Éducation, pouvoir d’achat, transition écologique, finances publiques, réforme des institutions, démocratie et souveraineté européenne : le Parti radical a présenté à Dijon son projet présidentiel pour 2027. Réuni les 10 et 11 octobre 2026 pour son 126e congrès national, sous la présidence de Nathalie Delattre, le mouvement a dévoilé un manifeste intitulé « Un nouveau pacte générationnel, démocratique et européen ». À travers 40 engagements, il entend peser dans les débats politiques et proposer une nouvelle orientation pour le pays à quelques mois de l’élection présidentielle.
Le Parti radical a choisi Dijon pour présenter les grandes lignes de son projet politique pour 2027. Pendant deux jours, les 10 et 11 octobre, la formation fondée en 1901 a tenu son 126e congrès national et son université de rentrée au Parc des expositions et congrès, sous la présidence de Nathalie Delattre.
Organisé localement avec le concours de la Fédération radicale de Côte-d’Or, présidée par Jean-Philippe Morel, et de son secrétaire général Maxime Moulazadeh, ce rendez-vous revêtait également une dimension historique. Le dernier congrès national du Parti radical organisé dans la capitale bourguignonne remontait en effet à 1908, soit 118 ans auparavant.
Plusieurs figures politiques nationales ont participé à ce rendez-vous, parmi lesquelles Gabriel Attal, Édouard Philippe, Élisabeth Borne, Xavier Bertrand, François Rebsamen, Éric Lombard, Bérangère Abba et Jean-Louis Borloo, ancien président du mouvement, salués par Nathalie Delattre lors de son intervention.
Mais au-delà de ces rencontres politiques, c’est surtout la présentation du Manifeste 2027 qui constituait l’un des moments centraux de ce congrès. Un document programmatique à travers lequel le Parti radical entend affirmer son identité et définir les propositions qu’il souhaite porter dans les discussions qui précéderont la présidentielle.
Un projet présidentiel construit autour de trois grandes priorités
Intitulé « Un nouveau pacte générationnel, démocratique et européen », le manifeste comprend 40 engagements répartis autour de trois axes : la confiance en nous, la confiance en la démocratie et la confiance en l’Europe.
Le premier concerne la société française, avec des propositions sur l’éducation, le travail, les solidarités, l’écologie et les finances publiques. Le deuxième porte sur le fonctionnement des institutions, la participation citoyenne et la décentralisation. Enfin, le troisième est consacré à la souveraineté européenne, à la défense, à la sécurité et à la coopération entre États membres.
Dans l’éditorial qui ouvre ce projet, Nathalie Delattre défend la nécessité de redonner aux Français la maîtrise de leur avenir et de reconstruire la confiance dans l’action publique.
Le Parti radical revendique une démarche inspirée de ses valeurs historiques : la liberté, la solidarité, la responsabilité et la laïcité. Le document s’inscrit également dans la tradition du solidarisme, doctrine associée à Léon Bourgeois, qui met en avant les responsabilités réciproques entre les individus et la société.
L’ambition affichée est de bâtir un nouveau pacte entre les générations, dans lequel le progrès économique, la protection sociale et la transmission aux générations futures seraient étroitement liés.
Refaire de l’école un moteur d’égalité et de réussite
La première grande série de propositions concerne l’éducation. Le Parti radical estime que l’école ne joue plus suffisamment son rôle d’ascenseur social et qu’une transformation de son organisation est nécessaire.
Le manifeste propose d’abord de revoir les rythmes scolaires, en engageant une concertation nationale sur le temps de l’enfant. Il s’agirait notamment de mieux répartir les heures d’apprentissage, de repenser le calendrier annuel et de donner davantage de place au sport, à la lecture, à la culture et au repos.
Le mouvement souhaite également établir un pacte décennal avec les enseignants, couvrant la période 2028-2037. Cette loi de programmation garantirait une revalorisation progressive des rémunérations, une amélioration des conditions de travail et un renforcement de la formation continue.
La défense de la laïcité constitue un autre axe important. Le texte prévoit de renforcer son enseignement dès le plus jeune âge et de rendre obligatoire la formation des personnels éducatifs à ses principes.
Le Parti radical propose par ailleurs de renforcer les contrôles des établissements privés et de donner davantage d’autonomie aux équipes éducatives.
