À peine nommé 21ᵉ adjoint au maire de Dijon, chargé des ressources humaines et du dialogue social, Jordane Gallois se retrouve déjà sous le feu des projecteurs. Une entrée en fonction particulièrement remarquée, mais pour des raisons qui dépassent le cadre institutionnel.
Le 27 mars 2026, un premier article évoquait une altercation survenue en pleine campagne des élections municipales à Dijon, dans un contexte de tensions croissantes entre militants politiques. Selon un communiqué des Jeunes Républicains de Côte-d’Or, un de leurs militants aurait été agressé lors d’une opération de collage d’affiches, mettant en cause un élu de la majorité socialiste.
Aujourd’hui, de nouveaux éléments viennent éclairer cette affaire. La rédaction a pu consulter la plainte déposée par le jeune militant, qui livre un récit détaillé des faits qu’il affirme avoir subis dans la nuit du 20 au 21 mars 2026.
Dans ce document, la victime explique s’être rendue sur place pour coller des affiches en compagnie d’un autre militant, mineur au moment des faits. « Nous étions partis coller des affiches pour le parti politique Les Républicains », précise-t-il. Après avoir terminé leur opération, ils constatent que leurs affiches sont rapidement recouvertes par celles d’un groupe adverse.
« On va dire que c’est le jeu politique », reconnaît le plaignant, indiquant ne pas avoir réagi dans un premier temps. Mais la situation dégénère lorsqu’ils décident, quelques minutes plus tard, de retirer ces nouvelles affiches pour rendre à nouveau visibles les leurs.
Selon son témoignage, c’est à ce moment-là que la confrontation éclate. « Monsieur Jordane Gallois est arrivé afin de nous empêcher de décoller leurs affiches », affirme-t-il, précisant que l’élu était accompagné de deux autres hommes.
Le jeune militant décrit ensuite une scène de violence. « Ces trois hommes nous ont bousculé fortement et nous ont mis à terre », déclare-t-il, évoquant une intervention particulièrement ciblée à son encontre. Il affirme également disposer de preuves vidéo et de captures d’écran qu’il souhaite verser à l’enquête.
Le récit se poursuit avec des accusations plus spécifiques : « Pendant que Monsieur Gallois et un de ses acolytes me tenaient, il en profitait pour me badigeonner de colle sur les cheveux et le visage. » Le plaignant évoque également l’arrivée d’un groupe plus important, estimé à « une dizaine d’hommes », renforçant selon lui le déséquilibre de la situation.
L’intervention des forces de l’ordre aurait permis de mettre fin à l’incident. « Je pense que nous avons eu de la chance qu’une patrouille de CRS passe et contrôle tout le monde », explique-t-il. Dans un premier temps, le jeune homme indique ne pas avoir souhaité porter plainte immédiatement, avant de revenir sur sa décision : « J’ai changé d’avis car cette violence m’a beaucoup choqué. »
Dans sa démarche, il insiste sur la nécessité de faire reconnaître les faits : « Cette situation ne doit plus se reproduire. »
Cette affaire intervient dans un climat politique déjà tendu à Dijon. Les Jeunes Républicains dénoncent une dérive inquiétante, appelant à des sanctions et à une enquête approfondie, estimant que de tels incidents portent atteinte aux principes démocratiques.
Une question se pose alors : Jordane Gallois a-t-il réellement « badigeonné de colle sur les cheveux et le visage » d’un jeune militant, âgé de seulement 19 ans ? L’accusation peut sembler surprenante, presque irréaliste, tant les faits décrits paraissent improbables. De quoi susciter légitimement le doute.
