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Menacé de fermeture en 2020 puis de nouveau en 2023, le plus vieux café de Dijon semble aujourd’hui avoir retrouvé une situation financière nettement plus solide. L’exercice 2025 se termine quasiment à l’équilibre et plus de 41 000 euros de rémunération brute ont été approuvés pour la nouvelle gérante. Mais les comptes détaillés restent confidentiels, un choix qui peut surprendre pour un établissement revendiquant une identité militante.

Il y a encore trois ans, le Chez Nous appelait ses soutiens à la rescousse. Aujourd’hui, le tableau est bien différent. Installé rue Musette, au cœur de Dijon, le café, présenté comme le plus ancien de la ville, avait traversé plusieurs années particulièrement difficiles. En 2020, en pleine crise sanitaire, une campagne de financement participatif avait été lancée avec un objectif minimal de 20 000 euros pour permettre à l’établissement de survivre et de rouvrir dans de bonnes conditions. Les responsables expliquaient alors avoir besoin de « beaucoup, beaucoup d’argent ».

Trois ans plus tard, nouveau signal d’alarme. À l’été 2023, le Chez Nous lance une nouvelle cagnotte. Cette fois, il faut trouver 30 000 euros afin de payer les fournisseurs, rembourser notamment le prêt garanti par l’État et reconstituer la trésorerie. Le café est alors présenté comme proche de la fermeture, toujours fragilisé par les conséquences de la crise sanitaire. En 2026, les documents de la société racontent une tout autre histoire.

Une perte de seulement 133 euros

Lors de l’assemblée générale ordinaire du 29 juin 2026, les associés du Café Le Chez Nous ont approuvé les comptes de l’exercice clos au 31 décembre 2025. Le résultat de l’année fait apparaître une perte de seulement 133,36 euros.

Autrement dit, sur l’ensemble de l’exercice, la société termine pratiquement à l’équilibre. Pour un établissement qui expliquait encore quelques années plus tôt devoir réunir plusieurs dizaines de milliers d’euros pour éviter la fermeture, l’évolution est notable.

Ce chiffre ne permet pas, à lui seul, de connaître précisément la rentabilité du café. Mais une perte de 133 euros signifie au minimum que, sur l’exercice, les produits et les charges se sont quasiment compensés.

Le Chez Nous n’apparaît donc plus, au regard de ces éléments, comme l’entreprise au bord de l’asphyxie financière décrite lors de ses appels aux dons.

Plus de 41 000 euros brut pour Lou Sarrazin

Un autre chiffre vient renforcer cette impression de redressement. L’assemblée générale a approuvé une rémunération brute de 41 715,29 euros pour Lou Sarrazin, au titre de ses fonctions de cogérante pendant l’exercice.

La rémunération brute de l’ancienne gérante, Isabelle Pontet-Coti, s’élevait à 3 194,01 euros au titre de l’exercice concerné.

La comparaison doit être maniée avec prudence : les documents disponibles ne permettent pas d’affirmer que les deux dirigeantes ont exercé pendant exactement la même durée ou dans des conditions identiques.

Mais un élément est difficile à ignorer : la société est aujourd’hui capable de supporter plus de 41 000 euros de rémunération brute pour sa dirigeante tout en terminant son exercice avec seulement 133 euros de perte. Ce n’est pas le profil financier d’un établissement se trouvant immédiatement au bord de la cessation d’activité.

Il serait excessif d’affirmer que le Chez Nous réalise d’importants bénéfices : ce n’est pas ce que montrent les chiffres disponibles. En revanche, les éléments publics permettent raisonnablement de parler d’un établissement financièrement stabilisé et considérablement redressé par rapport à 2020 et 2023.

De 30 000 euros nécessaires pour survivre à un exercice quasiment équilibré

Le contraste avec l’été 2023 est particulièrement frappant. À l’époque, le café expliquait devoir réunir 30 000 euros pour rembourser des dettes, payer ses fournisseurs et refaire sa trésorerie. Le Journal du Palais rapportait que l’établissement n’avait jamais retrouvé sa fréquentation d’avant-Covid et indiquait que la cagnotte devait permettre de « repartir sur une base saine ».

K6FM écrivait de son côté que l’établissement « croulait sous les dettes » et devait trouver ces 30 000 euros avant la fin septembre pour ne pas fermer.

