À quelques semaines du renouvellement du Conseil économique, social et environnemental, une large coalition d’organisations issues du monde associatif, de l’économie sociale et solidaire, de la défense des droits, de l’environnement et de la participation citoyenne affiche publiquement son soutien à Claire Thoury pour la présidence du CESE. Dans un communiqué commun publié mardi 5 mai 2026, ces acteurs de la société civile appellent les membres de l’assemblée consultative à porter à sa tête une personnalité qu’ils jugent capable de « renforcer le CESE comme le lieu de l’écoute et du débat de la société civile organisée ».
Cette prise de position collective intervient dans un contexte particulier pour l’institution du Palais d’Iéna. Alors que le CESE célèbre son centenaire, ses missions et sa place dans la vie démocratique française font de nouveau l’objet d’interrogations. Réforme de la participation citoyenne, crise de confiance envers les institutions, montée des fractures sociales et territoriales : autant de défis qui poussent une partie de la société civile à réclamer un rôle plus central pour cette assemblée souvent perçue comme méconnue du grand public.
Dans leur texte, les signataires défendent une vision ambitieuse du CESE. Pour eux, l’institution doit pleinement assumer sa fonction de « chambre des corps intermédiaires et de la société civile organisée ». Une manière de rappeler que syndicats, associations, mutuelles, acteurs de l’économie sociale, organisations environnementales ou encore collectifs citoyens constituent des relais essentiels entre les citoyens et le pouvoir politique.
Au cœur de cette démarche, la candidature de Claire Thoury apparaît comme un symbole autant qu’un projet politique pour l’institution. Les organisations signataires estiment qu’elle porte une « double ambition » : faire du CESE un acteur incontournable dans l’élaboration des politiques publiques, mais aussi un espace de renforcement du dialogue entre les différentes composantes de la société civile.
Les soutiens de Claire Thoury insistent particulièrement sur sa méthode. Ils saluent l’élaboration collective de son projet de mandature, présentée comme la preuve d’une pratique du dialogue « exigeante et ouverte ». Dans un paysage institutionnel souvent critiqué pour sa verticalité, cette volonté de concertation est mise en avant comme un marqueur fort de sa candidature.
Figure reconnue du monde associatif, Claire Thoury préside actuellement Le Mouvement associatif, structure qui fédère plus de 700 000 associations en France à travers ses membres. Son parcours lui confère, selon ses soutiens, une capacité particulière à rassembler des acteurs aux intérêts parfois divergents tout en construisant des compromis durables.
Les signataires soulignent également son expérience au sein même du CESE, notamment son rôle dans le pilotage de la Convention citoyenne sur la fin de vie. Cette mission est présentée comme une démonstration concrète de son aptitude à organiser un dialogue démocratique complexe sur un sujet particulièrement sensible. Pour ses soutiens, cette expérience témoigne de sa capacité à conjuguer écoute citoyenne, méthode institutionnelle et recherche de consensus.
Au-delà des enjeux de gouvernance, la candidature de Claire Thoury porte également une forte dimension symbolique. Depuis sa création il y a cent ans, le CESE n’a jamais été présidé par une femme. Aucune personnalité issue du monde associatif n’a non plus accédé à cette fonction. Son éventuelle élection constituerait donc une rupture historique dans l’histoire de cette institution.
Les organisations signataires voient dans cette perspective « un signal fort » pour la reconnaissance de l’engagement citoyen et de l’initiative associative dans la vie démocratique française. Elles défendent l’idée qu’un CESE davantage incarné par la société civile organisée pourrait mieux répondre aux attentes démocratiques contemporaines et renouer le lien entre institutions et citoyens.
Le soutien réuni autour de Claire Thoury reflète par ailleurs une diversité remarquable d’acteurs. Parmi les signataires figurent notamment ATD Quart Monde, France Nature Environnement, France Assos Santé, Mutualité française, FAGE, Collectif Handicaps ou encore UDES. Des structures représentant des secteurs variés — jeunesse, santé, environnement, solidarité, handicap, économie sociale et solidaire — qui affichent ici une convergence rare autour d’une même candidature.
Cette mobilisation traduit aussi l’importance stratégique de la prochaine présidence du CESE. Depuis plusieurs années, l’institution cherche à redéfinir sa place dans le paysage démocratique français. L’organisation de conventions citoyennes, les réflexions sur la participation démocratique ou encore les débats autour de la transition écologique ont contribué à remettre le CESE dans le débat public. Mais beaucoup estiment que son influence reste encore insuffisante face au gouvernement et au Parlement.
À travers cet appel, les signataires semblent vouloir transformer cette élection interne en moment politique plus large : celui d’une reconnaissance accrue du rôle des associations et des corps intermédiaires dans la démocratie française. En soutenant Claire Thoury, ils défendent une vision du CESE comme lieu central du dialogue démocratique, capable de faire le lien entre expertise citoyenne, débat public et décision politique.
L’élection à venir s’annonce donc comme un test majeur pour l’avenir de l’institution. Entre continuité institutionnelle et volonté de renouvellement, les membres du CESE devront choisir quelle orientation donner à une assemblée en quête d’influence et de visibilité au sein de la République.
