Alors que la gauche dite « de rupture » est absente du conseil municipal dijonnais, les tensions autour de la responsabilité de la désunion persistent. La liste Dijon Populaire, soutenue par La France Insoumise, entend aujourd’hui rétablir sa version des faits en rendant public un courrier adressé à ses partenaires potentiels dès l’été 2025.
Un document resté sans réponse, selon ses auteurs, mais qui permet de mieux comprendre les conditions – et les blocages – ayant finalement conduit à la constitution d’une liste commune sans elle.
Un courrier resté « lettre morte »
Daté du 1er août 2025, ce courrier était adressé aux écologistes dijonnais ainsi qu’au mouvement Dijon Avenir. Il s’inscrivait dans une phase de discussions engagées à la mi-juillet, après plusieurs réunions (notamment les 15 et 22 juillet), dans l’objectif de bâtir une union de la gauche autour d’un programme alternatif à la majorité sortante incarnée par François Rebsamen et son successeur désigné Nathalie Koenders.
Dans ce texte, les représentants locaux de LFI affirment leur volonté d’unir les forces autour d’un « programme de rupture », mais posent également une série de conditions politiques jugées essentielles.
Le courrier du 1er août 2025 :
« Bonjour à tous et toutes,
Conscient·es de l’importance de constituer une union autour d’un programme de rupture avec celui de la majorité Rebsamen/Koenders, nous avions le mandat de notre assemblée municipale pour entamer des négociations avec les Écologistes et Dijon Avenir, dans l’attente d’une réponse du PCF. Nous avons pu échanger à plusieurs reprises avec vous ainsi qu’avec les représentant·es de Dijon Avenir lors de deux dernières réunions les 15 et 22 juillet. Nos discussions sur les orientations d’une base programmatique ont été intéressantes et nous avons pu voir que des valeurs communes pouvaient nous animer sur plusieurs sujets, notamment pour ce qui concerne la lutte pour le vivant humain et non humain qui est au cœur de notre programme l’Avenir en Commun.
Néanmoins, ces premiers échanges, ainsi que la rencontre organisée au plan régional avec les différents responsables des Écologistes de Bourgogne ont aussi fait émerger des interrogations qui nécessitent des réponses claires avant d’engager la poursuite d’un travail programmatique en commun. Les militant·es de La France Insoumise de Dijon ont pu en asynchrone mettre en avant des questions complémentaires nécessitant une réponse de votre part afin de prendre position quant à une alliance de premier tour et que nous vous livrons ici.
L’actualité dramatique au plan international comme au plan national ne peut être ignorée au plan local, d’autant que Catherine Hervieu, députée élue au nom du NFP s’est présentée comme cheffe de file pour les municipales dijonnaises lors d’une de nos premières entrevues.
A plusieurs reprises, la députée C. Hervieu n’a pas voté la censure du gouvernement, que la motion ait été présentée par LFI ou par le PS. Nous considérons que cela constitue un renoncement au programme pour lequel les électeur·rices de Dijon et de la Côte-d’Or avaient porté leurs voix sur sa candidature.
Or F. Rebsamen est ministre de ce gouvernement et a adoubé N. Koenders comme devant lui succéder à la mairie de Dijon. Les prises de position de la maire montrent qu’elle se situe dans la continuité de la politique menée par son prédécesseur.
Une partie des Écologistes de Dijon soutient une alliance avec l’équipe de N. Koenders et vous n’avez pas au cours des discussions été très clair sur le sujet, votre argument principal étant de vouloir faire “une union gagnante à gauche” pour “être aux manettes”.
Les Écologistes dijonnais·es sont-iels prêt·es à soutenir un programme de rupture avec la politique dijonnaise actuelle ? Sachant que nous n’envisageons aucune alliance avec le PS qui refuse de toute manière de travailler avec LFI21, pourriez-vous vous positionner à votre tour sur ce point et certifier que dans le cadre d’une liste commune vous n’engagerez pas de négociation pour une alliance au second tour avec la liste de Mme Koenders (ou autre liste PS/Place Publique/Modem le cas échéant) ?
