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Cité de la gastronomie : un fiasco annoncé dès 2023, 44 salariés paient l’addition… et certains feraient mieux de faire profil bas !

Par Fabien Bauduin 8 octobre 2026

Quatre ans seulement après son inauguration en grande pompe, la Cité internationale de la gastronomie et du vin de Dijon perd un nouvel acteur majeur. Mercredi 7 octobre 2026, le Village gastronomique a annoncé la fin définitive de ses activités, après plusieurs semaines de redressement judiciaire. Cette fermeture s’inscrit dans une succession de difficultés qui interrogent désormais le modèle économique et la gouvernance du site. Derrière cet échec, une réalité sociale : 44 salariés se retrouvent sur le carreau.

Une issue qui ne surprend plus grand monde

C’est fait. Et la nouvelle est loin de constituer une surprise. Le Village gastronomique, l’un des principaux espaces commerciaux de la Cité internationale de la gastronomie et du vin de Dijon, ferme définitivement ses portes.

Placée en redressement judiciaire par le tribunal de commerce de Dijon le 25 août dernier, une décision rendue publique le 31 août, la société espérait encore poursuivre son activité en adaptant son modèle économique. Un peu plus d’un mois après, ces espoirs se sont envolés.

Cette fermeture concerne plusieurs enseignes : Le Manège à Moutardes, La Gloriette, L’Écaille, Le Billot, Meurette & Persillé, La Planche et La Cuisine expérientielle.

Ces établissements participaient à l’ambition initiale du site : valoriser les produits du terroir, les spécialités bourguignonnes et le savoir-faire gastronomique français.

Mais au-delà des difficultés économiques, cette décision a surtout des conséquences humaines. 44 salariés se retrouvent privés de leur emploi.

Pendant plusieurs années, ces femmes et ces hommes ont accueilli les visiteurs, assuré le fonctionnement des boutiques, préparé les repas et contribué à faire vivre ce lieu. Ils doivent désormais affronter l’incertitude et envisager une reconversion ou la recherche d’un nouvel emploi.

Une réalité qu’il serait regrettable de voir disparaître derrière les discussions sur le devenir des cellules commerciales et les perspectives de reprise.

Depuis 2022, une succession de fermetures et de désillusions

Pour comprendre la situation actuelle, il faut revenir sur les principales étapes qui ont marqué l’histoire de la Cité.

6 mai 2022 : une inauguration pleine de promesses

La Cité internationale de la gastronomie et du vin ouvre officiellement ses portes à Dijon. L’ambition est considérable : faire de ce nouveau quartier un lieu de référence consacré à la gastronomie, au vin, à la culture et à l’art de vivre français.

Restaurants, commerces, espaces de dégustation, école de cuisine, cinéma, expositions et projet hôtelier doivent contribuer à son rayonnement.

2024 : le projet hôtelier connaît un coup d’arrêt

L’hôtel haut de gamme annoncé sur le site ne voit pas le jour dans les conditions initialement prévues. Le groupe Naos, qui portait le projet, rencontre d’importantes difficultés financières avant sa liquidation en 2024.

Une première désillusion pour un équipement dont l’attractivité devait aussi reposer sur le tourisme.

Septembre 2025 : l’école Ferrandi quitte les lieux

Autre départ symbolique, celui de l’école de gastronomie Ferrandi Paris, dont la présence devait contribuer au rayonnement national et international de la Cité.

L’établissement quitte finalement ses locaux, même si une activité de formation se poursuit à travers un partenariat extérieur.

Avril 2026 : trois établissements ferment simultanément

La situation s’aggrave avec la liquidation judiciaire des établissements exploités par le groupe Épicure.

La Table des Climats, Le Comptoir de la Cité et La Cave de la Cité cessent leurs activités.

La disparition de cette dernière est particulièrement symbolique. Avec ses milliers de références, elle devait constituer l’un des espaces incontournables consacrés à la découverte des vins.

