La mobilisation se poursuit au lycée Le Castel, à Dijon. Jeudi 21 mai 2026, en début de soirée, une cinquantaine de personnes, parmi lesquelles des enseignants et des élèves, se sont réunies devant l’établissement afin de protester contre la baisse annoncée des moyens pour la rentrée scolaire 2026. Face à l’absence de réponse du rectorat, les professeurs mobilisés ont décidé d’occuper le lycée pendant la nuit pour maintenir la pression.
Au cœur de la contestation figure la suppression annoncée de 110 heures hebdomadaires dans la dotation globale de l’établissement pour l’année prochaine. Selon les personnels mobilisés, cette diminution intervient alors que les effectifs prévus resteraient stables. À ces 110 heures retirées s’ajoutent, d’après eux, 40 heures déjà demandées l’an dernier mais non obtenues, qu’ils estimaient nécessaires au bon fonctionnement du lycée.
Pour les enseignants, cette baisse de moyens aura des conséquences directes sur les conditions d’apprentissage des élèves. Ils redoutent notamment une hausse des effectifs par classe, avec des groupes pouvant atteindre 35 élèves, voire davantage. « Ça va avoir un réel impact sur les classes qui vont être surchargées », alerte Marine Bignon, enseignante de biochimie et génie biologique et membre du syndicat FSU. Selon elle, cette situation pourrait aussi entraîner une réduction de certaines options, une baisse des dédoublements et la suppression de l’accompagnement personnalisé en terminale.
Les dédoublements constituent l’un des principaux points d’inquiétude. Ces heures en groupes réduits permettent habituellement aux enseignants de travailler dans de meilleures conditions, d’accompagner plus finement les élèves et de consolider certains apprentissages. Leur réduction, voire leur disparition dans certaines disciplines, est perçue par les personnels comme un recul pédagogique important.
Les enseignants s’inquiètent également pour les enseignements de spécialité, qui pourraient se retrouver surchargés. Dans un établissement général, technologique et professionnel comme Le Castel, l’organisation des groupes est un enjeu important, notamment pour les élèves préparant le baccalauréat et leur orientation post-bac. Les personnels mobilisés craignent que la baisse de dotation fragilise l’équilibre actuel et limite les possibilités d’accompagnement individualisé.

Cette mobilisation n’est pas nouvelle. Depuis l’annonce faite par le rectorat en janvier, les enseignants du lycée Le Castel ont déjà mené plusieurs actions, notamment en février et en mars. Mais selon eux, ces mobilisations n’ont pas permis d’obtenir de réponse satisfaisante. « Le rectorat ne nous répond pas », déplore Marine Bignon. L’occupation de l’établissement jeudi soir s’inscrit donc dans une nouvelle étape du mouvement.
L’objectif de cette action est aussi stratégique. Les professeurs souhaitent se réunir, échanger et définir les prochaines formes de mobilisation. « L’idée est de poursuivre l’action en occupant le lycée ce soir afin de faire une réunion et établir quelles pistes nous pouvons envisager maintenant pour faire pression et obtenir des heures », expliquent les personnels mobilisés. Ils entendent ainsi rendre visible leur opposition et interpeller plus largement les autorités académiques.
Au-delà de la seule situation du lycée Le Castel, les enseignants estiment que leur établissement n’est pas un cas isolé. D’autres structures dijonnaises seraient confrontées à des difficultés similaires, comme le collège des Lentillères ou le lycée Eiffel. Les personnels mobilisés appellent donc les enseignants, les conseillers principaux d’éducation, les personnels d’éducation, les parents et les élèves d’autres établissements concernés par des baisses de moyens à rejoindre le mouvement.
Les professeurs du Castel dénoncent également un décalage entre les discours nationaux sur la réussite des élèves et les moyens réellement accordés aux établissements. Alors que l’accompagnement individualisé, la lutte contre les inégalités et la prise en compte des difficultés scolaires sont régulièrement mis en avant, ils estiment que la suppression d’heures va précisément à l’encontre de ces objectifs.
Dans leur argumentaire, les personnels rappellent que le lycée Le Castel figure parmi les établissements reconnus comme « lycée accompagnateur » dans le classement publié cette année par le ministère à partir des indicateurs de valeur ajoutée des lycées. Cette reconnaissance est présentée comme le fruit d’un travail collectif mené depuis plusieurs années par les équipes éducatives. Les enseignants disent craindre que la baisse annoncée des moyens ne vienne fragiliser cette dynamique.
Les syndicats FSU, FO, CGT Educ’action et SUD Éducation de l’établissement soutiennent la mobilisation. Ensemble, ils demandent au rectorat de Dijon de revoir sa position et d’accorder les moyens nécessaires pour préparer la rentrée 2026 dans de meilleures conditions. Les personnels préviennent qu’ils refusent de faire cette rentrée avec la dotation actuellement prévue.
La mobilisation locale s’inscrit aussi dans une revendication plus large sur les moyens alloués à l’Éducation nationale. Les enseignants mobilisés demandent une augmentation du budget consacré à l’école, afin de garantir ce qu’ils présentent comme une éducation émancipatrice dans tous les établissements. Ils contestent notamment les choix budgétaires nationaux et reprennent le slogan : « Pas d’augmentation du budget militaire, les 6 milliards d’euros doivent revenir à l’éducation ! »
Avec cette occupation nocturne, les enseignants du lycée Le Castel veulent donc franchir un nouveau cap dans leur mobilisation. Leur objectif reste le même : obtenir des heures supplémentaires, préserver les conditions d’enseignement et éviter une rentrée 2026 qu’ils jugent, en l’état, impossible à organiser correctement.
