Le congrès confédéral de Force Ouvrière, censé être un moment d’unité et de débat démocratique, a été marqué par une vive polémique autour de l’intervention de Frédéric Vuillaume, secrétaire d’un syndicat régional de Bourgogne-Franche-Comté. Dans un témoignage virulent, ce dernier accuse ouvertement la direction confédérale d’entraver la liberté d’expression interne et d’avoir recours à des méthodes coercitives pour faire taire certaines voix dissidentes.
Une prise de parole sous tension
Selon Frédéric Vuillaume, son organisation syndicale a été empêchée de participer pleinement aux débats dès l’ouverture du congrès. « Nous avons passé la première journée dehors, notre mandat étant bloqué abusivement », déplore-t-il. Ce n’est qu’en toute fin de journée, à 20h50, que son intervention a finalement été autorisée — devant une salle presque vide, réduisant considérablement la portée de son message.
Cette situation, qu’il qualifie de « stratégie délibérée », illustre selon lui un malaise profond au sein de la confédération. « Visiblement, certaines vérités dérangent », affirme-t-il, allant jusqu’à évoquer l’usage de « violence » pour museler les oppositions internes.
Un syndicat revendicatif et implanté localement
Dans son discours, Vuillaume a d’abord rappelé le poids et l’ancrage territorial de son syndicat, présent sur huit départements de Bourgogne-Franche-Comté et représentant plusieurs milliers d’agents, notamment dans les lycées et les services régionaux.
Se revendiquant de la Charte d’Amiens — pilier historique du syndicalisme français prônant l’indépendance vis-à-vis du patronat et des partis politiques — son organisation se positionne comme « combative, libre et indépendante ». Elle met en avant ses luttes contre les politiques régionales d’austérité, notamment les fermetures d’établissements scolaires ou la dégradation des conditions de travail.
Répression et isolement : un militant sous pression
L’intervention a pris un tournant plus personnel lorsque Vuillaume a évoqué les conséquences judiciaires de son engagement syndical. Arrestations, gardes à vue, amendes, contrôles judiciaires : le syndicaliste affirme avoir payé un « lourd tribut » pour sa participation aux mobilisations contre la réforme des retraites portée par le gouvernement de Emmanuel Macron.
Il dénonce une « criminalisation de l’action syndicale » et s’inquiète d’une dérive autoritaire : « Manifester devient un délit alors que c’est un droit fondamental ». Plus encore, il regrette l’absence totale de soutien de la part de sa propre confédération, qu’il accuse d’abandonner ses militants de terrain.
Une critique frontale de la direction confédérale
Au-delà de la question de la répression, c’est la ligne politique de la direction de Force Ouvrière qui est vivement attaquée. Vuillaume met directement en cause Frédéric Souillot, l’accusant d’avoir pris des décisions contraires aux principes fondateurs du syndicat.
Sont notamment pointées :
- la signature d’un communiqué commun avec des organisations patronales,
- un accord sur l’assurance chômage jugé défavorable aux salariés,
- et des rapprochements politiques considérés comme incompatibles avec l’indépendance syndicale.
Pour Vuillaume, ces choix traduisent une « dérive bureaucratique » et un éloignement des réalités du terrain. Il accuse la direction de privilégier un « dialogue social de façade » au détriment du rapport de force.
Une fracture entre base et sommet
Le discours met en lumière une fracture croissante entre la base militante et la direction nationale. L’instauration d’outils numériques comme le système EFO est également critiquée, accusée de centraliser le pouvoir et de marginaliser les syndicats locaux.
« Nous ne sommes pas des subalternes », martèle Vuillaume, appelant à un retour à une démocratie ouvrière plus directe et à une reconnaissance du rôle des militants de terrain.
Un appel à la radicalisation du mouvement
Dans une conclusion particulièrement offensive, le syndicaliste appelle à une mobilisation générale face aux politiques gouvernementales, dénonçant des réformes « mortifères » qui dégradent les conditions de vie des travailleurs.