25 août 2026 : le Village gastronomique est placé en redressement judiciaire

La société Le Village de la Cité rejoint à son tour la liste des entreprises en difficulté. La direction évoque un environnement économique dégradé et souhaite poursuivre son exploitation pendant la période d’observation.

Septembre 2026 : le Bamagotchi est également touché

Le bar-brasserie Bamagotchi, connu notamment pour ses concerts et ses animations, est placé en redressement judiciaire le 15 septembre.

L’établissement annonce ensuite sa fermeture et accueille ses derniers clients le samedi 3 octobre.

7 octobre 2026 : la fin du Village gastronomique

Le Village gastronomique annonce l’arrêt définitif de ses activités, entraînant la fermeture de plusieurs enseignes supplémentaires.

En quatre ans, la Cité a ainsi perdu une part considérable de son offre de restauration, de dégustation et de commerces gastronomiques.

Le site n’a toutefois pas totalement cessé de fonctionner. Le cinéma Pathé, les espaces culturels municipaux et d’autres activités restent ouverts.

Mais le contraste est saisissant entre les ambitions affichées en 2022 et la situation actuelle.

Pierre Guez évoque un « acte 2 », mais qu’en est-il des problèmes de fond ?

Malgré cette nouvelle fermeture, Pierre Guez, qui intervenait au sein du Village gastronomique comme consultant, veut encore croire à une relance.

Interrogé par nos confrères du Bien Public, il a déclaré : « L’acte 1 se termine, on va tout faire pour qu’il y ait un acte 2 », se disant disposé à accompagner d’éventuels futurs exploitants souhaitant reprendre les cellules commerciales vacantes.

Pour expliquer les difficultés rencontrées, il met notamment en avant les épisodes de canicule, défavorables à la fréquentation, ainsi que la fermeture des établissements du groupe Épicure, qu’il juge particulièrement préjudiciable à l’activité du Village.

Ces facteurs ont pu jouer un rôle. Mais ils ne suffisent pas à expliquer les fragilités structurelles identifiées bien avant les dernières fermetures.

Car dans ces déclarations, Pierre Guez ne revient pas sur plusieurs questions essentielles : la viabilité économique des exploitants, le manque de coordination entre les acteurs, les insuffisances de gouvernance ou encore le positionnement commercial du site.

Des difficultés pourtant documentées dès 2023.

Dès 2023, des rapports alertaient sur la nécessité de repenser la Cité

Le 1er septembre 2026, Dijon Actualités révélait le contenu de plusieurs documents réalisés entre décembre 2023 et avril 2024 par le cabinet indépendant Algoé. Ces analyses, établies moins de deux ans après l’inauguration, dressaient déjà un diagnostic préoccupant.

Dès décembre 2023, le cabinet évoquait une situation financière qui se tendait pour les propriétaires et exploitants, des « résultats économiques fragiles » et une croissance restant à consolider.

Les difficultés ne se limitaient toutefois pas aux finances.

Les consultants constataient que les différents acteurs de la Cité peinaient à porter un projet collectif. Face à leurs propres contraintes économiques, certains avaient tendance à privilégier leur marque et leur offre commerciale plutôt qu’une stratégie commune.

Le manque de dialogue, de concertation et de coordination figurait également parmi les dysfonctionnements relevés.

Plus préoccupant encore, Algoé estimait que la gouvernance en place n’était « ni adaptée ni durable ».

Le problème dépassait donc la seule question de la fréquentation. Il concernait aussi la capacité des différents exploitants à fonctionner ensemble au sein d’un projet cohérent.

Un positionnement gastronomique jugé insuffisamment clair

Le cabinet Algoé remettait également en question le concept même du Village gastronomique, allant jusqu’à employer l’expression de « faux vrai food court ».

Les consultants pointaient un positionnement commercial peu lisible, des risques de concurrence entre les différentes offres et une cohabitation parfois difficile entre les marques de la Cité et celle du Village gastronomique.

