Dijon a commémoré ce vendredi 11 septembre le 82e anniversaire de sa Libération. Une cérémonie marquée par l’hommage aux résistants et aux victimes de la Seconde Guerre mondiale, mais aussi par un appel de la maire de Dijon, Nathalie Koenders, à faire de la mémoire un outil de vigilance face aux haines, aux falsifications de l’histoire et aux menaces qui pèsent aujourd’hui sur les libertés.
Quatre-vingt-deux ans après la Libération de Dijon, la mémoire de celles et ceux qui ont combattu l’occupant nazi reste profondément ancrée dans la ville. Ce vendredi 11 septembre, élus, représentants de l’État, militaires, forces de sécurité, anciens combattants, porte-drapeaux, associations et jeunes élus du Conseil municipal d’enfants se sont réunis pour commémorer l’un des événements majeurs de l’histoire dijonnaise. Dans son allocution, la maire de Dijon, Nathalie Koenders, a choisi de placer cette cérémonie sous le signe de la transmission, de la vigilance et de la défense de la liberté.
L’émotion de cette 82e commémoration était d’autant plus forte que la Ville a perdu, en décembre dernier, l’une des grandes figures locales de la mémoire de la Résistance : Henri Mosson. Un an auparavant, le résistant avait encore participé à la cérémonie de la Libération de Dijon, au cours de laquelle il avait reçu la médaille d’or de l’Office national des combattants et des victimes de guerre. Mort à l’approche de ses 102 ans, Henri Mosson avait survécu à la torture, à une condamnation à mort et à la déportation. Après-guerre, il avait consacré une grande partie de sa vie à témoigner, notamment auprès de plus de 200 établissements scolaires.
À travers sa mémoire, Nathalie Koenders a voulu rendre hommage à l’ensemble des résistantes, des résistants et des libérateurs, connus ou anonymes, qui ont contribué à rendre sa liberté à Dijon et à la France. La maire a notamment évoqué plusieurs figures de la Résistance en Côte-d’Or, parmi lesquelles Georges Baillot, Marcel Suillerot, Pierre Jobard ainsi que Blanche et Jean Grenier-Godard. Mais elle a également rappelé que derrière les noms retenus par l’histoire se trouvent des milliers d’hommes et de femmes, Français comme étrangers, engagés au péril de leur vie contre l’occupation et la barbarie nazie.
La cérémonie a aussi été l’occasion de rappeler ce que furent les quatre années d’Occupation pour les Dijonnais : la peur, les privations, les réquisitions et une ville transformée par la présence allemande. Le palais des Ducs, comme de nombreux autres bâtiments, avait alors été confisqué par les autorités d’occupation. Jusqu’au 11 septembre 1944, date à laquelle Dijon retrouve enfin sa liberté. Un moment devenu, au fil des décennies, l’un des principaux repères de la mémoire collective locale.

La Libération de Dijon possède également une dimension stratégique dans l’histoire militaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale. La ville devait se trouver sur la route de la jonction entre les armées alliées venues de Normandie et celles remontant de Provence. Cette rencontre se produira finalement le 12 septembre 1944, à Nod-sur-Seine, à environ 70 kilomètres au nord de Dijon. Pour Nathalie Koenders, le 11 septembre symbolise donc bien davantage que la seule libération d’une ville : il s’inscrit dans le mouvement qui conduira à la libération du territoire français. La mémoire de cet événement demeure jusque dans le nom de la place de la Libération, rebaptisée le 22 septembre 1944 après avoir porté, sous l’Occupation, le nom de « Maréchal Pétain ».
Au-delà du récit historique, la maire de Dijon a largement insisté sur le travail de mémoire mené dans la ville. Elle a notamment cité les 31 pavés de mémoire aujourd’hui installés dans les rues dijonnaises. Ces plaques inscrites dans l’espace public rappellent les noms et les destins de victimes du nazisme et participent, selon elle, à une lutte quotidienne contre l’oubli. Une démarche que la municipalité entend poursuivre.
Pour Nathalie Koenders, cette mémoire ne peut cependant pas être figée. Les recherches historiques, les nouvelles découvertes et l’évolution des connaissances obligent régulièrement à interroger les récits transmis. Elle a pris pour exemple les recherches concernant la rafle de février 1944 à Dijon : longtemps présentée comme l’unique survivante, Paulette Lévy ne l’était en réalité pas, Gilbert Cahn ayant lui aussi survécu. Cette exigence d’exactitude historique doit également permettre de mieux faire apparaître dans la mémoire collective celles et ceux que les récits ont longtemps laissés dans l’ombre, en particulier les femmes.

La commémoration a ainsi progressivement quitté le seul terrain du souvenir pour prendre une dimension très contemporaine. Pour la maire de Dijon, célébrer la Libération signifie aussi défendre aujourd’hui les valeurs pour lesquelles résistants et libérateurs se sont battus. Elle a appelé à ne jamais banaliser l’antisémitisme, le racisme et les discours de haine, mettant en garde contre ceux qui exploitent les peurs, les préjugés ou les divisions. « Résister » reste ainsi, 82 ans après la Libération de Dijon, un verbe d’actualité.
Cette résistance ne prend évidemment plus les mêmes formes qu’en 1940. Elle consiste désormais, selon Nathalie Koenders, à refuser les falsifications de l’histoire, à ne pas laisser effacer les victimes ni réhabiliter les bourreaux et à combattre les simplifications idéologiques. La maire a cité le sociologue et philosophe Edgar Morin, ancien résistant disparu le 29 mai dernier, pour rappeler l’importance d’une « résistance de l’esprit » face aux crises contemporaines.
L’allocution s’est également ouverte sur les conflits et les atteintes aux droits humains dans le monde. Nathalie Koenders a rendu hommage au peuple ukrainien, après plus de quatre années de guerre, et aux militaires comme aux civils tués depuis le début du conflit. Elle a exprimé son soutien à la recherche d’une paix « juste et durable ». La maire a également évoqué la situation des femmes afghanes, cinq ans après le retour des talibans au pouvoir, dénonçant la privation de leurs droits fondamentaux.
La date du 11 septembre porte enfin une autre mémoire. En cette année 2026, Nathalie Koenders a rappelé que vingt-cinq ans se sont écoulés depuis les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis, qui ont fait 2 977 victimes. Une tragédie mondiale qui, selon elle, rappelle combien la paix et les libertés restent fragiles et ne peuvent jamais être considérées comme définitivement acquises.
Dans les dernières minutes de son discours, la maire a également évoqué Marc Bloch, historien et résistant auquel la France et Dijon ont rendu hommage en juin dernier. Une figure érigée en exemple pour rappeler la place essentielle de la connaissance, de la science historique et de l’éducation dans la lutte contre l’obscurantisme. Historiens et enseignants constituent, a-t-elle souligné, des remparts essentiels dans la défense d’une pensée libre et éclairée.
Pour conclure cette 82e commémoration, Nathalie Koenders est revenue une dernière fois à Henri Mosson et à une phrase que le résistant avait écrite sur le mur de sa cellule à la prison de Dijon : « La Liberté n’est chère qu’à ceux qui l’ont perdue ». Une formule devenue, ce vendredi matin, le fil rouge d’une cérémonie tournée autant vers le souvenir du 11 septembre 1944 que vers les responsabilités du présent. Car pour la maire de Dijon, la meilleure manière d’honorer ceux qui ont rendu la liberté à la ville reste encore de la défendre avant d’avoir à la perdre.
En images : Dijon se souvient, 82 ans après sa Libération
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