Il évoque notamment :
- le recul de l’âge de départ à la retraite,
- les restrictions sur les arrêts maladie,
- et la dégradation des services publics.
Face à cela, il appelle à « la grève générale et au blocage du pays » comme seuls moyens d’obtenir des avancées sociales.
Un congrès révélateur de tensions profondes
Cet épisode, loin d’être anecdotique, illustre les tensions internes qui traversent aujourd’hui Force Ouvrière. Entre une direction accusée de compromis et une base militante en quête de radicalité, le syndicat semble à la croisée des chemins. Reste à savoir si ces fractures pourront être surmontées ou si elles annoncent une recomposition plus profonde du paysage syndical français.
Ci-dessous, le discours de Frédéric Vuillaume :
Chers camarades,
Vous avez le salut fraternel du syndicat Force Ouvrière conseil régional Franche Comté Bourgogne
Avant d’intervenir sur le rapport d’activité, je vais vous parler de la situation de notre syndicat de base.
Nous sommes un syndicat combatif et revendicatif, libre et indépendant issu de la Charte d’Amiens.
Nous sommes un syndicat qui couvre tout le territoire de la Bourgogne Franche Comté sur 8 départements avec 1000 agents du siège et 3000 agents de lycées répartis sur 128 établissements dispatchés sur une zone allant de Besançon à Auxerre, du Creusot à Nevers et de Dijon au Territoire de Belfort.
Nous sommes le 2ème syndicat chez les catégories C et 3ème siège et lycées confondus. Nous siégeons dans toutes les instances représentatives, y compris dans les conseils médicaux, où nous défendons avec force et détermination les nombreux dossiers des agents usés par le travail qui demandent des reconnaissances de maladies professionnelles et d’accidents de travail, sans oublier les agents à qui on impose des retraites pour invalidité non imputable au service bien avant l’âge légal de départ à la retraite.
Nous luttons activement contre toutes les mesures d’austérité du conseil régional comme la volonté de fermer des lycées, des restaurations, des internats sous prétexte de baisse de natalité et de trop de mètres carrés à chauffer ou encore les non-remplacements au pied levé des agents en arrêt maladie, accidents de travail, maladies professionnelles etc.
Grâce à notre mobilisation, nous avons empêché la fermeture d’un lycée agricole de proximité et réussi à faire reculer le conseil régional sur plusieurs décisions politiques qui vont à l’encontre des intérêts des agents.
Nous avons aussi combattu et participé activement à toutes les grèves, manifestations, actions contre la réforme des retraites.
Malheureusement, notre syndicat en a payé le prix cher.
En effet le 26 avril 2023, veille de la visite de Macron au Château de Joux dans le Doubs, j’ai été placé en GAV pendant plus de 9h puis présenté au procureur de la République, puis au juge des libertés et des détentions qui m’a placé sous contrôle judiciaire m’interdisant de porter une arme jusqu’à mon procès qui s’est déroulé le 30 juillet 2023
Le seul crime que j’ai commis c’est de porter haut et fort les revendications de Force Ouvrière lors d’actions de blocage appelées par l’intersyndicale nationale et départementale qui ont réuni plus d’une centaine de personnes pour protester contre la réforme des retraites le 7 mars 2023 et le 24 avril 2023.
J’ai été condamné en première instance à un euro d’amende avec sursis, J’ai fait appel à cette condamnation abusive mais malheureusement j’ai été de nouveau condamné à 1500 euros d’amende avec sursis le 12 mars dernier juste pour avoir manifesté. Évidemment j’ai saisi la Cour de cassation pour combattre cette décision qui est totalement contraire à notre droit constitutionnel de manifester et qui criminalise l’action syndicale.
Malgré une répression féroce, à chaque fois que Macron ou un ministre de son gouvernement était en déplacement dans notre grande région, nous étions là pour faire entendre nos revendications légitimes, contrairement à certaines UD qui nous ont reproché par la suite de nous être substitués aux UD.
