Plus d’une cinquantaine de manifestants se sont rassemblés ce mardi 16 juin, entre 12 heures et 14 heures, rue de la Préfecture à Dijon, devant la permanence du sénateur François Patriat. À l’appel de l’intersyndicale Côte-d’Or — CGT, CFDT, FO, FSU et Solidaires — ils entendaient dénoncer l’examen au Sénat d’un texte ouvrant de nouvelles possibilités de travail salarié le 1er Mai.
Le 1er Mai doit rester un jour chômé. C’est le message porté ce mardi 16 juin à Dijon par l’intersyndicale Côte-d’Or, réunie devant la permanence du sénateur François Patriat, rue de la Préfecture. Pendant deux heures, de midi à 14 heures, plus d’une cinquantaine de manifestants se sont mobilisés pour défendre le caractère particulier de cette journée, symbole historique des luttes sociales et des droits des travailleuses et travailleurs.
Ce rassemblement intervenait le jour même de l’examen au Sénat d’un texte que les organisations syndicales qualifient de « rétrograde ». Pour elles, cette proposition remet en cause l’un des marqueurs les plus forts du droit du travail : le repos obligatoire du 1er Mai, seule journée à bénéficier d’un statut spécifique dans le calendrier social français.
Dans la prise de parole transmise aux manifestants, l’intersyndicale dénonce une volonté du gouvernement de répondre aux demandes du patronat. Les syndicats rappellent qu’une première mobilisation avait déjà eu lieu contre une proposition de loi visant à permettre plus largement aux entreprises de faire travailler les salariés le 1er Mai. Selon eux, le Premier ministre s’était alors engagé à ne pas poursuivre le débat parlementaire.
Mais les organisations syndicales estiment que cet engagement n’a pas été tenu. Elles reprochent au gouvernement d’avoir inscrit à l’ordre du jour du Sénat l’examen d’un projet de loi qui, selon elles, s’inscrit dans une remise en cause progressive du caractère obligatoirement férié et chômé du 1er Mai.
Le texte actuellement discuté limiterait son champ aux boulangers-pâtissiers artisanaux et aux artisans fleuristes. Pour ses défenseurs, il s’agirait de sécuriser des situations existantes. Mais l’intersyndicale conteste cette présentation. Selon elle, il ne s’agit pas simplement de reconnaître une pratique déjà en place, mais bien d’étendre une dérogation existante, au détriment des salariés.
Les syndicats alertent également sur les conséquences possibles pour les petits commerces indépendants. Jusqu’à présent, certains commerces de proximité pouvaient ouvrir le 1er Mai à condition de ne pas faire travailler de salariés. L’intersyndicale craint que la nouvelle dérogation ne permette demain à de plus grands groupes, organisés en petites structures, de se prévaloir du statut artisanal pour ouvrir avec du personnel salarié. Une évolution qui créerait, selon elle, une concurrence supplémentaire pour les commerces indépendants.
Au-delà des secteurs directement concernés, les organisations syndicales redoutent surtout un précédent. Elles estiment que l’ouverture d’une nouvelle dérogation pourrait fragiliser progressivement le principe du repos rémunéré le 1er Mai. « À chaque fois qu’un principe est entamé, les dérogations s’étendent progressivement jusqu’à devenir la règle », préviennent-elles dans leur prise de parole.
L’intersyndicale rejette aussi l’argument du volontariat des salariés. Pour les syndicats, le lien de subordination inhérent au contrat de travail rend ce volontariat largement théorique. Elles redoutent que des salariés soient incités, voire contraints, à travailler ce jour-là par peur de sanctions indirectes : absence d’augmentation, évolution de carrière freinée, pression de l’employeur ou difficulté à être recruté.
Les organisations font le parallèle avec le travail du dimanche, estimant que les mêmes mécanismes de pression pourraient s’appliquer. À leurs yeux, la question ne se limite donc pas à quelques métiers ou à quelques heures travaillées, mais concerne plus largement le rapport de force entre employeurs et salariés.
Le rassemblement dijonnais avait aussi une forte portée symbolique. Pour l’intersyndicale, le 1er Mai n’est pas un jour férié comme les autres. Il s’agit d’une journée de commémoration des luttes sociales, marquée par plus d’un siècle de conquêtes collectives. Les syndicats rappellent notamment la fusillade de Fourmies, le 1er mai 1891, événement tragique de l’histoire ouvrière française.

En défendant le 1er Mai, les organisations syndicales affirment donc défendre bien plus qu’une journée de repos. Elles disent défendre une mémoire sociale, des droits collectifs et un principe : celui d’un temps consacré aux travailleuses et aux travailleurs, à leurs revendications et à leur histoire.
Devant la permanence du sénateur François Patriat, les manifestants ont aussi voulu interpeller les parlementaires. Pour l’intersyndicale, les élus devraient répondre en priorité aux urgences sociales : augmentation des salaires, baisse du prix des carburants, défense de l’emploi, lutte contre les accidents et les morts au travail, renforcement des services publics.
Les syndicats estiment au contraire que le texte examiné au Sénat accroît la précarité et remet en cause des acquis sociaux. Ils demandent donc aux parlementaires de ne pas ouvrir la voie à une banalisation du travail le 1er Mai.
Avec ce rassemblement, l’intersyndicale Côte-d’Or entend maintenir la pression dans le débat parlementaire. CGT, CFDT, FO, FSU et Solidaires veulent rappeler que le 1er Mai demeure, pour le mouvement syndical, une ligne rouge sociale et historique.
À Dijon, la mobilisation de ce mardi a donc pris la forme d’un avertissement : pour les syndicats, le 1er Mai « ne se passe pas au travail ». Et toute tentative d’en modifier le caractère chômé et symbolique appelle, selon eux, une réponse collective.