Pourtant, des éléments matériels viennent étayer ces déclarations. Une vidéo de la scène, diffusée auprès de certains médias, semble corroborer le récit de la victime. La rédaction de Dijon Actualités, comme certains confrères, en a été destinataire. Nous avons fait le choix de la rendre publique :
Dijon Actualités a pris l’initiative de contacter le jeune militant LR afin de lui poser plusieurs questions. Il a accepté de répondre à notre entretien. Jordane Gallois a déclaré chez nos confrères du Bien Public que vous auriez tenu des propos à caractère homophobe à son encontre. Est-ce exact ? « Je conteste formellement les accusations de propos à caractère homophobe. Des insultes ont pu être prononcées dans un contexte de tension extrême, ce que je regrette, mais elles n’avaient aucune dimension homophobe. Au moment des faits, mon visage a été badigeonné de colle, ce qui a fortement contribué à la confusion, à la panique et à la réaction que j’ai pu avoir. Présenter mes propos comme étant à caractère homophobe est inexact et déforme la réalité de la situation.«
Il affirme également que vous seriez parti avant de revenir accompagné de renforts — cinq militants LR au total — pour en découdre. Que répondez-vous à ces accusations ? « Cette affirmation est totalement infondée. Je ne suis à aucun moment revenu pour en découdre. Les militants LR présents ont été prévenus de la situation et sont arrivés après l’intervention des forces de l’ordre, ce que les images de vidéosurveillance permettront d’établir clairement. Leur présence visait uniquement à s’assurer de mon état, et en aucun cas à participer à une quelconque confrontation« .
Pouvez-vous nous expliquer comment vous avez vécu ce que vous considérez comme une agression ? « Je rappelle que j’ai été mis à terre et bousculé par plusieurs individus. Il est important de replacer les choses dans leur contexte : j’ai subi une situation de violence qui a provoqué un état de choc. Les heures qui ont suivi ont été difficiles, avec des tremblements et des difficultés à respirer. La réalité des faits est celle d’une agression, et non celle qui est aujourd’hui décrite de manière inversée.«
De son côté, l’équipe municipale de Nathalie Koenders affirme, suite à notre article de presse publié le 27 mars 2026, que trois plaintes ont été déposées de leur côté et que l’un de leurs militants s’est vu prescrire trois jours d’ITT.
En attendant, cette affaire jette une ombre sur le début de mandat du nouvel adjoint chargé des ressources humaines et du dialogue social. Les images de la vidéo, désormais entre les mains de plusieurs rédactions, semblent confirmer les faits décrits dans la plainte, renforçant la gravité des accusations portées.
Plus largement, cette polémique fragilise l’entame de mandat de la maire de Dijon, Nathalie Koenders. La question se pose désormais sur le plan politique : Jordane Gallois peut-il se maintenir dans ses fonctions, notamment à un poste aussi sensible que celui des ressources humaines et du dialogue social ? Autant d’interrogations qui restent, pour l’heure, en suspens. Pour les Jeunes Républicains de Côte-d’Or, Jordane Gallois ne doit pas rester adjoint, comme ils le disent dans leur communiqué de presse publié ce samedi 28 mars 2026 (voir le communiqué de presse ici).
En attendant, celui-ci n’a pas manqué de réagir sur les réseaux sociaux à sa nomination en tant que nouvel adjoint : « Je tiens à adresser toutes mes félicitations à Madame la Maire, ainsi qu’à l’ensemble de mes collègues adjoints et conseillers municipaux. C’est avec une grande fierté que je prends mes fonctions d’adjoint à la Maire, en charge des ressources humaines et des relations sociales. J’ai hâte de débuter cette belle mission, d’aller à la rencontre des agents municipaux dans chaque service et de bâtir une relation constructive et respectueuse avec l’ensemble des acteurs du dialogue social. Au travail, avec responsabilité et enthousiasme, pour Dijon et ses habitants. »

Des propos qui, disons-le clairement, peinent à convaincre. Comment ne pas relever le décalage saisissant entre ce discours lisse, empreint de “responsabilité” et de “dialogue social”, et les faits qui lui sont aujourd’hui reprochés ? Car derrière les déclarations convenues, c’est une toute autre image qui se dessine : celle d’un élu cité dans une affaire de violences en pleine rue, à l’encontre d’un jeune militant de 19 ans, dans un contexte pour le moins tendu.
Ce contraste interpelle, et il interroge d’autant plus au regard des fonctions occupées. Être en charge des ressources humaines et du dialogue social impose une exemplarité sans faille, une capacité à apaiser, à écouter, à incarner une autorité respectée. À ce stade, les éléments connus viennent sérieusement fragiliser cette crédibilité.