À ces difficultés s’ajoutaient plusieurs problèmes concrets pour les visiteurs : une signalétique insuffisante, des parcours peu compréhensibles, des horaires d’ouverture mal harmonisés et une offre de restauration qui ne répondait pas toujours aux attentes tout au long de la journée.

Le cabinet recommandait notamment de revoir l’accueil, la communication, l’organisation commerciale et la gouvernance générale.

Il estimait même nécessaire d’engager un travail de « bilan, ajustement ou refondation ».

Autrement dit, moins de deux ans après l’ouverture, les consultants posaient déjà la question d’une remise à plat du fonctionnement de la Cité. Près de trois ans plus tard, la succession des fermetures donne une résonance particulière à ces avertissements.

Des alertes connues, mais quelles réponses apportées ?

La canicule et la disparition des établissements d’Épicure ont certainement pu aggraver une situation déjà difficile. Elles ne peuvent toutefois, à elles seules, expliquer pourquoi le modèle économique et l’organisation du site étaient jugés fragiles dès 2023.

Les rapports d’Algoé ne constituent pas un audit comptable du Village gastronomique et ne permettent pas d’établir les causes précises de sa fermeture, ni d’attribuer des responsabilités individuelles.

Ils témoignent néanmoins de dysfonctionnements identifiés plusieurs années avant l’issue actuelle.

Dès lors, des questions restent sans réponse.

Quelles suites ont été données aux recommandations du cabinet ? Quelles mesures ont réellement été prises pour améliorer la coordination entre les exploitants, clarifier l’offre commerciale et renforcer la gouvernance ? Les alertes ont-elles été suffisamment prises en compte ?

Ces interrogations sont d’autant plus légitimes que la Cité internationale de la gastronomie et du vin était présentée comme un projet majeur pour l’attractivité et le rayonnement de Dijon.

Un « acte 2 » peut-il réussir sans bilan du premier ?

Dans son communiqué du 7 octobre, le Village de la Cité remercie les visiteurs, producteurs, artisans et partenaires qui l’ont accompagné pendant quatre années. Il évoque également la perspective d’une programmation entièrement repensée.

La volonté de trouver de nouveaux exploitants et de redonner vie aux espaces vacants constitue une perspective pour l’avenir. Mais elle suppose de répondre aux difficultés mises en évidence depuis plusieurs années.

Car la succession des fermetures ne peut être considérée uniquement comme une série d’accidents économiques indépendants, sans examiner les problèmes d’organisation et de positionnement relevés par les consultants.

Le cinéma, les espaces culturels et les activités encore présentes permettent à la Cité de poursuivre son existence. Reste à déterminer quelle place occupera désormais la gastronomie dans un projet qui en avait fait sa principale promesse.

Et pendant que certains évoquent déjà un nouvel « acte », 44 salariés doivent faire face aux conséquences immédiates de cette fermeture.

Pour eux, il ne s’agit pas d’une nouvelle programmation commerciale, mais de leur emploi, de leurs revenus et de leur avenir.

La Cité de la gastronomie pourra peut-être se réinventer. Mais avant de tourner la page, encore faudra-t-il tirer les leçons des difficultés rencontrées, répondre aux nombreuses questions restées en suspens et, surtout, ne pas oublier celles et ceux qui en paient aujourd’hui le prix.

Car la responsabilité de ce fiasco est collective, et il faut avoir le courage de le dire. Les alertes existaient dès 2023, les dysfonctionnements étaient identifiés et les fermetures se sont succédé. Pourtant, certains évoquent déjà un « acte 2 ».

Quand on n’a pas été capable, collectivement, de mener le premier acte à son terme, oser annoncer le deuxième sans véritable remise en question, il fallait quand même avoir un sacré culot !

Avant de parler de renaissance, un peu d’humilité, de lucidité et surtout de responsabilité serait bienvenu. Car ce ne sont pas de nouvelles promesses qui feront oublier les erreurs du passé, encore moins aux 44 salariés qui en subissent aujourd’hui les conséquences.