Une réforme plus structurelle est également envisagée : transférer aux régions la responsabilité des collèges et des lycées afin de mieux rapprocher les formations des réalités économiques et des besoins des territoires.
L’enseignement professionnel, l’apprentissage et les métiers techniques occupent également une place dans le projet, avec la volonté de mieux reconnaître les différentes voies de réussite.
Pouvoir d’achat : augmenter le revenu du travail tout en préservant la Sécurité sociale
Le manifeste entend également répondre aux difficultés de pouvoir d’achat rencontrées par les salariés. Le Parti radical défend un principe : améliorer les rémunérations sans affaiblir le financement de la protection sociale.
Pour cela, il propose un pacte du travail reposant sur une conférence sociale nationale. Cette concertation devrait définir une trajectoire de cinq ans concernant les salaires, les minima de branche et les prélèvements sociaux.
Les cotisations pesant sur les bas et moyens salaires pourraient notamment être réduites, à condition que leur financement soit intégralement compensé par des ressources durables.
Le mouvement souhaite également rendre le partage de la valeur plus accessible aux salariés.
Toutes les entreprises d’au moins onze salariés devraient ainsi mettre en place un dispositif de participation, d’intéressement ou de partage des résultats.
Les primes ne pourraient cependant pas se substituer aux augmentations de salaire.
Le Parti radical propose également une garantie d’activité pour les 18-64 ans. Concrètement, aucun jeune ne devrait rester plus de quatre mois sans emploi, formation qualifiante, apprentissage ou mission d’intérêt général.
À partir de 45 ans, chaque actif pourrait bénéficier d’un bilan professionnel et de santé au travail, associé à un droit renforcé à la formation.
À travers ces engagements, le mouvement souhaite favoriser l’accès à l’emploi, sécuriser les parcours professionnels et garantir la soutenabilité du modèle social.

Une nouvelle politique familiale et une solidarité entre générations
La question du renouvellement des générations traverse également le projet présidentiel. Le Parti radical considère que la baisse de la natalité et le vieillissement de la population constituent des enjeux majeurs pour l’avenir économique et social du pays.
Le mouvement souhaite notamment que les conséquences démographiques des politiques publiques soient systématiquement étudiées lors de l’élaboration des lois budgétaires et des textes concernant la Sécurité sociale.
Dans son discours à Dijon, Nathalie Delattre a insisté sur cette question, estimant que la politique familiale devait être considérée comme un investissement stratégique pour l’avenir de la France.
Le manifeste propose aussi de mieux mesurer les effets des décisions publiques sur les différentes générations.
Chaque projet de loi de finances, de financement de la Sécurité sociale ou de programmation écologique devrait ainsi être accompagné d’une étude d’impact par génération et par niveau de vie.
Un tableau de bord public suivrait notamment les évolutions de l’emploi, du logement, de la santé, des retraites, de la dette et du patrimoine naturel.
L’objectif affiché consiste à garantir une répartition plus équitable des efforts et des ressources entre les générations.
Écologie : le Parti radical défend un contrat national d’« éco-solidarisme »
Sur les questions environnementales, le manifeste présente une approche baptisée « éco-solidarisme ». Le Parti radical entend concilier transition écologique, protection du pouvoir d’achat, développement industriel et souveraineté énergétique.
Le mouvement considère que les politiques environnementales ne doivent pas pénaliser disproportionnellement les ménages modestes ni accentuer les inégalités entre les territoires.
Parmi les principales propositions figure l’adoption d’un contrat national d’éco-solidarisme, reposant sur une programmation énergétique stable associant nucléaire, énergies renouvelables, modernisation des réseaux et stockage de l’énergie.
Le texte prévoit également la création d’un service public territorial de la rénovation énergétique, chargé d’accompagner les ménages dans leurs travaux, avec un reste à charge adapté à leurs revenus.
Les aides publiques devraient davantage favoriser les productions françaises et européennes respectant des critères sociaux et environnementaux.
Le Parti radical défend également la création d’un grand ministère regroupant la transition écologique, les transports, le logement, l’énergie et l’aménagement du territoire.
Face aux conséquences du changement climatique, il propose une loi décennale d’adaptation, notamment dans les domaines de l’eau, de la santé, de l’agriculture, des forêts et des infrastructures.
