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Le tribunal de commerce de Dijon a placé, mardi 25 août 2026, Cycles Lapierre en redressement judiciaire. Le fabricant historique de vélos bénéficie désormais d’une période d’observation de six mois pour poursuivre son activité, retrouver des financements et tenter de préserver au maximum ses 106 emplois.

C’est le scénario qu’espérait la direction de Cycles Lapierre. Mardi 25 août, le tribunal de commerce de Dijon a officiellement ouvert une procédure de redressement judiciaire concernant le fabricant bourguignon de vélos.

Une première période d’observation de six mois a été décidée. Durant celle-ci, l’entreprise peut poursuivre son activité tandis que les dettes antérieures à l’ouverture de la procédure sont traitées dans le cadre du redressement judiciaire. Cette procédure peut également permettre d’obtenir des délais de paiement.

Pour Lapierre, ces six mois doivent surtout permettre de trouver un investisseur ou un repreneur capable d’apporter les capitaux nécessaires à la poursuite de l’activité.

106 emplois directement concernés à Dijon

L’enjeu dépasse largement la seule survie d’une marque. Cycles Lapierre emploie actuellement 106 salariés et reste profondément lié à Dijon, où l’entreprise a été fondée en 1946. Elle fête donc cette année ses 80 ans, et non 77 comme pourrait le laisser penser une création en 1949.

En 2025, Cycles Lapierre a réalisé 99,1 millions d’euros de chiffre d’affaires et s’appuie sur un réseau de plus de 800 revendeurs, selon les chiffres communiqués par l’entreprise.

Son usine dijonnaise assemble aujourd’hui environ 20 000 à 25 000 vélos haut de gamme par an.

Le placement en redressement judiciaire ne signifie donc pas l’arrêt immédiat de Lapierre. Au contraire, la procédure doit permettre à la société de poursuivre ses activités et de construire une solution de continuation.

La chute d’Accell Group a précipité les difficultés

L’un des éléments déclencheurs de la situation est la disparition du soutien financier de la maison mère de Lapierre, Accell Group. Contrairement à certaines informations ayant circulé, Accell n’est pas un groupe irlandais mais néerlandais. Il figure parmi les grands acteurs européens du vélo et possède ou a possédé plusieurs marques connues, parmi lesquelles Raleigh, Haibike et Winora.

Le 5 août 2026, au moment où Lapierre déposait sa demande de redressement judiciaire à Dijon, Accell connaissait déjà de très graves difficultés financières aux Pays-Bas.

La situation s’est ensuite aggravée : six sociétés néerlandaises d’Accell Group ont été déclarées en faillite le 11 août 2026, quelques jours avant l’audience concernant Lapierre.

La disparition de ce soutien financier a obligé la société dijonnaise à chercher les moyens de poursuivre son activité de façon indépendante.

Le marché du vélo paie encore la « bulle Covid »

Mais les problèmes de Lapierre ne s’expliquent pas uniquement par la chute de sa maison mère. Toute l’industrie européenne du vélo traverse depuis plusieurs années une phase difficile après l’explosion de la demande observée pendant et juste après la crise sanitaire.

En 2020 et 2021, les restrictions sanitaires, le développement des pistes cyclables et la recherche de nouveaux moyens de déplacement avaient provoqué une forte demande. Les fabricants et les distributeurs avaient alors augmenté leurs commandes et leurs capacités de production.

Lorsque la demande est revenue à un niveau plus normal, le secteur s’est retrouvé avec des stocks beaucoup trop importants.

Lapierre reconnaît lui-même avoir été confronté à cette situation. L’entreprise indique avoir réduit ses stocks de produits finis de près de 47 % entre fin 2023 et fin 2024.

Ces surstocks ont également entraîné de nombreuses promotions dans le secteur afin d’écouler les vélos disponibles. Une situation qui a mécaniquement pesé sur les marges et la rentabilité.

Les ventes de vélos neufs reculent encore

Les chiffres du marché français confirment cette crise. En 2025, environ 1,84 million de vélos neufs ont été vendus en France, soit une nouvelle baisse d’environ 6 % sur un an. Le marché recule ainsi pour la quatrième année consécutive en volume.

Le vélo électrique, qui avait largement contribué au boom du secteur, connaît lui aussi un sérieux ralentissement.

En 2025, environ 507 000 vélos à assistance électrique ont été vendus en France, soit une baisse de 16 % par rapport à l’année précédente. En 2022, au sommet du marché, les ventes avaient atteint environ 738 000 unités.

Le prix constitue également un obstacle important pour certains consommateurs. Selon les données de la filière, un vélo électrique neuf s’est vendu en moyenne autour de 2 000 euros en 2025.

Dans un contexte marqué par la prudence des ménages et plusieurs années d’inflation, de nombreux achats sont ainsi reportés.

Réparation et occasion gagnent du terrain

Le paradoxe est que les Français n’abandonnent pas nécessairement le vélo. Alors que les ventes de modèles neufs diminuent, la réparation et le vélo reconditionné progressent. L’emploi dans le secteur de la réparation a notamment fortement augmenté ces dernières années, tandis que les ventes de pièces détachées résistent mieux que celles des vélos neufs.

Le marché est donc en train de se transformer : davantage de consommateurs choisissent de conserver, réparer ou acheter d’occasion plutôt que de renouveler rapidement leur vélo.

Lapierre avait déjà commencé à réduire ses pertes

La situation financière de Lapierre reste fragile, mais certains indicateurs s’étaient améliorés avant le redressement judiciaire.

Selon l’entreprise, sa perte d’exploitation a diminué de 41 % entre 2024 et 2025 grâce notamment à un programme de réduction des coûts et des stocks. Les premiers mois de 2026 ont également montré une amélioration des marges.

Ces efforts n’ont toutefois pas suffi à rétablir la trésorerie.

C’est précisément là que se situe désormais le principal problème : pour acheter les composants, financer les stocks nécessaires, assembler les vélos et assurer le fonctionnement quotidien de l’entreprise, Lapierre a besoin de nouveaux capitaux.

Trouver un investisseur dans les six prochains mois

La priorité des dirigeants est donc claire : profiter de la période d’observation pour bâtir un plan de continuation et faire entrer un partenaire industriel ou financier.

William Perrier, directeur général de Cycles Lapierre, avait indiqué dès le début du mois d’août que l’objectif était de retrouver l’indépendance de l’entreprise et de trouver un investisseur capable de la soutenir durablement.

Plusieurs marques d’intérêt auraient déjà été reçues et la recherche concerne aussi bien des industriels que des investisseurs financiers.

Aucune reprise définitive n’est cependant actée à ce stade. Les prochains mois seront donc décisifs.

Pour Cycles Lapierre, le redressement judiciaire représente à la fois un avertissement et une chance : six mois pour convaincre qu’une entreprise vieille de 80 ans, réalisant près de 100 millions d’euros de chiffre d’affaires et employant 106 personnes à Dijon peut encore poursuivre son histoire. Une histoire qui constitue aussi un symbole de ce qui subsiste de l’industrie française du cycle.

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