Le groupe EBRA a présenté, lundi 22 juin 2026, son nouveau plan stratégique baptisé « EBRA 2030 ». Présent dans 23 départements à travers neuf titres de presse régionale, dont Le Bien Public en Côte-d’Or, le groupe explique vouloir construire un modèle plus durable afin de continuer à financer une information locale indépendante et de qualité.
Cette annonce intervient dans un contexte particulièrement difficile pour la presse quotidienne régionale. Comme l’ensemble du secteur, EBRA fait face à la baisse continue des ventes papier, à l’évolution des usages de l’information et à la concurrence des plateformes numériques sur les revenus publicitaires. Selon le groupe, les ventes au numéro et les abonnements ont été divisés par deux en dix ans. EBRA indique également avoir enregistré une perte opérationnelle de plus de 10 millions d’euros en 2025.
Avec « EBRA 2030 », la direction affirme vouloir adapter son modèle économique sans renoncer à ce qui fait l’identité de ses titres : l’information locale. Le plan repose sur quatre priorités : proposer un nouveau projet éditorial, rajeunir les audiences, renforcer et diversifier les revenus, mais aussi faire évoluer l’organisation, les outils et les moyens de production.
Sur le plan éditorial, EBRA dit vouloir renforcer la place des enquêtes, des reportages et des grands formats, tout en développant des contenus plus proches des préoccupations quotidiennes des lecteurs. Le groupe souhaite également mieux valoriser les sujets forts issus des territoires, afin de leur donner une résonance plus large. La création d’un pôle news et d’un réseau d’experts dans les rédactions fait aussi partie des pistes annoncées.
Le numérique occupe une place centrale dans cette stratégie. EBRA prévoit de développer de nouveaux formats, notamment vidéo et audio, afin de toucher davantage les jeunes générations. Une plateforme numérique commune aux neuf titres du groupe doit également voir le jour. L’objectif affiché est d’augmenter la portée des contenus, de renforcer les audiences et de soutenir les abonnements numériques, tout en préservant l’identité de chaque titre.
Le plan prévoit aussi une diversification des revenus. Le groupe entend s’appuyer sur ses activités historiques, comme les abonnements, la diffusion et la publicité, mais aussi développer de nouveaux relais de croissance. Sont notamment cités l’événementiel, les services aux acteurs économiques locaux, EBRA Montagnes, l’éducation aux médias ou encore le pôle Tech, qui regroupe notamment Frandroid, Numerama et Clubic.
Mais c’est surtout le volet organisationnel qui retient l’attention. EBRA annonce vouloir faire évoluer ses outils et ses méthodes de travail, notamment par le recours progressif à de nouvelles technologies. Le groupe évoque l’automatisation de certaines tâches techniques et répétitives, en particulier la mise en page et l’édition. Le projet MEPA, pour « Mise En Page Automatique », doit permettre d’automatiser une partie de la mise en page des éditions imprimées.
L’intelligence artificielle est également appelée à prendre une place plus importante dans le quotidien des rédactions. EBRA évoque une boîte à outils destinée à assister les journalistes dans certaines tâches d’editing et de relecture : propositions de titres, tags, métadonnées, vérification orthographique ou reformulation. Le groupe assure toutefois que les journalistes resteront pleinement responsables de la validation des contenus et pourront modifier ou refuser les propositions générées par ces outils.
Dans ce cadre, EBRA envisage la mise en place d’un plan de repositionnement volontaire pouvant concerner jusqu’à 400 postes. Les principaux services concernés seraient la rédaction, l’imprimerie, l’administration des ventes et le studio graphique. La direction précise qu’aucun départ ne serait contraint et que chaque salarié volontaire bénéficierait d’un accompagnement personnalisé, pouvant prendre la forme d’un repositionnement, d’une mobilité, d’une formation ou d’une reconversion.
Parallèlement, près de 68 créations de postes sont annoncées, principalement au sein des rédactions. EBRA affirme vouloir maintenir la présence de ses journalistes dans les territoires, qu’il présente comme un élément central de sa mission d’information. Le projet doit désormais faire l’objet d’une procédure d’information-consultation des Comités sociaux et économiques des sociétés concernées, ainsi que de négociations avec les organisations syndicales. Celles-ci devraient être suspendues au cœur de l’été avant de reprendre à l’issue de la période estivale.
Cette annonce suscite évidemment de nombreuses interrogations pour les salariés concernés. Même présenté comme volontaire, un plan pouvant toucher jusqu’à 400 postes représente une évolution majeure pour un groupe de presse fortement implanté dans les territoires. Derrière les termes de transformation, d’adaptation et de modernisation, ce sont des parcours professionnels, des métiers et des équipes qui se trouvent directement concernés.
Dans ce contexte, la rédaction de Dijon Actualités tient à apporter tout son soutien aux salarié(e)s du groupe EBRA. Les journalistes, personnels administratifs, salariés des imprimeries, équipes techniques, commerciaux et personnels des services supports font vivre au quotidien l’information locale. Leur engagement, souvent discret mais essentiel, participe directement au pluralisme de la presse et à la vitalité démocratique de nos territoires.
