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À Dijon, la mobilisation lycéenne de ces derniers jours s’accompagne d’un débat sur la place accordée aux revendications des jeunes dans les médias. Des enseignants et AESH du lycée Le Castel regrettent que les violences commises par une minorité occupent le devant de la scène. Mais sur le terrain, ces mêmes violences perturbent aussi les manifestations, touchent des lycéens qui appellent au calme et compliquent parfois directement le travail des journalistes.

« Nous déplorons la disparition des revendications lycéennes dans les médias au profit d’une mise en avant des violences d’une minorité », nous déclarent des enseignants et AESH du lycée Le Castel.

Le constat mérite d’être entendu. Depuis le début du mouvement, des lycéens tentent de faire connaître leurs revendications et de porter un message qui dépasse largement les incidents survenus en marge des rassemblements. Mais une question se pose : qui fait réellement disparaître ces revendications de l’espace médiatique ?

Concernant Dijon Actualités, ce ne sont pas les revendications lycéennes qui sont volontairement laissées de côté. Ce sont aussi, et parfois surtout, les événements qui se produisent sur le terrain qui viennent bouleverser la couverture de la mobilisation.

Des manifestantes demandent l’arrêt des dégradations et reçoivent des pierres

Vendredi matin, plusieurs incidents ont notamment été constatés en marge du mouvement lycéen. Boulevard Thiers, à proximité du lycée Carnot, des jeunes ont incendié des poubelles. D’après ce que nous avons vu et constaté sur place, de jeunes manifestantes leur ont alors demandé de cesser.

« Arrêtez, c’est n’importe quoi », leur ont-elles lancé.

Ces lycéennes, qui tentaient précisément d’éviter que les dégradations ne prennent le dessus sur le mouvement et ses revendications, ont ensuite été visées par des jets de pierres.

Cet épisode illustre une contradiction devenue centrale : des lycéens souhaitent manifester, être entendus et défendre leurs revendications, tandis qu’une petite minorité, parfois extérieure à cette volonté d’apaisement, détourne l’attention par des violences ou des dégradations. Les premières victimes de cette situation sont donc aussi les lycéens eux-mêmes.

Comment parler des revendications lorsque les journalistes sont empêchés de travailler ?

Il est légitime de demander aux médias d’accorder davantage de place au fond du mouvement et aux revendications portées par les lycéens. Encore faut-il que les journalistes puissent exercer leur métier en toute sécurité.

Le mercredi 30 septembre 2026, un journaliste couvrant la mobilisation devant le lycée Le Castel a été menacé au cours de la manifestation. Une plainte a depuis été déposée sous la qualification de « violence avec usage ou menace d’une arme sans incapacité ».

Cette qualification correspond aux faits déclarés dans le cadre de la plainte et ne préjuge évidemment pas des conclusions de l’enquête ni d’une éventuelle responsabilité pénale, qui relève de la justice.

Mais l’incident pose une question très concrète : comment demander à un média de mieux faire entendre les revendications d’un mouvement lorsque certains individus présents dans ce même mouvement empêchent ou intimident ceux qui sont précisément chargés de le couvrir ?

Un journaliste contraint de surveiller sa sécurité, de se mettre à distance ou d’interrompre son travail ne peut plus consacrer ce temps à interroger les lycéens, recueillir leurs témoignages ou expliquer leurs revendications.

Les violences sont-elles médiatisées, ou s’imposent-elles aux médias ?

Le reproche adressé aux médias n’est pas nouveau : les images d’une poubelle en feu, d’un affrontement ou d’une intervention policière prennent souvent davantage de place que des revendications complexes, qui nécessitent du temps et des explications.

Cette critique peut être discutée.

Mais elle ne peut pas conduire à inverser totalement les responsabilités. Lorsqu’une « petite minorité », pour reprendre les termes employés par certains enseignants et AESH du lycée Le Castel, incendie du mobilier urbain, jette des pierres, s’en prend à des manifestants qui appellent au calme ou menace des journalistes, ces faits deviennent nécessairement une composante de l’actualité du mouvement.

Ce ne sont pas uniquement les médias qui détournent alors le regard des revendications : ce sont aussi les auteurs de ces actes qui imposent un autre récit à la mobilisation. Et ce récit finit par pénaliser tous ceux qui étaient venus pour manifester pacifiquement.

La visibilité du mouvement dépend aussi de ceux qui le composent

La question de la visibilité des revendications lycéennes doit donc être posée dans son ensemble. Les médias ont leur responsabilité : écouter, contextualiser, expliquer et ne pas réduire une mobilisation entière aux agissements de quelques individus.

Mais les participants au mouvement ont également un enjeu essentiel : ne pas laisser une minorité confisquer leur parole par la violence.

Lorsqu’une lycéenne demande à quelqu’un d’arrêter d’incendier une poubelle et se retrouve visée par des pierres, ce n’est pas seulement un incident. C’est aussi une revendication qui risque de ne jamais être entendue.

Lorsqu’un journaliste est menacé alors qu’il couvre une manifestation, ce n’est pas seulement la liberté de la presse qui est mise à mal. C’est également la possibilité, pour les lycéens pacifiques, d’avoir un relais pour leur parole.

La meilleure manière de remettre les revendications au centre du débat passe donc aussi par la capacité à isoler ceux qui cherchent l’affrontement, à protéger ceux qui appellent au calme et à permettre aux journalistes de travailler.

Car si une minorité fait davantage parler d’elle que les revendications portées par la majorité, elle ne nuit pas seulement à l’image du mouvement : elle contribue directement à rendre son message inaudible.

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