Le pari semble, en tout cas, avoir fonctionné. Le café existe toujours, son activité se poursuit et l’exercice 2025 se clôt à quelques dizaines d’euros seulement de l’équilibre. Les personnes qui avaient contribué aux différentes campagnes pourront donc au moins constater une chose : le Chez Nous a survécu et sa situation financière semble aujourd’hui sans commune mesure avec celle décrite au moment des appels à la solidarité.

Un café militant… qui préfère garder ses comptes confidentiels

Reste pourtant un paradoxe. Le Chez Nous ne s’est jamais présenté comme un simple débit de boissons. Le lieu revendique depuis longtemps une identité militante et solidaire. Des associations, syndicats et collectifs y organisent régulièrement repas de soutien, réunions, concerts ou événements militants. Lors de l’appel de 2023, Dijoncter le décrivait notamment comme un lieu de rencontre, d’expression et de soutien aux luttes.

Cette dimension collective était d’ailleurs largement mise en avant lorsqu’il fallait convaincre le public de participer financièrement au sauvetage du café. Mais lorsqu’il s’agit aujourd’hui de connaître précisément la situation économique de la société, le public se heurte à une porte fermée.

Les comptes annuels sont accompagnés d’une déclaration de confidentialité en application de l’article L. 232-25 du Code de commerce. Le même dispositif était déjà utilisé pour les comptes précédents de la société.

La procédure est parfaitement légale. Elle signifie toutefois qu’il n’est pas possible de consulter publiquement les données qui permettraient de mesurer précisément la santé financière du café : chiffre d’affaires, détail des charges, marges, niveau de trésorerie ou encore structure de l’endettement. 

La solidarité était publique, les comptes le sont moins

C’est précisément ce choix qui peut surprendre pour un établissement à l’identité aussi militante. Lorsqu’un café sollicite publiquement ses clients et sympathisants pour assurer sa survie, la transparence sur ce qu’il est devenu financièrement quelques années plus tard pourrait sembler aller de soi.

En 2020, l’établissement demandait au moins 20 000 euros. En 2023, il en recherchait 30 000 supplémentaires. Le discours était alors celui de l’urgence, du collectif et de la nécessité de sauver un lieu considéré comme important pour la vie militante dijonnaise.

Aujourd’hui, les indicateurs disponibles sont beaucoup plus rassurants, mais le public ne peut pas consulter l’intégralité des comptes permettant d’en comprendre les raisons. Là encore, rien d’illégal. Mais en matière d’image, le choix de la confidentialité paraît moins évident pour un café qui a fait de la solidarité et du collectif une partie de son identité. Au Chez Nous, les appels à la générosité ont été publics. Les chiffres permettant aujourd’hui de mesurer précisément les effets de ce redressement restent, eux, confidentiels.

Isabelle Pontet-Coti quitte la gérance

Cette amélioration apparente de la situation financière intervient également au moment d’un changement à la tête de l’établissement. Lors de l’assemblée générale du 29 juin, les associés ont pris acte de la démission d’Isabelle Pontet-Coti de ses fonctions de gérante, avec effet au 30 juin 2026 à minuit. La société a décidé de ne pas procéder à son remplacement. Lou Sarrazin devient donc seule gérante du Café Le Chez Nous. L’assemblée générale a par ailleurs approuvé les comptes et donné quitus à la gérance pour sa gestion.

Le Chez Nous va aujourd’hui beaucoup mieux

À défaut de disposer des comptes complets, les chiffres accessibles permettent au moins de dégager une tendance claire. Le café qui devait trouver 20 000 euros en 2020, puis 30 000 euros en 2023, n’est manifestement plus dans la même situation financière. Une perte annuelle limitée à 133,36 euros, une activité toujours en cours et 41 715,29 euros de rémunération brute approuvés pour la nouvelle dirigeante témoignent d’un établissement qui semble avoir retrouvé une réelle stabilité.

Il reste impossible de dire précisément combien le café réalise de chiffre d’affaires, combien il possède en trésorerie ou quelle dette demeure à rembourser, puisque ces informations sont couvertes par la confidentialité. Mais sur la base des informations disponibles, le Chez Nous semble aujourd’hui se porter financièrement bien, et surtout infiniment mieux qu’au moment où il demandait à ses soutiens de financer sa survie.

Une réussite dont les contributeurs des précédentes cagnottes pourraient se réjouir. Avec, peut-être, une question supplémentaire : maintenant que le café semble sorti de la zone rouge, pourquoi ne pas montrer davantage les comptes de cette réussite ?

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