Le gouvernement a entériné la disparition de l’Institut national de la consommation (INC), tournant ainsi une page majeure de la défense des consommateurs en France. Un décret publié au Journal officiel le 29 mars 2026 précise les conditions de cette liquidation et ouvre, dans le même temps, une phase décisive pour l’avenir du magazine 60 Millions de consommateurs. La décision n’est plus une hypothèse : l’INC, établissement public créé en 1966, entre officiellement en liquidation. Cette mesure s’inscrit dans la loi de finances 2026, qui prévoyait la disparition de l’organisme avant la fin du mois de mars, sur fond de fragilité économique.
Pour piloter cette transition, un liquidateur sera nommé pour une durée initiale de neuf mois à compter du 31 mars. Sa mission sera double : gérer la fermeture progressive de l’institution tout en maintenant, temporairement, l’activité du mensuel phare. Le texte prévoit un calendrier serré. Un délai de trois mois est fixé pour trouver un repreneur capable de poursuivre l’activité de presse. Ce laps de temps pourra toutefois être prolongé si des négociations sérieuses sont en cours.
Si aucune solution n’émerge, le liquidateur aura la responsabilité de mettre un terme définitif à la publication. Les actifs du journal pourraient alors être cédés séparément, marquant la disparition d’un titre historique du paysage médiatique français. Du côté des salariés, les préoccupations sont nombreuses. Le syndicaliste Lionel Maugain, également journaliste au sein du magazine, regrette l’absence de précisions sur le devenir des quelque 60 employés.
Au-delà de la question sociale, c’est aussi l’indépendance éditoriale qui suscite l’inquiétude. Le risque, selon lui, serait de voir le titre perdre sa vocation d’information neutre au profit d’intérêts privés ou idéologiques. Une crainte partagée par plusieurs observateurs du secteur. Le ministère du Commerce assure néanmoins suivre le dossier avec une vigilance particulière. Il affirme vouloir privilégier un projet de reprise “dans l’intérêt du titre”, en restant ouvert à différentes options : investisseurs privés, associations, groupes de presse existants ou même reprise par les salariés.
Cette prudence s’explique par la notoriété et la crédibilité acquises par le magazine au fil des décennies. En décembre dernier, une tribune réunissant journalistes, élus et scientifiques alertait déjà sur les conséquences d’une disparition du titre, dénonçant une véritable “mise à mort”. Sur le plan économique, les chiffres alimentent le débat. Le coût de la liquidation est estimé à 8 millions d’euros par le gouvernement, contre 11 millions selon les représentants syndicaux.
Si l’INC affichait un déficit de 719 000 euros en 2024, la situation s’était redressée en 2025 avec un bénéfice de 236 000 euros. Un redressement qui, pour certains, remet en question la nécessité d’une fermeture aussi rapide. Entre impératifs budgétaires et enjeux démocratiques, la disparition de l’INC ouvre une période d’incertitude. L’avenir de 60 Millions de consommateurs dépend désormais de la capacité à trouver un repreneur prêt à préserver l’esprit d’un titre devenu, au fil du temps, une référence pour des millions de lecteurs.