Ces nombreuses mobilisations m’ont occasionné en tant que secrétaire de notre syndicat des amendes pour avoir distribué un tract, ou encore pour avoir scandé des slogans, ou encore plus grave des arrestations brutales et abusives comme ça a été le cas lors de la venue du premier ministre Gabriel Attal à Montbéliard le 16 mars 2024 avec 16h de GAV ou encore le 17 mars 2025 lors de la venue de la ministre du travail à Besançon où les forces de l’ordre m’ont de nouveau interpellé, menotté et placé en GAV pendant 3h.
Cette chasse à l’homme continue encore et récemment avec une nouvelle arrestation le 2 octobre 2026 avec encore 24h de GAV supplémentaires lors d’une manifestation à l’appel de l’intersyndicale nationale.
Malgré ces nombreuses arrestations, GAV, procès abusifs nous n’avons eu aucun soutien de notre confédération.
Pourtant lorsqu’un militant Force Ouvrière est attaqué, c’est tout Force Ouvrière qui devrait se lever pour dénoncer ces abus de pouvoir et cette grave entrave à notre droit fondamental de manifester.
Malheureusement, maintenant à chaque fois que nous manifestons ou même distribuons simplement des tracts les forces de l’ordre sont toujours présentes en nombre, même des écrits de notre syndicat peuvent se terminer en convocation au commissariat, comme ça a été le cas pour notre secrétaire adjoint et moi-même. Nous devrions tous être très préoccupés par cette dérive autoritaire car militer, manifester, revendiquer devient un délit alors que c’est un droit.
Concernant le rapport d’activité de notre confédération
Nous avons été scandalisés d’apprendre que toi Frédéric Souillot, tu as signé pour notre organisation syndicale un communiqué commun avec les organisations patronales datant du 17 décembre 2024
Cette décision prise sans aucun mandat est totalement contraire aux principes fondateurs de la Charte d’Amiens qui grave dans le marbre notre indépendance ABSOLUE à l’égard du patronat des gouvernements et des partis.
Malheureusement, tu as récidivé récemment, Le 2 mars 2026 nous avons appris avec stupeur et colère que tu as signé le projet d’accord sur l’assurance chômage avec la CFDT, la CFTC et le patronat qui entérine une réduction de la durée d’indemnisation des ruptures conventionnelles.
Cette signature est inacceptable, car elle valide un projet d’accord scélérat qui valide un recul des droits des salariés.
Le 7 octobre 2025 tu t’affichais au côté de Xavier Bertrand lors de la conférence nationale des groupes départementaux des Services Publics et de Santé.
Une nouvelle fois tu piétines la Charte d’Amiens que tu bafoues régulièrement en te comportant comme un patron voyou et c’est peut-être pour ça que tu as signé ce communiqué et cet accord qui sont contraires aux intérêts de la classe Ouvrière. Visiblement tu te sens plus proche des organisations patronales et du MEDEF que des syndicats de base, combatifs et revendicatifs comme le nôtre.
Nous souhaitons dénoncer aussi la mise en place de EFO qui, pour nous est un outil patronal qui permet à la confédération de « squeezer » les syndicats de base pour les adhésions et les stages syndicaux et qui est un moyen de nous contrôler, comme ça a été le cas pour notre syndicat en nous bloquant nos commandes de cartes et de timbres en 2025 ou encore en bloquant notre mandat pour ce congrès sous prétexte que nous n’avons pas 12 timbres sur nos cartes comme bon nombre de syndicats de base comme le nôtre.
Cette pratique est scandaleuse et totalement inadmissible.
Cette volonté de tout dématérialiser est aussi une pratique dangereuse puisque récemment nos données personnelles ont été volées par des hackers. Étant donné que nous combattons au conseil régional le tout dématérialisé, nous demandons l’arrêt de l’utilisation de ce logiciel de flicage.
