La 59e édition du congrès national des Jeunes Agriculteurs s’est achevée sur une séquence à la fois syndicale, politique et humaine. Réunis dans l’Ain, plus de 600 congressistes venus de toute la France, dont 63 représentants de Bourgogne-Franche-Comté, ont participé à ce rendez-vous majeur du réseau. L’événement, organisé par les Jeunes Agriculteurs de l’Ain, a permis de dresser le bilan du mandat 2024-2026, d’adopter un rapport d’orientation consacré à la souveraineté agricole et au commerce international, mais aussi de renouveler la présidence nationale du syndicat.
Durant plusieurs jours, les jeunes responsables agricoles ont alterné temps de travail, débats internes et moments conviviaux. Cette édition a confirmé le rôle central du congrès national dans la vie du mouvement. Au-delà du rassemblement annuel, il s’agit pour Jeunes Agriculteurs de définir une ligne commune, d’exprimer ses priorités et de préparer les orientations qui structureront l’action syndicale des prochaines années.
Les élus nationaux ont d’abord présenté les travaux menés tout au long du mandat 2024-2026. Le rapport d’activité et le rapport moral ont permis de revenir sur les actions conduites par le réseau, dans un contexte agricole marqué par de fortes attentes autour du renouvellement des générations, de la compétitivité des exploitations, de la souveraineté alimentaire et de la place de l’agriculture française dans les échanges européens et internationaux.
Le temps fort de ce congrès a été l’adoption du rapport d’orientation 2026, intitulé « Souveraineté agricole et commerce international : le défi d’une agriculture européenne et puissante ». Ce document, traditionnellement débattu puis voté lors du congrès national, a vocation à fixer une position commune du réseau sur un sujet stratégique. Cette année, le choix du commerce international et de la souveraineté agricole traduit les préoccupations fortes des jeunes agriculteurs face à l’évolution des marchés, aux accords commerciaux, à l’élargissement potentiel de l’Union européenne et aux règles de concurrence entre producteurs.
Le rapport adopté porte une ambition claire : défendre une agriculture européenne forte, capable de produire, de nourrir et de peser dans les échanges mondiaux, sans fragiliser les exploitations existantes. Pour les Jeunes Agriculteurs, la souveraineté agricole ne peut pas être dissociée des conditions de production, de la cohérence réglementaire et du respect de règles communes. Le syndicat insiste ainsi sur la nécessité d’éviter toute concurrence jugée déloyale entre agriculteurs européens et producteurs soumis à des exigences différentes.
Parmi les propositions retenues, l’une des plus structurantes concerne la position du réseau sur l’entrée éventuelle de nouveaux pays dans l’Union européenne. Les Jeunes Agriculteurs affirment ne pas vouloir s’opposer par principe à tout projet d’adhésion, mais posent des conditions jugées indispensables. Selon la ligne adoptée, les futurs projets d’élargissement devront répondre à des critères multiples, stricts et clairement établis.
Le réseau demande notamment une harmonisation préalable des règles au niveau européen, ainsi qu’un alignement des potentiels nouveaux entrants sur ces règles. Les Jeunes Agriculteurs considèrent également que tout processus d’adhésion doit s’inscrire dans un contexte géopolitique sain. Sans ces garanties, le syndicat affirme qu’il s’opposera aux projets d’entrée de nouveaux pays dans l’Union européenne. Cette position marque la volonté du réseau de lier élargissement européen, cohérence réglementaire et protection des agricultures déjà présentes au sein de l’Union.
Cette orientation n’a pas été arrêtée sans débat. Le congrès a été le théâtre de longues discussions entre les régions, avec 92 amendements défendus par les délégations. Ces échanges ont permis d’affiner la position collective du mouvement et de confronter les analyses venues des différents territoires. Les débats ne se sont d’ailleurs pas limités aux jours du congrès : ils avaient commencé dès l’automne 2025, au moment de la rédaction du rapport d’orientation. Cette construction progressive illustre la méthode revendiquée par le réseau JA, fondée sur la concertation interne et la remontée des positions locales.
