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Dijon Métropole vient de lancer un vaste chantier de modernisation de son unité de valorisation énergétique. D’ici 2031, 193 millions d’euros doivent être investis pour prolonger la vie de l’incinérateur, renforcer le traitement des fumées et surtout produire davantage de chaleur pour le réseau urbain. Un projet présenté comme stratégique pour l’autonomie énergétique du territoire, mais qui suscite aussi des critiques sur le maintien d’une importante capacité d’incinération.

À Dijon, les déchets du bac gris ne terminent pas simplement leur parcours dans les flammes. Depuis plusieurs années, l’incinérateur métropolitain est devenu une véritable usine de production énergétique : la combustion des déchets chauffe de l’eau, produit de la vapeur, puis cette énergie est transformée en électricité et en chaleur.

Construite en 1974, l’installation a progressivement changé de vocation pour devenir l’Unité de valorisation énergétique (UVE) de Dijon Métropole. Elle peut traiter jusqu’à 140 000 tonnes de déchets par an. La vapeur produite alimente aujourd’hui un groupe turbo-alternateur pour fabriquer de l’électricité, tandis que trois échangeurs permettent de récupérer de la chaleur injectée dans le réseau de chauffage urbain.

Mais après un demi-siècle de fonctionnement et plusieurs vagues de travaux, la collectivité veut désormais lui faire franchir un nouveau cap.

Un chantier à 193 millions d’euros jusqu’en 2031

Le vendredi 4 septembre 2026, Dijon Métropole a officiellement lancé les travaux de modernisation de son UVE. L’opération représente désormais un investissement annoncé de 193 millions d’euros sur plusieurs années. Le dossier adopté par les élus métropolitains en décembre 2024 faisait initialement apparaître une enveloppe prévisionnelle de 183,02 millions d’euros TTC, avant que le montant global annoncé ne soit réévalué.

Le programme est considérable. Une nouvelle ligne de traitement doit être construite, tandis qu’une des deux lignes historiques sera entièrement rénovée. La dernière sera ensuite démontée.

Selon le calendrier établi par la Métropole, la nouvelle ligne doit entrer en service en 2029, suivie de la ligne rénovée en 2030. La fin du chantier et des opérations de démantèlement est prévue en 2031. Les premiers travaux ont déjà commencé, notamment avec la création d’un stockage de 1 600 m³ d’eau destiné à renforcer la sécurité incendie du site.

De 140 à 220 GWh de chaleur par an

C’est l’un des principaux objectifs du projet : faire de l’incinérateur un fournisseur encore plus important du réseau de chaleur dijonnais.

La Métropole prévoit de faire passer la livraison annuelle de chaleur issue de l’UVE d’environ 140 GWh actuellement à 220 GWh en 2031, soit 80 GWh supplémentaires et une progression d’environ 57 %. Dans le même temps, la part de l’UVE dans l’alimentation des réseaux de chaleur devrait passer d’environ 30 à 37 %.

Le réseau de chaleur métropolitain atteint aujourd’hui environ 135 kilomètres et dessert l’équivalent de 55 000 logements, ainsi que de nombreux équipements publics. La collectivité envisage également de faire passer le nombre de bâtiments raccordés d’environ 750 à 900.

L’objectif affiché est notamment que l’incinérateur puisse assurer à lui seul l’essentiel de la fourniture nécessaire au réseau durant les mois où les besoins en chauffage sont les plus faibles, tout en réduisant le recours au gaz et en limitant la pression sur les chaufferies biomasse.

Plus de chaleur… mais un peu moins d’électricité

Contrairement à ce que pourrait laisser penser l’expression de « valorisation énergétique », toutes les productions ne vont pas augmenter.

Aujourd’hui, l’UVE produit environ 37 GWh d’électricité par an. Le projet prévoit le remplacement de l’actuel groupe turbo-alternateur par une turbine à contrepression, conçue pour privilégier la récupération de chaleur.

Conséquence : selon les études de Dijon Métropole, la production électrique annuelle devrait passer de 37,3 à 33,4 GWh, tandis que les exportations d’électricité sur le réseau diminueraient davantage encore, une partie croissante étant consommée directement par l’usine.

Le choix est donc assumé : produire un peu moins d’électricité pour récupérer beaucoup plus de chaleur. La collectivité estime parallèlement que ses recettes liées à la vente d’énergie pourraient atteindre environ 8,7 millions d’euros par an à l’horizon 2031, selon les hypothèses tarifaires retenues dans le dossier.

Pourquoi faut-il aussi changer les fours ?

La modernisation ne répond pas uniquement au vieillissement de l’installation. Les déchets eux-mêmes ont changé. Avec l’évolution de la consommation et du tri, ce qui reste dans les ordures résiduelles possède aujourd’hui un pouvoir calorifique plus élevé. Autrement dit, à poids égal, les déchets brûlent davantage et dégagent plus d’énergie.

