. Le prochain président ou la prochaine présidente de Dijon Métropole devrait être élu par les conseillers métropolitains. Nathalie Koenders pourrait donc apparaître comme favorite, sans qu’il soit possible, avant ce vote, de présenter sa succession comme acquise.
Après la succession réussie à la mairie de Dijon, où Nathalie Koenders a installé son propre leadership, une nouvelle transmission pourrait ainsi s’organiser à la tête de la métropole.
Le dernier grand mandat de François Rebsamen ?
Reste une question, peut-être la plus politique de toutes : le Sénat sera-t-il le dernier chapitre de la carrière de François Rebsamen ?
Le 27 septembre, il aura 75 ans. Derrière lui, près d’un demi-siècle de vie politique : maire de Dijon, président de l’agglomération puis de Dijon Métropole, sénateur, ministre du Travail, ministre de l’Aménagement du territoire et de la Décentralisation, sans oublier ses nombreuses responsabilités au Parti socialiste puis à la Fédération progressiste.
Son éventuelle élection au Sénat aurait ainsi quelque chose d’un retour aux sources.
François Rebsamen retrouverait une institution qu’il connaît déjà, dans laquelle il pourrait mettre à profit son expérience des collectivités territoriales, tout en abandonnant l’exécutif métropolitain qu’il a largement contribué à façonner.
Ceux qui suivent le parcours de l’ancien maire de Dijon savent combien François Rebsamen a régulièrement déjoué les pronostics sur son avenir. Entrées au gouvernement, retours à Dijon, départ de la mairie, retour à la présidence de la métropole : sa carrière politique a rarement suivi une ligne droite.
À 75 ans, le scrutin du 27 septembre 2026 pourrait donc lui offrir une dernière grande fonction nationale et la possibilité de boucler la boucle, dix-huit ans après sa première entrée au Palais du Luxembourg.
À moins que ce nouveau mandat ne soit, une fois encore, qu’une nouvelle étape. Car avec François Rebsamen, en politique, la touche finale est rarement écrite à l’avance.
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