À l’approche des prochaines élections municipales, la question de l’avenir de la Cité internationale de la gastronomie et du vin s’impose comme un marqueur politique majeur. Dans un communiqué dense et offensif, la liste « Dijon Change d’Ère », conduite par Michel Haberstrau, dresse un bilan sans concession du projet et propose une transformation structurelle du site.
Présentée à son lancement comme une « fierté » pour Dijon et son agglomération, la Cité serait devenue, selon la liste, un équipement coûteux, géré sans cap stratégique clair et ne répondant pas aux besoins des habitantes et habitants. Le communiqué va plus loin : « tel qu’il a été conçu et mené, le projet est un échec ».
Un modèle économique fragilisé
La critique formulée par Michel Haberstrau repose d’abord sur un constat économique et touristique. Pensée comme la vitrine de la politique d’attractivité de l’exécutif municipal, la Cité devait agir comme locomotive du développement hôtelier et commercial. Or, entre son ouverture en 2022 et 2025, le nombre de nuitées dans les hôtels et établissements touristiques de la métropole n’aurait pas progressé, malgré une augmentation de l’offre d’hébergement.
Pour la liste « Dijon Change d’Ère », cet indicateur met en lumière l’écart entre les ambitions affichées et les retombées effectives.
Autre élément mis en avant : le parking Monge. La construction de cet équipement de 460 places aurait coûté plus de 8 millions d’euros à la Métropole. Pourtant, à peine un quart des places seraient effectivement occupées. Pour l’équipe de campagne, cette sous-utilisation symbolise un investissement public surdimensionné au regard de la fréquentation réelle du site.
Sur le plan commercial, la situation serait tout aussi préoccupante. Plusieurs établissements implantés dans la Cité rencontreraient de graves difficultés financières, liées à une fréquentation jugée insuffisante et à des loyers élevés. Cette fragilité se prolongerait dans le quartier environnant, notamment rue Monge, où le nombre de boutiques vacantes serait en hausse en ce début d’année 2026.
Derrière ces chiffres, Michel Haberstrau dénonce un modèle centré sur une logique de prestige et d’image, mais insuffisamment ancré dans la vie quotidienne des Dijonnais.
Changer de cap : faire de l’alimentation un bien commun
Refusant « une poursuite coûte que coûte du projet actuel », la liste propose un véritable changement de paradigme. La Cité deviendrait une « Cité de l’alimentation populaire, des arts et de la culture », pensée comme un espace de coopération citoyenne. L’idée centrale est de considérer l’alimentation non plus comme un produit d’appel touristique, mais comme un bien commun.
Concrètement, le projet prévoit le développement d’une éducation populaire à l’alimentation. Des activités mêlant maraîchage, cuisine, nutrition et dégustation seraient proposées, en lien avec les sciences du vivant et la santé.
Des ateliers destinés aux jeunes, aux scolaires et aux publics intergénérationnels permettraient de transmettre les savoir-faire culinaires et agricoles. L’ambition est double : renforcer la culture alimentaire et lutter contre les inégalités d’accès à une alimentation de qualité.
La Cité deviendrait également un espace festif et social, accueillant régulièrement des événements de restauration populaires et abordables. Les produits locaux et les cuisines traditionnelles du monde seraient valorisés, en partenariat avec les acteurs de l’alimentation et de la restauration du territoire.
Vers une gouvernance plus transparente
Au-delà des usages, Michel Haberstrau pointe la question de la gouvernance. Le communiqué évoque le Fonds de dotation « Cité de la gastronomie – Culture et Education », mis en place en 2023, dont la création ne produirait pas les effets escomptés. La liste souhaite rendre son fonctionnement moins opaque et plus participatif.
L’objectif affiché est de permettre une implication réelle des habitants, des associations et des acteurs locaux dans les décisions stratégiques concernant la programmation et l’orientation du site. Cette volonté s’inscrit dans une démarche plus large de « réappropriation citoyenne ».
Une Cité culturelle et créative
Le projet ne se limite pas à l’alimentation. Il vise à faire dialoguer gastronomie, arts et création contemporaine. La future Cité accueillerait des résidences d’artistes ouvertes au public, ainsi que des expositions thématiques tournées vers le partage et l’avenir. Les bibliothèques, les musées, les écoles et l’université seraient associés à cette dynamique.
Des événements co-construits avec les collégiens, les lycéens et les étudiants contribueraient à transformer le site en un espace vivant de transmission et de création collective.
Au-delà de la gastronomie, de nouveaux espaces seraient mis à disposition pour la diffusion et l’accès aux arts en général : musique, arts visuels, cinéma, arts de la scène, littérature. La Cité deviendrait ainsi, selon la formule du communiqué, un véritable service public culturel.
Un site écologique et solidaire
La transformation envisagée comporte également une dimension écologique forte. La liste propose une végétalisation massive des espaces bâtis et la plantation d’une micro-forêt urbaine à la place d’un projet immobilier engagé récemment. L’objectif est de rendre le site plus vivant, plus frais et plus accueillant, notamment grâce à la proximité de l’Ouche.
Le devenir du projet abandonné d’hôtel cinq étoiles est aussi abordé. Tout ou partie du site pourrait être transformé en logements accompagnés, par exemple pour des familles monoparentales.
Un espace citoyen à vocation associative, culturelle et solidaire serait créé, visant à améliorer l’accès aux droits et à favoriser l’entraide entre habitants. L’idée est de faire émerger un lieu de coopération, en lien avec la maison des associations située à proximité.
Un marqueur fort de la campagne municipale
À travers ce projet, Michel Haberstrau inscrit la Cité internationale de la gastronomie et du vin au cœur de son programme municipal. Il ne s’agit pas, selon lui, d’ajuster le modèle existant, mais de le repenser en profondeur.
L’ambition affichée est claire : faire de la Cité un espace d’expérimentation de la gastronomie populaire, de la culture et de la transition écologique.
À quelques mois du scrutin, le débat sur l’avenir de cet équipement emblématique pourrait devenir l’un des axes centraux de la confrontation politique à Dijon.
