Face aux tensions internationales et aux incertitudes pesant sur les approvisionnements énergétiques, la question de la souveraineté énergétique s’impose aujourd’hui comme un enjeu majeur. Dans ce contexte, la région Bourgogne-Franche-Comté entend bien tirer son épingle du jeu en misant sur le développement du gaz vert, une énergie renouvelable produite localement, qui s’impose progressivement comme un pilier complémentaire du mix énergétique.
Longtemps perçue comme une filière émergente, la méthanisation connaît désormais une véritable montée en puissance. En 2025, près de 7 % de la consommation régionale de gaz est déjà couverte par du biométhane. Un chiffre significatif qui témoigne de l’ancrage progressif de cette énergie dans les territoires. À l’horizon 2030, l’objectif est encore plus ambitieux : atteindre 25 % de couverture grâce à une production locale issue de ressources renouvelables.
Une filière qui change d’échelle
Sur le terrain, cette dynamique se traduit par une structuration progressive de la filière. Après plusieurs années de développement, le secteur entre désormais dans une phase de consolidation et d’extension. Le nombre d’unités de méthanisation devrait ainsi doubler d’ici 2030 pour atteindre près de 60 sites dans la région.
Pour les acteurs du secteur, cette évolution marque un tournant. « Le gaz vert n’est plus une perspective, mais une réalité en croissance », souligne Emmanuel Connesson, directeur régional adjoint de GRDF. D’ici fin 2026, la production régionale devrait atteindre un milliard de kWh, illustrant un changement d’échelle concret et rapide.
Au-delà des chiffres, cette montée en puissance répond à un besoin stratégique : diversifier les sources d’énergie dans un contexte où l’électrification des usages s’accélère. Le gaz vert apparaît alors comme une solution complémentaire, capable d’assurer certains usages difficiles à électrifier tout en garantissant l’équilibre du système énergétique.
Une énergie locale aux multiples bénéfices
L’un des atouts majeurs du biométhane réside dans son ancrage territorial. Produit à partir de déchets agricoles, d’effluents d’élevage ou encore de biodéchets, il s’inscrit pleinement dans une logique d’économie circulaire. Chaque année, près de 150 000 tonnes de matières organiques sont ainsi valorisées pour produire de l’énergie renouvelable.
Les retombées sont à la fois environnementales et économiques. Depuis 2015, plus de 168 000 tonnes de CO₂ ont été évitées grâce à l’injection de gaz vert dans le réseau. