Le ministère de l’Éducation nationale a rendu public le rapport conjoint de l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche et de l’Inspection générale des affaires sociales consacré au rôle et aux missions des accompagnants d’élèves en situation de handicap dans l’école inclusive. Remis en janvier 2026, ce document de 251 pages était attendu depuis plusieurs mois par les organisations syndicales, les personnels concernés et les acteurs de l’école inclusive.
Intitulé Rôle et missions des AESH dans l’école inclusive, aujourd’hui et demain, le rapport dresse un état des lieux détaillé d’un dispositif devenu central dans la scolarisation des élèves en situation de handicap. Les AESH constituent aujourd’hui la deuxième population de personnels de l’Éducation nationale. Leur nombre a fortement augmenté ces dernières années, avec une hausse de plus de 70 % depuis 2017, selon les données reprises dans le rapport.
Les inspections soulignent toutefois les limites d’un système sous tension. Malgré la progression des effectifs, une partie des élèves disposant d’une notification d’aide humaine reste sans accompagnement. Le rapport évoque en moyenne 10 % d’enfants notifiés chaque année mais non accompagnés, ce qui illustre les difficultés persistantes de mise en œuvre de l’école inclusive.
Le document met également en avant les conditions d’emploi des AESH, marquées par des temps incomplets, des affectations parfois multiples, une rémunération jugée faible et un besoin important de reconnaissance professionnelle. Les auteurs recommandent notamment une amélioration de la grille indiciaire, une stabilisation des affectations, une meilleure formation et une prise en compte plus forte des contraintes liées au terrain.
Sur la question du statut, le rapport écarte l’hypothèse d’une fonctionnarisation générale des AESH à missions équivalentes. Les inspections estiment que cette piste ne répondrait pas à l’ensemble des difficultés identifiées, notamment en raison des contraintes juridiques, budgétaires et organisationnelles. Elles proposent en revanche de créer de nouveaux métiers liés à l’accessibilité pédagogique, susceptibles d’offrir des perspectives professionnelles à certaines AESH expérimentées.
Le rapport appelle plus largement à un « virage de l’accessibilité » dans l’école. Cette orientation vise à ne plus faire reposer l’inclusion principalement sur l’aide humaine individuelle, mais à renforcer les adaptations pédagogiques, la formation des équipes, les coopérations avec les familles, les MDPH, le secteur médico-social et les collectivités territoriales.
Les recommandations portent aussi sur la création de fonctions nouvelles, comme les conseillers principaux accessibilité et les assistants d’accessibilité. Ces métiers auraient pour objectif d’accompagner les équipes éducatives dans la mise en œuvre d’une école plus accessible à tous les élèves, tout en recentrant les AESH sur certaines missions d’accompagnement.
La publication de ce rapport intervient dans un contexte social tendu. Plusieurs organisations syndicales appellent à une mobilisation le mardi 9 juin afin de défendre la reconnaissance du métier d’AESH. Dans leur appel, elles revendiquent notamment la création d’un véritable corps de fonctionnaires de catégorie B pour toutes et tous les AESH, un temps complet fondé sur les missions réellement exercées, une revalorisation salariale significative et une pleine reconnaissance des qualifications professionnelles.
Les syndicats contestent notamment l’hypothèse d’une fonctionnarisation limitée à une partie seulement des AESH, qu’ils jugent insuffisante au regard des besoins du service public d’éducation et des attentes des personnels. Ils considèrent que l’accompagnement des élèves en situation de handicap constitue une mission essentielle, durable et indispensable, qui ne peut continuer à s’appuyer sur des emplois précaires.
Un nouveau groupe de travail ministériel est annoncé pour le 17 juin. D’ici là, les débats devraient se poursuivre autour de deux enjeux majeurs : l’amélioration immédiate des conditions d’emploi des AESH et la transformation plus globale de l’école inclusive. La diffusion du rapport devrait contribuer à alimenter les discussions entre le ministère, les syndicats, les personnels, les familles et les différents acteurs concernés.