La délégation de Bourgogne-Franche-Comté a pris part à ces travaux avec 63 représentants présents. Leur participation confirme l’implication de la région dans les grands débats nationaux du syndicat, notamment sur les questions de souveraineté, de commerce et d’avenir de l’agriculture européenne. Dans une région agricole diversifiée, marquée par l’élevage, les grandes cultures, la viticulture et des productions sous signes de qualité, ces sujets résonnent directement avec les préoccupations des jeunes installés ou en cours d’installation.
Cette 59e édition a également innové dans sa forme en proposant un temps d’échange politique inédit. Plusieurs responsables de partis ont été invités à se retrouver « face aux JA » afin d’exposer leur vision de l’agriculture dans la perspective des élections à venir. Bruno Retailleau, Marine Tondelier, Jean-Philippe Tanguy, Aurélie Trouvé et Gabriel Attal se sont prêtés à l’exercice. Pour les Jeunes Agriculteurs, cette séquence avait pour objectif de confronter les responsables politiques aux attentes du terrain et de replacer l’agriculture au cœur du débat public.
Ce dialogue avec les partis politiques intervient dans un contexte où les agriculteurs attendent des réponses concrètes sur la compétitivité, la simplification administrative, le revenu, l’installation, la transmission et la place de la production française dans les politiques européennes. En donnant la parole à plusieurs sensibilités politiques, le congrès a voulu créer un espace d’interpellation directe, fidèle à la tradition syndicale du mouvement.
Le congrès a aussi été marqué par une séquence plus émotionnelle : la fin de mandature de Pierrick Horel et Quentin Le Guillous. Leur départ ouvre une nouvelle page pour le réseau national, désormais conduit par Jocelyn Dubost, élu président des Jeunes Agriculteurs pour la mandature 2026-2028. Cette nouvelle gouvernance aura la responsabilité de porter les positions adoptées lors du congrès et de poursuivre le travail engagé sur les grands dossiers agricoles.
L’élection de Jocelyn Dubost intervient à un moment charnière pour le syndicat. Les prochaines années s’annoncent déterminantes pour l’agriculture française, confrontée à la fois aux défis économiques, climatiques, sociaux et européens. La nouvelle équipe nationale devra défendre les jeunes agriculteurs dans les débats sur l’installation, le renouvellement des générations, les politiques publiques agricoles, les échanges internationaux et la souveraineté alimentaire.
La Bourgogne-Franche-Comté sera représentée au sein du nouveau conseil d’administration national par quatre administrateurs issus du réseau régional. Loïc Scalabrino, des JA du Doubs, a été élu secrétaire général. Vincent Ferry, des JA de Côte-d’Or, rejoint le bureau national. Thibaut Renaud, des JA de Saône-et-Loire, et Philippe Cornu, des JA du Jura, deviennent administrateurs. Ces élections constituent une reconnaissance de l’engagement des Jeunes Agriculteurs de Bourgogne-Franche-Comté au sein du réseau national.
Pour les JA BFC, ce retour de congrès est donc porteur d’enjeux importants. La région revient avec des orientations syndicales fortes, une présence consolidée dans les instances nationales et une implication directe dans les débats qui façonneront la position du mouvement pour les années à venir. Le congrès de l’Ain aura ainsi permis de conjuguer bilan, réflexion stratégique et renouvellement des responsabilités.
Au-delà des décisions internes, ce rendez-vous national confirme la volonté des Jeunes Agriculteurs de peser dans les choix agricoles français et européens. En plaçant le commerce international, la souveraineté agricole et l’avenir de l’Union européenne au cœur de ses travaux, le syndicat entend rappeler que l’agriculture ne peut être considérée comme une variable d’ajustement des politiques commerciales. Pour les jeunes agriculteurs, l’Europe agricole de demain devra être à la fois ouverte, cohérente, protectrice et ambitieuse.
Cette 59e édition restera ainsi comme un congrès de transition et d’affirmation. Transition, avec le passage de relais à une nouvelle équipe nationale conduite par Jocelyn Dubost. Affirmation, avec l’adoption d’une ligne claire sur le commerce international et les conditions d’élargissement de l’Union européenne. Pour les Jeunes Agriculteurs, l’objectif est désormais de transformer ces orientations en actions syndicales concrètes, au service du renouvellement des générations et de la défense d’une agriculture européenne puissante.


