À Dijon, les nuits de mai ont depuis longtemps trouvé leur bande-son. Chaque année, lorsque les premières douceurs printanières s’installent sur les façades blondes du centre historique, le jazz reprend possession des places, des cours et des palais de la capitale bourguignonne. Pour sa 36e édition, ce grand rendez-vous musical confirme plus que jamais sa vocation : faire dialoguer les cultures, décloisonner les styles et transformer la ville en une vaste scène à ciel ouvert.
Le vendredi 15 mai 2026, de 21 heures à minuit, huit concerts gratuits investiront le cœur de Dijon dans une ambiance qui promet d’être à la fois populaire, cosmopolite et intensément festive. Organisée en partenariat avec l’association Media Music, cette nouvelle édition mettra particulièrement à l’honneur les sonorités balkaniques et l’esprit de coopération européenne, sans jamais oublier les racines profondes du jazz, du blues, de la soul et des musiques afro-américaines.
Depuis plus de trois décennies, l’événement s’est imposé comme un marqueur culturel fort de la vie dijonnaise. Bien au-delà d’une simple programmation musicale, il constitue désormais un moment de rencontre entre générations, entre traditions et modernité, entre artistes confirmés et jeunes talents émergents. Dans les rues pavées du centre-ville, les spectateurs viennent autant pour écouter que pour partager une expérience collective, portée par la convivialité et l’ouverture sur le monde.
Cette année encore, le Palais des Ducs et des États de Bourgogne deviendra l’un des épicentres de cette nuit musicale. Dans l’écrin majestueux de la Cour de Flore, le public découvrira dès 21 heures le Steffens-Zöllner-Kohmann Trio, formation atypique née de la rencontre entre plusieurs univers artistiques : jazz contemporain, musique électronique, improvisation libre et musique contemporaine. Leur nouveau programme s’annonce comme une exploration singulière de la musique baroque. Ici, les œuvres classiques ne sont pas simplement rejouées ; elles deviennent la matière première d’un voyage sonore où l’improvisation transforme les références anciennes en paysages musicaux modernes et mouvants. Une proposition audacieuse qui illustre parfaitement l’esprit d’innovation du festival.
À 22h30, toujours dans la Cour de Flore, le Kalakuta Zombies Medium Band du Conservatoire à Rayonnement Régional de Dijon prendra le relais avec une énergie radicalement différente mais tout aussi vibrante. Inspiré par l’immense héritage de Fela Anikulapo-Kuti, figure mythique de l’afrobeat nigérian, l’ensemble dijonnais fusionnera rythmes yoruba, funk incandescent, jazz et highlife africain. À travers cette musique puissante et hypnotique, les musiciens ambitionnent de recréer l’atmosphère électrique des nuits de Lagos, entre engagement politique, danse et transe collective.
À quelques mètres de là, dans la Cour de Bar, le festival prendra une coloration résolument européenne avec le France Balkans Jazz Band, programmé à 21 heures dans le cadre du Printemps de l’Europe. Ce projet symbolise à lui seul l’ADN de cette 36e édition. Sept jeunes musiciens venus de Dijon et de Chambéry y côtoient des artistes originaires d’Albanie, de Macédoine du Nord, de Serbie et du Monténégro. Ensemble, ils ont travaillé durant une résidence de trois jours à Dijon afin de créer un répertoire commun mêlant influences balkaniques, écriture jazz et improvisation contemporaine. Plus qu’un concert, cette création collective apparaît comme une démonstration vivante de ce que peut produire la coopération culturelle européenne : un langage universel capable de dépasser les frontières.
La soirée se poursuivra à 22h30 avec le Saso Popovski Trio. Né à Bitola, en Macédoine du Nord, Saso Popovski est aujourd’hui considéré comme l’une des figures majeures de la scène jazz et world des Balkans. Guitariste virtuose, compositeur et improvisateur reconnu, il s’est produit dans plusieurs festivals prestigieux à travers l’Europe et a collaboré avec de nombreux musiciens internationaux. Sa musique, nourrie d’influences méditerranéennes et balkaniques, promet un concert d’une grande intensité émotionnelle, entre virtuosité technique et profondeur mélodique.
Plus populaire et chaleureuse encore, la Place des Cordeliers fera résonner les grandes heures du blues et de la soul américaine. À 21 heures, le quintet Blues & Soul Factory revisitera les standards incontournables du genre. Depuis 2019, le groupe s’est forgé une solide réputation sur les scènes régionales grâce à un répertoire mêlant blues profond et soul généreuse, dans la pure tradition de la « blue note ».
Puis, à 22h30, The Stompin’ Whities & Friends replongeront le public dans l’âge d’or de la soul des années 1960 avec leur projet OSS, pour « Organisation Syndical Soul ». Réuni autour des frères Vaivrand, le collectif fera revivre les grandes figures de la musique noire américaine : Ray Charles, Ike et Tina Turner, The Supremes, Wilson Pickett ou encore Aretha Franklin. Une plongée dans une époque où la soul portait autant la danse que les combats sociaux et identitaires d’une Amérique en pleine mutation.
Enfin, la Place de la Sainte-Chapelle offrira une parenthèse plus rétro et élégante dédiée au swing. Dès 21 heures, les Jazz Collectors réuniront dix musiciens passionnés par les grands orchestres américains des années 1930 et 1940. Duke Ellington, Fletcher Henderson et les grandes heures des big bands résonneront à travers un répertoire fidèle à l’esprit des clubs de jazz de Harlem et des salles de bal de l’époque. Le trio vocal Swing Glamour viendra compléter cette immersion en revisitant les harmonies vocales des Andrews Sisters et des Puppini Sisters, dans une atmosphère glamour et résolument festive.
Au fil des années, ce rendez-vous musical est devenu bien davantage qu’un festival : une véritable célébration du vivre-ensemble. Dans une époque marquée par les tensions et les replis identitaires, Dijon fait le pari inverse : celui de la rencontre, du métissage culturel et de la circulation des influences. Jazz balkanique, afrobeat nigérian, soul américaine ou swing des années folles se côtoient ainsi dans un même espace urbain, rappelant que la musique demeure l’un des langages les plus universels.
Le 15 mai prochain, les rues du centre historique dijonnais ne seront donc pas seulement le théâtre de concerts gratuits. Elles deviendront, le temps d’une nuit, un carrefour européen et musical où les frontières s’effacent au profit du partage, de la création et de la fête.