Les fours actuels doivent ainsi parfois fonctionner en dessous de leur capacité théorique afin de ne pas solliciter excessivement les équipements. L’UVE traite actuellement autour de 131 000 tonnes par an, alors qu’elle est autorisée à en traiter 140 000.

La future installation sera dimensionnée pour retrouver cette capacité maximale de 140 000 tonnes tout en s’adaptant à des déchets plus énergétiques. Dijon Métropole ne prévoit donc pas officiellement d’augmenter la capacité autorisée de l’incinérateur, mais de pouvoir de nouveau l’utiliser entièrement.

110 000 m³ d’eau économisés chaque année

L’autre grande transformation se jouera dans les fumées. Le système actuel repose notamment sur un traitement humide qui consomme environ 110 000 m³ d’eau potable par an. Il doit être remplacé par un traitement à sec accompagné d’une double filtration.

La Métropole prévoit ainsi de supprimer l’essentiel de cette consommation d’eau liée au lavage des fumées, d’éviter le rejet de 30 000 à 35 000 m³ d’effluents par an vers la station d’épuration et de réduire fortement l’utilisation de gaz naturel nécessaire au traitement.

Les objectifs portent aussi sur les émissions atmosphériques. Pour les poussières, par exemple, la Métropole vise une valeur de 3 mg/Nm³, contre une limite de 5 mg/Nm³ prévue par la réglementation applicable depuis 2021. Pour le dioxyde de soufre, la cible est abaissée à 20 mg/Nm³ et, pour les dioxines et furanes, à 0,04 ng/Nm³. Le projet entend notamment anticiper le durcissement des règles européennes relatives aux émissions industrielles.

Un équipement qui dépasse largement Dijon

L’incinérateur dijonnais n’est pas seulement utilisé pour les déchets de la Métropole. Il joue également un rôle départemental et, ponctuellement, régional.

Les documents de la collectivité indiquent qu’il traite et valorise les déchets correspondant à plus de 93 % des déchets ménagers résiduels des habitants de Côte-d’Or. L’usine peut également servir de solution de secours lorsque d’autres installations rencontrent des difficultés.

Après l’incendie survenu en 2023 dans l’installation du SMET 71 à Chagny, en Saône-et-Loire, une partie des déchets a ainsi été envoyée à Dijon. Le syndicat indique encore faire traiter environ 5 000 tonnes par an dans l’UVE dijonnaise.

Cette dimension régionale devrait d’ailleurs devenir encore plus importante. Les projections de la Métropole tablent sur une diminution des déchets issus de son propre territoire, mais sur une augmentation des déchets provenant d’autres collectivités : à l’horizon 2031, le scénario étudié prévoit environ 59 750 tonnes issues de Dijon Métropole et 80 250 tonnes de déchets tiers, pour atteindre les 140 000 tonnes annuelles.

Le projet ne fait pas l’unanimité

C’est précisément ce maintien de la capacité de 140 000 tonnes qui nourrit les critiques. À la veille du lancement des travaux, le mouvement Dijon Avenir a dénoncé un projet qu’il juge trop centré sur l’incinération. Ses membres estiment qu’une part importante des investissements pourrait être orientée vers une réduction plus forte des déchets à la source, le compostage, le réemploi ou encore le développement de recycleries, activités qu’ils présentent comme plus créatrices d’emplois locaux.

Le collectif reproche notamment à la Métropole de chercher à maintenir un important volume de déchets brûlés pour garantir la production nécessaire à un réseau de chaleur en plein développement.

Dijon Métropole défend au contraire un outil indispensable pour éviter l’enfouissement des déchets non recyclables et estime que la chaleur récupérée constitue une ressource locale permettant de réduire le recours aux énergies fossiles.

Selon les estimations présentées lors du lancement du chantier, EDF évalue à environ 50 000 tonnes de CO₂ par an les émissions susceptibles d’être évitées grâce à l’amélioration du système énergétique. Le groupe pourrait apporter près de 8 millions d’euros à la collectivité au titre des certificats d’économie d’énergie, sous réserve de la vérification des performances à l’issue des travaux.

L’incinérateur de 2031 sera surtout une usine de chaleur

Derrière ce chantier industriel se dessine donc un changement de modèle. L’UVE continuera à remplir sa fonction première — éliminer les déchets qui n’ont pu être recyclés — mais son rôle énergétique deviendra de plus en plus central.

Nouvelle ligne d’incinération, récupération accrue de la chaleur, nouvelle turbine, traitement à sec des fumées, stockage thermique et amélioration des performances environnementales : en 2031, l’usine construite à l’origine pour faire disparaître les ordures aura surtout vocation à devenir l’un des principaux producteurs locaux de chaleur de la métropole dijonnaise.

Un choix à près de 200 millions d’euros, qui engage la politique des déchets et l’approvisionnement énergétique dijonnais pour plusieurs décennies.

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