Le développement urbain du sud dijonnais suscite de plus en plus d’interrogations à Chenôve et Marsannay-la-Côte. Réunie récemment avec ses adhérents et de nombreux habitants du secteur, l’association Ensemble Pour Chenôve (E.P.C.) a fait remonter une série d’inquiétudes concernant les projets d’aménagement appelés à transformer durablement cette partie de l’agglomération. Au cœur des préoccupations : l’avenir de l’axe Carraz, le prolongement du tramway, l’arrivée d’une nouvelle clinique, la multiplication annoncée des logements et la place laissée aux habitants dans les décisions à venir.
La réunion s’est tenue à la salle Saint-Vincent, à Marsannay-la-Côte, mise à disposition par la paroisse. L’association indique ne pas avoir pu obtenir de salle municipale à Chenôve et s’être donc tournée vers la commune voisine pour organiser ce temps d’échange. Une quarantaine de personnes ont répondu présent. Loin d’une simple réunion d’information, la soirée a permis aux habitants d’exprimer leurs interrogations, parfois leur colère, face à des projets qu’ils jugent insuffisamment expliqués.
Plusieurs dossiers ont été évoqués au cours des échanges : l’installation d’une clinique place Limburgerhof, l’aménagement de la future ligne T3, le prolongement du tramway, la question d’un parking relais, mais aussi et surtout le vaste programme d’urbanisation des « Grands Vergers du Sud ». Selon les éléments rapportés par l’association, entre 3 000 et 6 000 logements pourraient voir le jour le long de l’avenue Carraz et dans les zones commerciales voisines. Certains participants évoquent même l’arrivée possible de près de 10 000 habitants supplémentaires, sans que la répartition exacte entre Chenôve, Marsannay-la-Côte et le secteur des Portes du Sud ne soit clairement connue.
C’est donc l’axe Carraz qui concentre aujourd’hui l’essentiel des inquiétudes. Pour de nombreux riverains, ce secteur risque d’absorber une grande partie du développement urbain du sud de l’agglomération, avec des conséquences directes sur la circulation, le stationnement, les espaces verts, les formes architecturales et la qualité de vie. L’association rappelle à ce sujet les engagements du maire de Chenôve, Thierry Falconnet, qui aurait indiqué ne pas souhaiter reproduire le modèle d’aménagement observé avenue Jean-Jaurès, entre le canal et l’arrêt de tram Carraz.
Cet exemple reste, pour les membres de l’association, un contre-modèle. Ils dénoncent une urbanisation jugée trop massive, peu harmonieuse, insuffisamment végétalisée et mal adaptée aux usages quotidiens. Les constructions récentes de ce secteur sont décrites comme des « cubes en béton » posés sans véritable cohérence d’ensemble. Les habitants pointent aussi l’absence de pistes cyclables continues et la difficulté de cohabitation sur certains trottoirs, partagés entre piétons, poussettes, trottinettes et vélos.
Pour autant, l’association affirme ne pas être opposée à la construction de nouveaux logements. Son message se veut plus nuancé : elle dit accepter la nécessité de construire, notamment pour répondre aux besoins de logement des nouveaux arrivants, des jeunes ménages ou de locataires souhaitant accéder à un habitat plus récent. Ce qu’elle conteste, en revanche, c’est une densification qui serait conduite sans maîtrise, sans explication suffisante et sans prise en compte des équilibres existants dans les quartiers.
Cette inquiétude a pris une dimension très concrète avec le projet immobilier prévu rue Jules-Ferry, sur l’emprise de l’ancienne droguerie et entreprise Royer. Un permis de construire a été accordé au promoteur Nexity pour la réalisation de 48 logements. Lors de la réunion, plusieurs riverains ont exprimé leur mécontentement, regrettant de ne pas avoir été informés en amont et de découvrir le projet une fois les décisions déjà engagées.
Pour ces habitants, l’absence de concertation est d’autant plus mal vécue que le terrain concerné se situe dans un tissu pavillonnaire. Ils expliquent que cette « dent creuse » était évidemment susceptible d’intéresser des promoteurs une fois libérée, mais estiment que son devenir aurait dû faire l’objet d’un échange préalable avec les riverains. Selon les éléments évoqués en réunion, les plans validés dans le cadre du permis de construire indiqueraient une distance d’un mètre seulement entre le mur de la future construction et celui d’une maison voisine. Cette proximité alimente les craintes liées aux vis-à-vis, à l’ensoleillement, à la tranquillité et à l’intégration du projet dans son environnement immédiat.
La question du stationnement et de la circulation a également été soulevée. L’entrée piétonne du futur ensemble immobilier étant prévue à l’emplacement de l’ancienne droguerie, plusieurs riverains redoutent que les visiteurs viennent stationner au plus près, notamment rue Jules-Ferry, accentuant des difficultés déjà ressenties. Pour eux, ce projet entre en contradiction avec la volonté affichée de préserver les zones pavillonnaires et les quartiers historiques de Chenôve.
Face à cette situation, les riverains concernés ont indiqué vouloir s’organiser pour contester certains points du permis de construire. Mais, au-delà de ce seul dossier, l’association estime que d’autres opérations pourraient provoquer les mêmes tensions si elles sont menées sans information préalable. Les participants ont notamment évoqué le devenir des emprises situées entre le boulevard Bazin et l’avenue Carraz, aujourd’hui occupées par plusieurs enseignes, dont Tang et Bourgogne Location. Plusieurs pavillons situés le long de l’avenue Carraz ayant été préemptés, les habitants craignent une transformation progressive du secteur sans vision partagée.
À l’issue de la réunion, une décision a été prise à l’unanimité : saisir officiellement le maire de Chenôve afin de demander une rencontre. Dans un courrier daté du 1er juin 2026, adressé à Thierry Falconnet, président de Dijon Métropole et maire de Chenôve, l’association E.P.C. demande l’ouverture d’un dialogue avec les habitants sur les grands projets urbains du secteur.
Dans cette lettre, l’association rappelle avoir réuni ses adhérents ainsi que de nombreux habitants de Chenôve et Marsannay-la-Côte, tous intéressés par les questions d’aménagement du sud dijonnais, en particulier autour de l’axe Roland-Carraz jusqu’au futur terminus du T3. Elle y mentionne les sujets qui préoccupent les habitants : urbanisation, prolongement du tramway, nouvelle clinique et multiplication possible des permis de construire.

Le courrier insiste particulièrement sur le projet des 48 logements de l’ancienne entreprise Royer, présenté comme un sujet ayant suscité « beaucoup d’interrogations, de craintes et un mécontentement général ». L’association y souligne aussi les incertitudes concernant le devenir des « dents creuses », boulevard Bazin comme le long de l’avenue Carraz, où de futures opérations pourraient être déposées par des promoteurs.
Dans son courrier, Ensemble Pour Chenôve rappelle que les opérations réalisées dans ces espaces libres ou libérés ne sont pas de simples projets immobiliers isolés. Parce qu’elles s’insèrent au cœur de quartiers déjà constitués, elles peuvent avoir des effets directs sur la vie quotidienne des riverains : densification de l’habitat, circulation, stationnement, gestion des eaux pluviales, préservation des espaces végétalisés, ensoleillement, vis-à-vis et qualité paysagère.
L’association prend soin de préciser qu’elle ne s’oppose pas « par principe à l’acte de construire ». Elle reconnaît l’importance de permettre à de nouveaux habitants d’accéder à un logement décent et à certains locataires de bénéficier de logements neufs et de meilleure qualité. Mais elle estime que ces objectifs ne peuvent être atteints durablement que dans un cadre maîtrisé et discuté avec la population.
Le courrier adressé au maire se veut également une invitation au dialogue. L’association explique ne pas vouloir alimenter les rumeurs ni répondre à la place de l’exécutif local. Elle demande au contraire que la municipalité puisse venir répondre directement aux questions des habitants, clarifier les projets à venir et préciser la manière dont la concertation sera organisée.
E.P.C. rappelle enfin que Thierry Falconnet a souvent évoqué la volonté de consulter les habitants avant l’engagement de nouveaux projets le long de l’avenue Carraz, avec le souci de préserver les quartiers historiques et les zones pavillonnaires, considérés comme une composante importante de l’identité de Chenôve. C’est dans ce cadre que l’association souhaite l’organisation d’une rencontre ouverte aux habitants concernés par l’aménagement urbain.
Pour les participants à la réunion, l’enjeu dépasse désormais le seul projet Nexity ou une opération ponctuelle rue Jules-Ferry. Il s’agit de savoir comment le sud de Chenôve et de Marsannay-la-Côte va évoluer dans les prochaines années. L’arrivée possible de plusieurs milliers de nouveaux habitants pourrait modifier en profondeur l’équilibre du secteur. Sans études d’impact compréhensibles, sans explications publiques et sans concertation réelle, le risque est de voir grandir un sentiment de dépossession parmi les riverains.
En demandant officiellement une rencontre au maire, l’association E.P.C. entend donc replacer les habitants au cœur du débat. Elle affirme qu’un développement harmonieux de la commune ne peut reposer uniquement sur la nécessité de construire, mais doit aussi tenir compte des attentes légitimes de ceux qui vivent déjà dans ces quartiers. Reste désormais à savoir quelle réponse la municipalité apportera à cette demande de dialogue.