Chaque bassin de vie serait appelé à élaborer un plan de résilience, afin de mieux anticiper les inondations, les sécheresses, les canicules et les incendies.
Finances publiques : l’objectif d’un retour à l’équilibre en 2032
Le manifeste fixe également un cap précis pour les finances publiques : parvenir à un déficit public nul en 2032, au terme de cinq exercices budgétaires.
Le Parti radical propose une loi de programmation financière renforcée, avec un suivi annuel devant le Parlement et une répartition des efforts entre l’État, les collectivités territoriales et la protection sociale.
Il souhaite notamment engager une révision des dépenses publiques, en recherchant des économies dans les dispositifs jugés inefficaces, les doublons administratifs, les aides insuffisamment évaluées et la fraude.
Une conférence nationale réunissant l’État, les collectivités et les partenaires sociaux permettrait de définir les contributions de chacun au redressement budgétaire.
Le texte propose aussi une transformation du financement de la Sécurité sociale, afin de moins faire peser certains prélèvements sur le travail.
Sur le plan fiscal, le Parti radical souhaite que les revenus issus des rentes foncières, immobilières, financières ou environnementales contribuent davantage au financement collectif.
Autre mesure envisagée : transmettre chaque année aux foyers un relevé détaillant leurs prélèvements et l’utilisation des ressources publiques.
Si l’objectif d’équilibre en 2032 est clairement annoncé, les modalités financières de ces engagements devront être précisées dans une future plateforme législative chiffrée.
Réforme des institutions : davantage de pouvoir au Parlement et aux citoyens
Le deuxième grand volet du manifeste est consacré à la démocratie. Le Parti radical part du constat d’une défiance croissante des citoyens envers leurs représentants et les institutions.
Il propose une transformation du fonctionnement démocratique, avec une participation citoyenne renforcée et un rééquilibrage des pouvoirs.
Parmi les mesures avancées figure la création d’une votation nationale annuelle sur une question d’intérêt général. Cette consultation serait préparée par le Conseil économique, social et environnemental, avec la participation de citoyens tirés au sort, puis débattue au Parlement.
Le manifeste défend également la reconnaissance pleine et entière du vote blanc.
Selon le dispositif envisagé, un vote blanc majoritaire pourrait entraîner l’organisation d’une nouvelle élection, à laquelle les candidats récusés ne pourraient plus participer.
Le mouvement propose aussi une obligation civique d’expression électorale : chaque électeur serait appelé à voter pour un candidat, à voter blanc ou à déclarer explicitement son abstention.
Le Parti radical souhaite par ailleurs modifier les équilibres institutionnels.
Le Premier ministre serait proposé par le Parlement, tandis que le président de la République exercerait un rôle davantage centré sur la garantie des institutions et l’indépendance nationale.
Le manifeste prévoit également l’introduction de la proportionnelle par département pour les élections législatives et d’un vote préférentiel à un tour pour la présidentielle.
Ces réformes seraient intégrées à un nouveau pacte constitutionnel que le mouvement souhaite soumettre aux Français par référendum lors de la première année du prochain mandat, après la procédure parlementaire requise.
Décentralisation : donner davantage de liberté aux communes et aux collectivités
La question des territoires occupe une place importante dans le projet radical. Le mouvement souhaite engager une nouvelle étape de la décentralisation, avec une répartition plus claire des compétences entre l’État et les collectivités.
Le manifeste propose notamment de consacrer la commune comme premier point d’accès aux services publics et de renforcer l’autonomie financière et réglementaire des territoires.
Les régions auraient davantage de responsabilités dans les domaines de l’économie, de la formation et de l’aménagement.
Les collectivités pourraient aussi bénéficier d’un droit local à l’expérimentation, leur permettant de tester temporairement des dispositifs adaptés à leurs réalités.
Le mouvement souhaite développer des conseils citoyens de proximité, afin d’associer plus directement les habitants aux décisions locales.
Ces propositions font écho à l’implantation territoriale du Parti radical et à son engagement au sein de nombreuses collectivités.
À Dijon, Jean-Philippe Morel, président de la Fédération radicale de Côte-d’Or, a d’ailleurs rappelé dans son discours la participation du mouvement à la majorité municipale plurielle et à la majorité métropolitaine aux côtés de Nathalie Koenders et de François Rebsamen.
