SHEIN a ouvert, ce mercredi 25 février 2026, une boutique permanente au centre commercial BHV Dijon. Une implantation qui suscite l’indignation de la liste d’union municipale « Dijon change d’ère », laquelle dénonce un modèle économique « désastreux sur les plans moral, environnemental et social ».
Une arrivée qui ravive les critiques contre la fast-fashion
L’installation du géant chinois de la vente en ligne dans le centre-ville dijonnais intervient dans un contexte particulièrement sensible. Fin 2025, plusieurs scandales ont mis en lumière les pratiques controversées de certaines plateformes de fast-fashion : toxicité présumée de textiles, produits non conformes au droit européen, et commercialisation d’articles interdits.
Pour « Dijon change d’ère », cette ouverture constitue « un symbole inquiétant » de l’implantation durable d’un modèle fondé sur la production massive de vêtements à bas coût. Le collectif rappelle qu’une procédure judiciaire viserait l’enseigne et évoque un « tollé national » face aux dérives du secteur.
Un « désastre économique, moral et environnemental »
Dans son communiqué, la liste d’opposition dresse un réquisitoire sévère contre la fast-fashion. Elle pointe notamment :
- des conditions de travail jugées précaires, voire relevant du travail forcé, notamment à l’encontre des Ouïghours en Chine ;
- l’utilisation de fibres synthétiques et d’additifs toxiques, responsables de pollutions massives ;
- une concurrence considérée comme déloyale envers la filière textile française, qui aurait perdu environ 300 000 emplois depuis 1990 ;
- l’aggravation de la crise des déchets textiles en France, avec des filières de tri et de recyclage saturées par des vêtements à faible durabilité.
Pour ses opposants, la marque incarne un modèle économique « vicié », privilégiant le profit d’actionnaires internationaux au détriment des droits humains et de l’environnement.
Des marges de manœuvre limitées pour la mairie
La municipalité ne dispose pas du pouvoir d’interdire l’installation d’un commerce respectant la réglementation en vigueur. Consciente de cette limite juridique, « Dijon change d’ère » appelle néanmoins à des actions politiques locales.
Parmi les propositions avancées :
- l’adoption d’un vœu municipal contre la fast-fashion lors du prochain conseil ;
- l’usage renforcé du droit de préemption sur les fonds de commerce afin de favoriser l’installation d’activités jugées éthiques, comme l’artisanat, la réparation et le réemploi ;
- un soutien accru au secteur de la seconde main, via des subventions et une meilleure visibilité dans la communication municipale et l’espace public.
Un appel à une loi nationale plus contraignante
Au-delà du cadre local, le collectif interpelle les responsables politiques nationaux. Il demande l’adoption rapide d’une proposition de loi contre la « mode jetable », dans une version jugée « ambitieuse » et réellement contraignante pour les acteurs du secteur.
Le débat autour de l’ouverture de la boutique dijonnaise dépasse ainsi la simple question commerciale. Il met en lumière un affrontement plus large entre attractivité économique des centres-villes, pouvoir d’achat des consommateurs et impératifs sociaux et environnementaux. À Dijon, l’enseigne vient à peine d’ouvrir ses portes que la bataille politique, elle, est déjà bien engagée.
