C’est une interview accordée à nos confrères du Bien Public par François Rebsamen qui ne laisse pas indifférent, tant certains propos interrogent. Interrogé sur ses indemnités, le président de Dijon Métropole déclare : « Je gagne 4 600 € ici à la Métropole, je gère 3 200 personnes. Il n’y a pas un chef d’entreprise qui va me dire que je gagne trop d’argent. Je ne suis pas quelqu’un de riche, je n’aime pas l’argent, j’habite dans une petite maison et depuis très longtemps. Je n’ai pas de bien particulier, il suffit de voir les déclarations que je fais à la Haute Autorité de la transparence de la vie publique. »
Un discours qui se veut rassurant. Mais que disent les faits ? Comme il y invite lui-même, il suffit de consulter sa dernière déclaration à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique pour en nuancer la portée. Celle-ci fait état de plusieurs comptes bancaires, totalisant près de 160 000 euros d’épargne, ainsi qu’un peu plus de 10 000 euros placés en assurances-vie. Dans ces conditions, difficile d’évoquer un niveau de vie ordinaire : peu de Français disposent d’un tel niveau d’épargne.
Sur le plan immobilier, même décalage. François Rebsamen affirme vivre dans « une petite maison » et ne pas avoir de « bien particulier ». Dans les faits, il possède une maison à Dijon de 130 m², acquise en 2003 pour 285 000 euros, aujourd’hui estimée à 420 000 euros, après 100 000 euros de travaux. Et ce n’est pas tout. Il est également propriétaire d’un appartement en Corse de 83 m², acquis en 2022 pour une valeur de 350 000 euros — un élément absent de sa réponse à notre confrère. À cela s’ajoute une participation dans une SCI, valorisée à 114 225 euros selon sa dernière déclaration.
Alors, pas riche ? La question mérite d’être posée. Où commence réellement la richesse ? Si la réponse varie selon les critères, une chose semble évidente : on est ici très loin de la précarité. Un ménage modeste lutte pour finir ses fins de mois. Est-ce le cas de François Rebsamen ?
Et malgré son affirmation de « ne pas aimer l’argent », il convient de rappeler que le président de Dijon Métropole a fait voter, le 16 avril 2026, lors du conseil métropolitain, une enveloppe de 12 000 euros de frais de représentation, dont il pourra disposer librement. Une décision qui peut surprendre au regard de ses déclarations. Certes, on peut ne pas aimer l’argent, tout en en faisant usage — surtout lorsque le cadre est légal.
Ce positionnement n’est pas sans rappeler les précédentes polémiques liées aux frais de représentation dont il disposait lorsqu’il était maire de Dijon. Car au-delà des intentions affichées, les chiffres, eux, restent particulièrement parlants.
Ainsi, les dépenses recensées atteignent des montants significatifs :
- 10 262 € de frais de costume
- Frais de déplacement : 33 990,69 €
- Frais de restauration : 76 713,54 €
- Café gourmand : 52 passages, pour un total de 13 325,60 €
- Restaurant de l’Hôtel Ibis Dijon Central : 54 passages, pour 16 520,15 €
À Paris, François Rebsamen a également été aperçu à six reprises au restaurant “Train Bleu”, situé gare de Lyon. Lors de l’un de ces repas, l’addition a atteint 191 € pour deux personnes, comprenant notamment un Saint-Pierre facturé 105 €.
Dans ce contexte, le vote d’une enveloppe de 12 000 euros de frais de représentation prend une dimension particulière. Sans être illégal dans son principe, il vient toutefois nourrir une contradiction apparente entre le discours tenu et les pratiques observées.
Car ne pas « aimer l’argent » ne signifie pas nécessairement s’en priver. Mais cela interroge, lorsque les montants engagés — qu’il s’agisse de 10 262 euros, 33 990,69 €, 76 713,54 €, 13 325,60 €, 16 520,15 €, 191 € ou encore 105 € — traduisent un usage régulier et conséquent de ressources publiques.
Dès lors, une question demeure : comment concilier cette déclaration de principe avec la réalité des dépenses engagées ? Si chacun est libre d’apprécier la notion de « rapport à l’argent », les chiffres, eux, offrent une lecture plus objective.
Au final, cette séquence renvoie directement à l’interview accordée à nos confrères du Bien Public. François Rebsamen y affirme ne pas aimer l’argent et ne pas être riche. Des propos qui relèvent, en partie, d’une appréciation personnelle. Mais confrontés aux montants engagés et au patrimoine déclaré, ils laissent place à l’interprétation. Entre perception et réalité, chacun pourra désormais se faire son propre jugement.