Suite à nos échanges nous avons abordé plusieurs fois les questions de positionnement politique concernant le génocide en cours à Gaza, sans beaucoup de réactions de votre part. Nous sommes très investi·es dans le Collectif 21 pour une Paix juste et durable entre Palestiniens et Israéliens. Dans ce cadre, nous ne cessons de dénoncer le génocide en cours du peuple palestinien depuis plusieurs mois. Aussi avons-nous apprécié de voir que Mme Tondelier s’était clairement positionnée le 25 mai dernier contre le nettoyage ethnique à Gaza et le génocide du peuple palestinien. Ce positionnement n’a pas été relayé clairement et publiquement par la députée et cheffe de file des Écologistes à Dijon. Aussi, nous aimerions connaître votre positionnement sur ce sujet. Par ailleurs, nos orientations programmatiques pour les municipales comportent un chapitre intitulé “une commune pour la Paix”. Seriez-vous prêt·es à faire voter par le conseil municipal une motion (prise de position symbolique mais avec mission d’interpellation) pour défendre la paix durable à Gaza et en Cisjordanie, la reconnaissance de l’État palestinien, la fin de l’apartheid en Cisjordanie et du blocus à Gaza et à élever un drapeau palestinien au fronton de la mairie comme cela a été fait par la municipalité de Besançon et d’autres villes en France?
Nous avons compris que nous pourrions nous entendre sur les points programmatiques liés à une écologie profonde articulée à une justice sociale. L’écologie est au cœur de notre programme et, pour nous, passe par une planification, une “règle verte communale” et des priorités que nous vous avons présentées. Au cours de votre présentation d’une “vision d’avenir pour Dijon” vous avez pu nous partager les valeurs que vous défendez : ville de l’entraide ; participation ; coopération ; soutien aux plus démuni·es, logement dignes, etc.
Nous partageons ces valeurs, la lutte contre la précarité et la grande pauvreté étant un de nos axes programmatiques majeurs. Nous vous avons d’ailleurs dit être prêt·es à expérimenter un revenu municipal social garanti permettant de compléter les revenus des ménages vivant en dessous du seuil de grande pauvreté monétaire (50 % du revenu médian). Nous n’avons toutefois entendu aucune mesure sociale emblématique pour répondre à l’état d’urgence sociale que le gouvernement Macron a créé et qu’une commune peut mettre en place. Etes-vous prêt·es à faire de cette cause une priorité dans un programme commun ? Concrètement, concernant la précarité et les personnes les plus à risques face aux crises qui arrivent, quelles seraient vos propositions ?
Concernant ce que vous appelez la “gouvernance”, vous avez pour beaucoup indiqué que le sujet était à renvoyer à la rentrée et que ce n’était pas les mêmes personnes qui décidaient du programme et de la stratégie politique. Sur ce point nous sommes en désaccord. Le programme est politique, les personnes qui le défendent en premier poste doivent faire partie de celles qui le créent et donc l’incarnent. A plusieurs reprises, qu’il s’agisse des interventions de C. Hervieu, de Claire Maillard (au plan bourguignon) ou de F. Faverjon, vous avez indiqué qu’une tête de liste LFI était inenvisageable (eu égard à “la sociologie dijonnaise” selon vos termes). Sur ce point-là aussi nous ne pouvons pas être en accord. Les dernières élections nous l’ont montré, la dynamique est du côté de LFI et nous sommes la force qui à gauche rassemble le plus. Refuser a priori une tête de liste LFI, c’est manquer de respect à nos électeur·rices et ne pas tenir compte des rapports de forces actuels. Comptez-vous revenir sur ce refus catégorique ?
Cela implique bien sûr de s’accorder sur une méthode de gouvernance participative et de s’opposer à la monarchie municipale comme a pu l’évoquer Dijon Avenir lors de notre dernière réunion (exemple de Québec).
Suite à votre retour, nous nous réunirons entre militant·es de Dijon à la fin de l’été afin de prendre position sur une alliance de premier tour ou de second tour le cas échéant.
Merci d’avance pour vos réponses claires à ces (nombreuses!) demandes.
À bientôt dans nos luttes »
En définitive, la constitution d’une liste commune sans la participation de Dijon Populaire apparaît, à la lumière de ce courrier resté sans réponse, moins comme le fruit d’un refus initial d’unité que comme l’aboutissement d’un désaccord politique profond jamais tranché. D’un côté, les écologistes et leurs partenaires ont fait le choix d’une stratégie d’union large, ouverte à des compromis avec des forces comme le Parti socialiste, dans une logique de conquête municipale.
De l’autre, les représentants locaux de La France Insoumise ont maintenu une ligne de rupture, exigeant des garanties claires sur les alliances, les orientations programmatiques et le positionnement politique global. Faute de réponses explicites à ces demandes, la rupture des discussions semble avoir été progressive mais inévitable, actant une divergence stratégique majeure au sein de la gauche dijonnaise, dont les conséquences se font encore sentir dans le débat public local.