Nous souhaitons aussi rappeler aux structures, telles que la confédération ou certaines UD, que nous ne sommes pas vos subalternes, nous sommes des syndicats libres et indépendants et que votre rôle est de nous aider à nous développer et pas nous mettre des bâtons dans les roues ou encore essayer de nous mettre sous tutelle.
Nous ne sommes pas des commerçants qui doivent vendre des cartes. Nous sommes une organisation Ouvrière et nous devons convaincre les salariés de nous rejoindre pour soutenir notre ligne combative et revendicative, pour engager un vrai rapport de force qui fera aboutir nos revendications légitimes et évitons de tomber dans le piège d’un dialogue social totalement stérile voulu par le gouvernement, le patronat et les élus qui nous empêche d’être sur le terrain.
Notre organisation syndicale doit stopper rapidement cette culture du chef, cette dérive bureaucratique totalement éloignée des conditions de travail et des conditions de vie des salariés et revenir à la démocratie Ouvrière comme le faisaient nos anciens.
Force Ouvrière n’est plus audible au niveau national.
Si nous ne réagissons pas rapidement collectivement l’incroyable travail des militants de base, qui est le cœur battant de Force Ouvrière, sera sali par des décisions de la confédération prises, sans concertation, dans le cadre d’un « dialogue social » de façade totalement contraire aux intérêts de la classe Ouvrière.
C’est pour toutes ces raisons que nous voterons contre le rapport moral d’activité et financier.
Pendant ce temps-là, Macron et son gouvernement corrompu avancent à grand pas et continuent de nous imposer le rythme effréné de ses réformes mortifères et liberticides qui dégradent nos conditions de travail et nos conditions de vie.
Rien ne les arrête, cette fois en lien avec le report de l’âge légal de départ à la retraite à 64 ans et peut-être à 67 ans, le gouvernement s’attaque aux arrêts maladie qu’il juge trop nombreux, aux indemnités journalières qui lui coûtent trop cher. Il a même imposé aux agents publics 10 % en moins sur le traitement par jour d’arrêt maladie car il sait que de très nombreux salariés seront cassés physiquement, psychologiquement, par le travail et qu’ils ne pourront plus travailler.
Nous devons combattre avec force et détermination ces mesures criminelles.
Ils vont continuer à démanteler, désorganiser nos services publics en les vidant de leur force de travail, comme ils l’ont fait avec les hôpitaux, pour mieux les privatiser.
Ce ne sont ni les patrons des multinationales, ni les politiques qui en subissent les lourdes conséquences au quotidien, c’est nous qui voyons nos parents, nos enfants attendre des heures avant de pouvoir être pris en charge aux urgences pour y être soignés.
Ils font tout pour nous faire travailler plus et plus longtemps, ils s’attaquent aux jours fériés et même au premier mai, journée symbolique des luttes de la classe Ouvrière.
Ils nous maltraitent, ils nous exploitent, ils nous divisent
Avec les conséquences de leurs guerres qui font exploser le prix des carburants, du gaz, de l’électricité et à terme de l’alimentation, nos salaires, nos retraites, nos pensions ne nous permettent plus de vivre de notre travail, alors que dans le même temps on apprend qu’en France il y a de plus en plus de millionnaires.
Comment peut-ont accepter ces injustices, cette maltraitance ?
Cette situation n’a que trop duré, il est encore temps d’agir, de s’organiser, de prendre nos responsabilités avant qu’il ne soit trop tard, il en va du devenir de notre société et de l’avenir de nos enfants.
Retrouvons notre conscience de classe, soyons combatifs, revendicatifs et déterminés, portons haut et fort, avec fierté les valeurs du syndicalisme de lutte des classes issu de la Charte d’Amiens.
Seule la grève générale et le blocage du pays feront aboutir nos revendications légitimes et nous permettront de mettre à terre ce système capitaliste qui nous fait crever.
Vive le syndicalisme libre et indépendant de lutte de classe
Vive la CGT FORCE OUVRIÈRE »
