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La remise en circulation d’une campagne gouvernementale de prévention contre la cocaïne provoque la colère de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie de Côte-d’Or. En cause : une vidéo montrant un professionnel de la restauration ayant recours à la drogue pour faire face aux contraintes de son travail. Pour l’UMIH, le choix de cette représentation entretient un cliché alors même que la consommation de cocaïne touche désormais l’ensemble des catégories sociales et professionnelles.

La prévention des addictions fait consensus. La manière de la mettre en scène, beaucoup moins. L’UMIH Côte-d’Or est montée au créneau après la rediffusion d’une campagne de sensibilisation à la cocaïne portée par les pouvoirs publics, estimant que celle-ci désigne une nouvelle fois les professionnels de la restauration comme une population particulièrement associée à la consommation de stupéfiants.

À l’origine de la polémique se trouve une campagne réalisée par la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives, la MILDECA. Produite en 2023, elle comprend quatre vidéos de trente secondes destinées principalement aux jeunes adultes. Deux mettent en scène des situations de la vie quotidienne, autour de la fête et de la conduite automobile, tandis que deux autres abordent la consommation de cocaïne dans un contexte professionnel. Parmi elles figure une séquence baptisée « Le service », dont l’univers renvoie directement aux métiers de la restauration.

La campagne n’est donc pas nouvelle. Selon la MILDECA, ces quatre films ont connu une première phase de diffusion à l’automne 2023, puis une seconde en 2024. L’organisme gouvernemental indiquait en janvier 2025 qu’ils avaient alors été visionnés intégralement plus de 53 millions de fois. La campagne a également reçu le Prix de la Communication Citoyenne dans la catégorie « Santé publique » en décembre 2024.

Mais sa remise en circulation ravive aujourd’hui une colère ancienne chez les représentants de l’hôtellerie-restauration. Dans un message diffusé publiquement, l’UMIH Côte-d’Or reproche au Gouvernement de montrer « une nouvelle fois » un professionnel de la restauration consommant de la cocaïne pour « tenir » face aux contraintes de son métier. Pour l’organisation patronale, ce choix contribue à installer l’idée selon laquelle l’usage de stupéfiants serait particulièrement caractéristique du secteur.

L’UMIH ne conteste pourtant pas l’existence de conduites addictives dans les cafés, hôtels, restaurants et discothèques. Elle affirme au contraire avoir choisi de traiter le sujet directement. Depuis plusieurs années, l’organisation travaille avec la MILDECA sur la prévention des addictions dans le monde professionnel. En avril 2025, les deux structures avaient notamment annoncé conjointement le lancement d’un guide pratique destiné aux employeurs du secteur, avec des outils de sensibilisation, d’accompagnement des salariés et d’intégration des risques liés aux addictions dans les politiques de prévention des entreprises.

Cette coopération rend la polémique particulièrement sensible. À l’époque, l’UMIH et la MILDECA reconnaissaient ensemble que la consommation de produits psychoactifs constituait une réalité dans de nombreux secteurs professionnels et que certaines conditions de travail pouvaient favoriser ou aggraver les conduites addictives. L’UMIH estime aujourd’hui qu’il existe une différence entre reconnaître les risques propres à certaines organisations du travail et réduire symboliquement un secteur entier à l’image d’un salarié consommateur de cocaïne.

Le propre discours de la MILDECA apporte d’ailleurs de l’eau au moulin de cette critique sur un point essentiel : la cocaïne ne concerne plus un milieu professionnel ou social particulier. Lors de la présentation des résultats de sa campagne, l’organisme indiquait que les effets psychostimulants de la substance étaient désormais recherchés par un public plus large et qu’elle touchait « toutes les catégories socio-professionnelles ». La MILDECA rappelle également que la cocaïne peut être consommée dans des contextes festifs, sexuels ou professionnels et que son usage est observé dans de nombreux secteurs.

C’est précisément sur ce terrain que l’UMIH interpelle les pouvoirs publics. « Pourquoi encore montrer un restaurateur ? », demande en substance l’organisation, qui cite volontairement d’autres professions — avocat, trader, communicant ou membre d’un cabinet ministériel — afin de souligner que les addictions ne connaissent pas de frontières professionnelles.

L’allusion aux cabinets ministériels intervient dans un contexte politique particulier. Le 16 juin 2026, le Premier ministre Sébastien Lecornu a demandé aux ministres d’organiser des dépistages de stupéfiants « inopinés et obligatoires », notamment auprès des membres de leurs cabinets et de certains hauts fonctionnaires. Les contrôles doivent prendre la forme de tests salivaires. Cette décision a été prise dans le cadre de la lutte contre les stupéfiants et concerne également certains agents occupant des fonctions sensibles.

Pour l’UMIH, cet épisode démontre précisément que la question des drogues au travail dépasse largement les cuisines, les salles de restaurant et les établissements de nuit. L’organisation estime qu’une campagne nationale de prévention devrait donc refléter davantage cette diversité et éviter de concentrer les représentations sur quelques professions déjà confrontées à des clichés liés aux conditions de travail, aux horaires décalés ou à la pression des services.

La controverse pose ainsi une question plus large sur la manière de communiquer autour des addictions. Pour les pouvoirs publics, la représentation de situations professionnelles concrètes permet de toucher des publics qui ne se reconnaissent plus nécessairement dans l’image traditionnelle d’une consommation de cocaïne cantonnée à la fête ou aux milieux aisés. La MILDECA expliquait d’ailleurs avoir retenu ces scénarios après un pré-test auprès de son public cible et soulignait que certains métiers peuvent présenter des facteurs de risque particuliers, notamment lorsqu’ils sont physiquement difficiles ou soumis à une forte pression.

L’UMIH considère cependant que la répétition de ces représentations finit par produire l’effet inverse de celui recherché. Au lieu de montrer que l’addiction peut concerner tout le monde, elle risquerait, selon le syndicat, d’associer durablement la consommation de drogues à certaines professions. L’organisation ne demande donc pas l’abandon des campagnes de prévention, mais un changement dans la manière de représenter les personnes concernées.

L’UMIH a indiqué avoir saisi le Premier ministre ainsi que la ministre chargée de la Santé afin de demander l’arrêt de la diffusion des visuels contestés et leur retrait des canaux de communication institutionnels où ils seraient actuellement remis en circulation.

Derrière la polémique d’image se dessine finalement un paradoxe : l’UMIH et la MILDECA poursuivent officiellement le même objectif, celui de mieux prévenir les conduites addictives dans le monde professionnel. Leur désaccord porte désormais sur la façon d’en parler. Pour les restaurateurs, prévenir reste indispensable. Mais la prévention, insistent-ils, ne doit pas conduire à faire d’un métier le symbole d’un phénomène qui traverse aujourd’hui toute la société.

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