Plus troublant encore : le silence de l’intéressé. Malgré plusieurs sollicitations de notre rédaction, aucune réponse. Aucun éclairage. Aucune explication. Un mutisme difficile à comprendre pour un élu désormais exposé publiquement, et qui revendique pourtant le dialogue comme pilier de son action.
Dans le même temps, l’adjoint semble privilégier certains médias, choisissant ses canaux d’expression. Un choix qui pose question. Peut-on prôner le dialogue tout en triant ses interlocuteurs ? Peut-on parler de « responsabilité » tout en se murant dans le silence face à des interrogations légitimes ?
À défaut de réponses, les doutes persistent. Et ils risquent, à mesure que l’affaire prend de l’ampleur, de s’installer durablement. Pour un élu tout juste nommé, la séquence est lourde de conséquences — politiques comme symboliques.
De leur côté, interrogés par nos confrères du Bien Public, un ou plusieurs membres de l’équipe de Nathalie Koenders relativisent les faits : « C’était une altercation de fin de campagne électorale, les torts ont été relativement partagés. […] Une vidéo d’un militant LR a été prise mais ne dure que quelques secondes et ne relate pas les faits dans leur intégralité ». Un argument qui appelle, lui aussi, quelques remarques. Certes, la vidéo ne montre qu’un extrait de la scène. Certes, le contexte global reste à établir dans le cadre de l’enquête. Mais une question demeure, simple et centrale : celle du comportement attendu d’un responsable politique.
Car au-delà des versions qui s’opposent, un principe devrait faire consensus. Lorsqu’on aspire à exercer des fonctions publiques — a fortiori dans un domaine aussi sensible que les ressources humaines et le dialogue social — la maîtrise de soi, le recul et le sens des responsabilités ne sont pas des options.
Dans une situation de tension, la réponse attendue d’un élu (ou d’un futur élu) n’est pas l’escalade, mais l’apaisement ; non la confrontation, mais la retenue. Être pris à partie, être provoqué, voire insulté, fait malheureusement partie de la vie politique. Y répondre par des gestes contestés — quels qu’en soient le contexte exact et les responsabilités finales — pose inévitablement question.
Et c’est bien là le cœur du problème : au-delà de l’enquête judiciaire, c’est une question d’exemplarité qui est posée. Une exigence d’autant plus forte que l’intéressé savait, ou pouvait raisonnablement envisager, qu’il s’apprêtait à accéder à des responsabilités importantes au sein de l’exécutif municipal. Dans ce contexte, chaque geste compte. Chaque réaction engage. Et chaque silence, aujourd’hui, pèse.
Communiqué de presse du 28 mars 2026 :
Nous tenons à dénoncer avec la plus grande fermeté la nomination de M. Jordane Gallois en tant qu’adjoint au dialogue social à la mairie de Dijon.
Ce choix est tout simplement indécent au regard des faits qui lui sont reprochés. En effet, M. Gallois est mis en cause suite à une agression visant l’un de nos militants, faits pour lesquels une plainte a été déposée et qui sont étayés par des images vidéo.
Nommer au « dialogue social » une personne associée à des faits de violences : il fallait oser. La majorité socialiste semble avoir une conception pour le moins originale du dialogue.
Quelle crédibilité accorder à une équipe municipale qui promeut à des fonctions aussi sensibles un individu au comportement violent ? Quel message est envoyé aux citoyens, et en particulier aux jeunes engagés dans la vie démocratique ?
Cette nomination est une faute politique grave, c’est une véritable honte. Nous exigeons de la maire de Dijon qu’elle revienne immédiatement sur cette nomination scandaleuse. À défaut, elle assumera pleinement la responsabilité du discrédit profond et durable porté à l’action municipale, ainsi que la rupture de confiance avec les dijonnais.
Nous continuerons à défendre fermement les valeurs de l’ordre, de justice et de respect, indispensables au bon fonctionnement de notre vie politique.
Louis Contesse
Les Jeunes Républicains de Côte d’Or
