Un appel au blocage du lycée Le Castel circule actuellement dans plusieurs groupes WhatsApp d’élèves. Dans un message adressé à la communauté scolaire, la proviseure de l’établissement dijonnais, Pascale Sovcik, appelle à privilégier le dialogue et rappelle que les règles d’accès au lycée ont été adoptées par le conseil d’administration. Cette mobilisation locale intervient alors qu’un mouvement de blocages lycéens prend de l’ampleur depuis plusieurs jours en France, notamment en Île-de-France.
La tension monte au lycée Le Castel, à Dijon. Un appel au blocus de l’établissement mercredi à 8 heures circule actuellement dans plusieurs groupes WhatsApp de classes. Selon le message relayé entre élèves, l’action aurait pour objectif de « faire entendre la voix des élèves » et de permettre à ceux-ci de « rentrer dans le lycée à l’heure qu’ils veulent durant les heures de cours ».
Face à cet appel, Pascale Sovcik, proviseure du lycée Le Castel, a pris la parole dans un message adressé aux membres de la communauté éducative. Elle y rappelle les règles actuellement en vigueur et demande aux élèves de ne pas empêcher le fonctionnement de l’établissement.
La cheffe d’établissement insiste d’abord sur les conditions d’accès au lycée. Selon elle, le portail est ouvert avant chaque heure de cours, ce qui permet aux élèves et aux étudiants de rejoindre l’établissement au cours de la journée.
« Je rappelle à chacun que le portail est ouvert avant chaque heure de cours, permettant à chaque élève et étudiant de rentrer tout au long de la journée pour aller assister à ses cours ; la sortie par le portillon est libre », écrit Pascale Sovcik.
Elle rappelle également que cette organisation ne relève pas d’une décision improvisée de la direction. Elle a, selon son message, été adoptée par le conseil d’administration du lycée et intégrée au règlement intérieur.
L’objectif affiché est avant tout sécuritaire : « Cette mesure […] a pour objet d’assurer une meilleure sécurité à chacun en filtrant et surveillant les entrées », explique la proviseure.
« Un blocage du lycée n’est pas la solution »
Sur le fond de la mobilisation, Pascale Sovcik ne conteste pas aux élèves le droit d’exprimer des désaccords ou des revendications. Elle estime en revanche que le blocage de l’établissement ne constitue pas la bonne méthode.
« Un blocage du lycée n’est pas la solution la plus adéquate pour faire entendre la voix des lycéens », écrit-elle.
La proviseure renvoie notamment les élèves vers les instances représentatives prévues dans les établissements scolaires. Elle rappelle que les lycéens ont élu, ou sont en train d’élire, leurs délégués et que doit également intervenir l’élection du Conseil de la vie lycéenne (CVL).
Cette instance constitue, selon elle, le lieu privilégié pour faire remonter les problèmes rencontrés et discuter de propositions.
« Il y aura ensuite l’élection du Conseil de Vie Lycéenne qui est une instance dans laquelle on peut débattre des problèmes et des projets », souligne-t-elle.
Pascale Sovcik estime ainsi que le dialogue doit d’abord passer par les représentants des élèves : « C’est en premier lieu avec ces délégués et ces instances qu’un dialogue doit s’instaurer et non par une action de blocage qui ne saurait remplacer un dialogue serein et constructif. »
Des revendications qui peuvent « avoir toute leur place » dans le lycée
Dans son message, la proviseure prend soin de ne pas fermer la porte à la contestation. Elle reconnaît explicitement que les élèves peuvent exprimer des désaccords au sein même de l’établissement.
« Le lycée est un lieu d’apprentissage, les désaccords et les revendications ont toute leur place dans l’établissement », affirme-t-elle, avant de poser une condition : que cette expression se déroule « dans le respect de chacun et dans un cadre permettant à tous de poursuivre normalement leur scolarité ».
Elle conclut en appelant directement à la responsabilité des élèves : « Je compte donc sur la responsabilité de chacun pour que les cours puissent avoir lieu normalement. »
Un appel local qui intervient en plein mouvement national
L’appel qui circule au Castel ne survient pas dans un contexte isolé. Depuis plusieurs jours, des blocages de lycées se multiplient en Île-de-France et commencent à alimenter un mouvement national, largement relayé sur les réseaux sociaux.
