L’ancien ministre et président de Dijon Métropole promet une « importante déclaration » mercredi 8 juillet, à 17 heures, depuis la terrasse de la guinguette de Seurre. Candidature aux élections sénatoriales, grand retour à gauche ou remboursement des notes de frais ? En attendant le discours, les hypothèses vont bon train — probablement avec justificatif.
Il y a les conférences de presse organisées dans une salle municipale, avec trois bouteilles d’eau tiède et un micro qui grésille. Et puis il y a les « importantes déclarations » prononcées depuis la terrasse d’une guinguette, au bord de la Saône.
François Rebsamen a manifestement choisi la seconde catégorie.
La rédaction a reçu ce lundi une invitation laconique : rendez-vous mercredi 8 juillet à 17 heures à Seurre. Aucun thème, aucun ordre du jour, pas même un petit indice glissé entre deux formules de politesse. Seulement la promesse d’une déclaration « importante ». Le lieu est indiqué « quai du N », comme si le mystère devait s’étendre jusqu’au nom complet de la rue.
À Dijon, il n’en fallait pas davantage pour réveiller les pronostiqueurs politiques. Que va annoncer François Rebsamen ? Sa candidature au Sénat ? Une nouvelle formation politique ? Le retour du bal musette dans les réunions de Dijon Métropole ? Ou, hypothèse plus audacieuse, le remboursement de ses notes de frais avec remise solennelle d’un chèque géant ?
La candidature au Sénat tient largement la corde
Le scénario le plus crédible reste celui d’une candidature aux élections sénatoriales du 27 septembre 2026. Au début du mois de juin, interrogé par Dijon Actualités, François Rebsamen avait refusé de dévoiler ses intentions. Son silence alimentait déjà les spéculations, tandis que son nom circulait avec insistance parmi les candidats potentiels.
Depuis, un obstacle majeur a disparu. François Patriat, sénateur sortant de Côte-d’Or et président du groupe macroniste au Sénat, a annoncé le 23 juin qu’il ne solliciterait pas un nouveau mandat. Public Sénat indiquait auparavant que François Rebsamen envisageait sérieusement de retrouver le Palais du Luxembourg, à condition précisément que son vieil ami et rival ne se représente pas.
Autrement dit, la piste est désormais aussi dégagée qu’une piste de danse de guinguette avant l’arrivée de l’accordéoniste.
Un autre indice s’est ajouté au dossier : La Lettre a rapporté, le 26 juin, que le président de Dijon Métropole avait récemment réadhéré au Parti socialiste, avec en ligne de mire un possible siège de sénateur. De son côté, Dijon Actualités observait déjà qu’il multipliait les déplacements et les rencontres avec les élus locaux, au point que cette activité ressemblait de plus en plus à une campagne sans déclaration officielle.
Pourquoi Seurre plutôt que Dijon ?
Le choix de Seurre n’a probablement rien d’anodin. Les sénateurs ne sont pas élus directement par les citoyens, mais par un collège électoral composé principalement d’élus locaux : maires, adjoints, conseillers municipaux et délégués des communes en constituent l’immense majorité. Dans la perspective d’une éventuelle candidature, s’afficher loin de Dijon, au cœur d’un autre territoire de la Côte-d’Or, permet donc d’adresser un signal aux élus de l’ensemble du département.
Une terrasse au bord de la Saône offre également une mise en scène plus territoriale qu’un pupitre installé devant le palais des ducs. Le Sénat se présente comme la chambre des collectivités locales ; la guinguette de Seurre pourrait ainsi devenir, le temps d’un discours, l’antichambre du Palais du Luxembourg. Et puis une déclaration de candidature au bord de l’eau possède un avantage : en cas de questions difficiles, il suffit de regarder passer les bateaux.
Et les notes de frais dans tout cela ?
L’autre hypothèse, beaucoup plus improbable mais nettement plus amusante, serait une annonce liée aux notes de frais de l’ancien maire de Dijon. En juillet 2025, Dijon Actualités avait publié les factures analysées par l’association Transparence citoyenne. Celle-ci recensait 121 014,23 euros de dépenses entre janvier 2020 et octobre 2024 : 76 713,54 euros de restauration, 33 990,69 euros de déplacements et 10 262 euros de frais de représentation. L’association jugeait ces montants excessifs et demandait davantage d’explications sur leur lien avec les fonctions exercées.
Dans le détail, l’article évoquait notamment 52 passages au Café Gourmand, 54 au restaurant de l’hôtel Ibis Dijon Central, plus de 14 000 euros de taxis parisiens et plusieurs costumes achetés dans une boutique dijonnaise. Le cabinet de François Rebsamen avait expliqué que Dijon ne disposait pas d’une cuisine municipale adaptée aux repas de travail et que les vêtements avaient été utilisés dans un cadre protocolaire.
À ce niveau de dépenses, une annonce à la guinguette pourrait commencer par une phrase simple : « Cette fois, la tournée est pour moi. »
Mais rien, dans l’invitation reçue par les rédactions, ne permet d’établir le moindre lien avec cette affaire. Il convient aussi de rappeler qu’aucune irrégularité n’est établie par les seules interrogations formulées dans la presse ou par des associations.
En février 2026, le groupe local d’Anticor avait annoncé avoir signalé plusieurs « anomalies » présumées au procureur de la République, à la Chambre régionale des comptes et à la CADA. Quelques jours plus tard, la direction nationale de l’association avait toutefois désavoué la méthode employée, estimant que les procédures internes n’avaient pas été respectées. Les éventuelles saisines devaient poursuivre leur chemin indépendamment de cette crise interne, sans conclusion judiciaire connue dans les éléments publiés.
Un suspense qui ne trompe presque plus personne
À quarante-huit heures du rendez-vous, la déclaration sénatoriale apparaît donc comme l’hypothèse la plus solide. François Patriat s’est retiré, François Rebsamen a repris langue avec le Parti socialiste, les élections approchent et les grands électeurs sont désormais au centre de toutes les attentions.
Reste à savoir sous quelle étiquette l’ancien ministre se présenterait, avec quels partenaires. François Rebsamen a traversé suffisamment de familles politiques pour pouvoir annoncer sa candidature à gauche, au centre, ou légèrement sur la terrasse, près du parasol.
Mercredi, à 17 heures, il devrait enfin mettre fin au suspense. À moins qu’il ne soit simplement venu annoncer l’ouverture de la saison des moules-frites. Dans ce cas, la déclaration serait tout de même importante. Mais essentiellement pour la guinguette.
Fabien B.