Europe : protéger les frontières et renforcer la souveraineté économique
Le dernier grand volet du manifeste porte sur l’Union européenne. Le Parti radical défend une Europe plus intégrée sur les questions stratégiques, capable de défendre ses intérêts économiques, de maîtriser ses frontières et de renforcer sa sécurité.
Sur le plan industriel, le mouvement souhaite mettre en place un pacte européen de souveraineté productive.
Les investissements européens seraient davantage orientés vers les secteurs stratégiques, notamment l’énergie, les technologies numériques, la santé et la défense.
Un mécanisme de préférence européenne, inspiré du « Buy European Act », permettrait également de privilégier certaines productions européennes dans les investissements financés par des fonds publics.
Concernant l’immigration, le manifeste propose une politique européenne commune des frontières et de l’asile. Frontex deviendrait un corps permanent de garde-frontières et de garde-côtes, doté de moyens renforcés.
Le Parti radical souhaite aussi développer la coopération européenne contre le terrorisme, les trafics de drogue, la cybercriminalité et les réseaux criminels.
Il propose notamment de faire évoluer Europol vers une police fédérale européenne disposant de compétences opérationnelles ciblées.
Défense européenne : un effort militaire français porté à 3,5 % du PIB
Le manifeste accorde une place importante aux questions militaires et géopolitiques. Face aux tensions internationales, le Parti radical estime qu’aucun pays européen ne peut garantir seul sa sécurité et son indépendance stratégique.
Le mouvement propose donc de développer une véritable Union européenne de défense, fondée sur des achats militaires coordonnés, des programmes industriels communs et une capacité d’intervention renforcée.
Pour la France, le document fixe un objectif de dépenses de défense représentant au moins 3,5 % du produit intérieur brut dès 2030.
Le projet prévoit également de renforcer le rôle du Parlement européen dans les décisions communes, notamment en lui permettant d’élire le président de la Commission européenne et de disposer de l’initiative législative.
Enfin, le manifeste évoque l’ouverture d’une voie progressive pour un éventuel retour du Royaume-Uni dans l’Union européenne, si les Britanniques en expriment la volonté.
Un manifeste appelé à servir de référence dans les discussions pour 2027
Pour Nathalie Delattre, ce manifeste ne constitue pas seulement un document destiné aux militants du Parti radical. Il doit également servir de référence pour les discussions avec les différentes forces politiques engagées dans la préparation de l’élection présidentielle.
Lors de son discours à Dijon, la présidente du Parti radical a présenté la méthode que le mouvement entend suivre : confronter ses propositions à celles des candidats afin de mesurer leurs points de convergence.
Un « Bulletin de convergences » doit permettre d’examiner les programmes autour de quatre grands domaines : le pacte entre les générations, les finances publiques, la démocratie, ainsi que l’Europe et la défense.
Cette démarche doit ensuite contribuer à la préparation d’un éventuel contrat de législature avec les formations politiques républicaines, démocrates et européennes.
Le Parti radical entend ainsi préserver son indépendance tout en participant aux discussions sur les futurs rassemblements politiques.
À Dijon, le Parti radical pose les bases de sa contribution à la présidentielle
Avec ce 126e congrès national présidé par Nathalie Delattre, le Parti radical a donc placé son projet présidentiel au centre de ses travaux.
L’organisation de ce rendez-vous à Dijon, avec le concours de Jean-Philippe Morel et de la fédération radicale de Côte-d’Or, aura également permis de donner une visibilité nationale au mouvement et à ses propositions.
La présence de plusieurs personnalités politiques a souligné l’intérêt porté à cette rencontre, mais c’est désormais sur le contenu de ses engagements que le Parti radical entend poursuivre les discussions.
Le manifeste présenté à Dijon comprend des propositions importantes, dont certaines supposeraient des modifications constitutionnelles, de nouvelles lois de programmation ou des accords entre États européens.
Leur faisabilité, leur financement et leurs conséquences devront donc être précisés et débattus dans les prochains mois.
En dévoilant ses 40 engagements à Dijon, le Parti radical a voulu faire de la présidentielle de 2027 un rendez-vous consacré non seulement aux personnalités et aux alliances, mais aussi aux projets. Avec son nouveau pacte générationnel, démocratique et européen, le mouvement entend désormais mettre ses propositions au cœur des discussions politiques nationales.
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