Vendredi 25 septembre, le mouvement avait pris de l’ampleur dans plusieurs établissements de Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne. Les revendications sont loin d’être uniformes : certains élèves dénoncent des classes surchargées, le manque de personnels, les emplois du temps ou encore la pression scolaire et Parcoursup. Le rectorat de Créteil indiquait alors que les revendications variaient fortement selon les établissements.
Lundi 28 septembre, la principale organisation syndicale lycéenne a franchi une étape supplémentaire. L’Union syndicale lycéenne a appelé à généraliser les blocages à l’ensemble du territoire, dans le contexte d’une journée de mobilisation de la fonction publique annoncée pour mardi. Son président, Ryad Rani, a justifié cet appel en estimant que les difficultés dénoncées en Île-de-France existent également ailleurs en France. Le mouvement est donc observé de très près par le gouvernement.
Le gouvernement prévient qu’il pourra faire intervenir les forces de l’ordre
Ce lundi, les ministres de l’Intérieur et de l’Éducation nationale, Laurent Nuñez et Édouard Geffray, ont indiqué que les forces de l’ordre pourraient intervenir en cas de violences ou de blocage complet d’un établissement.
Dans un télégramme adressé aux services concernés et rapporté par plusieurs médias, les deux ministres distinguent l’expression des revendications lycéennes des actes violents. En cas de blocage total, une intervention des forces de l’ordre pourra être décidée après concertation avec le chef d’établissement.
Le Premier ministre Sébastien Lecornu est lui aussi intervenu dans le débat ce lundi. Il a dénoncé une « surenchère irresponsable » de responsables de La France insoumise qu’il accuse d’encourager l’extension des blocages, tout en reconnaissant que certaines difficultés rencontrées dans les lycées doivent être entendues.
Le ministre de l’Éducation nationale a pour sa part expliqué que certaines mobilisations pouvaient reposer sur des revendications « tout à fait légitimes », citant notamment les situations dans lesquelles des enseignants ne sont pas remplacés. Il distingue cependant ces mouvements des violences commises par des personnes masquées ou extérieures aux établissements.
Le Castel connaissait déjà un climat social tendu avant la rentrée
À Dijon, le contexte du lycée Le Castel est également particulier. Avant même la rentrée de septembre, l’établissement avait été traversé par un conflit autour de ses moyens d’enseignement. En juillet, les syndicats FSU, SUD Éducation et CGT Éduc’action avaient annoncé le dépôt d’un préavis de grève pour la rentrée, dénonçant la dotation horaire attribuée au lycée.
La répartition des moyens avait été rejetée lors d’un conseil d’administration par des représentants des enseignants, des parents et des élèves. Les syndicats dénonçaient notamment le risque de hausse des effectifs dans certaines classes, la diminution de certaines options et une réduction de l’accompagnement personnalisé.
Une occupation des locaux avait également eu lieu au mois de mai dans le cadre de cette contestation.
Il n’est toutefois pas possible, à ce stade, d’établir un lien direct entre ce conflit sur les moyens et l’appel au blocus annoncé pour mercredi. Le message actuellement diffusé sur WhatsApp met principalement en avant la question des entrées dans l’établissement et la volonté de « faire entendre la voix des élèves ».
Une rentrée 2026 déjà marquée par de nouvelles règles
La rentrée scolaire 2026 se déroule par ailleurs dans un contexte de changements importants dans les lycées français.
Depuis septembre, l’interdiction de l’utilisation du téléphone portable pendant le temps scolaire a notamment été étendue aux lycées. Les établissements peuvent prévoir certaines dérogations dans leur règlement intérieur, notamment pour des usages pédagogiques ou des situations particulières.
Plus globalement, 11,6 millions d’élèves ont fait leur rentrée cette année dans un système éducatif confronté à une baisse démographique importante, avec 161 000 élèves de moins qu’un an auparavant.
À Dijon, la question est désormais de savoir quelle ampleur prendra réellement l’appel circulant au lycée Le Castel.
Le rendez-vous évoqué dans les groupes WhatsApp est fixé mercredi à 8 heures. La direction, elle, appelle clairement à maintenir l’accès au lycée et le déroulement normal des cours, tout en invitant les élèves à porter leurs revendications auprès de leurs délégués et du Conseil de la vie lycéenne.
Pour Pascale Sovcik, la ligne est résumée en une phrase : les désaccords peuvent s’exprimer au lycée, mais ils doivent le faire dans un cadre qui permette à chacun de continuer à étudier.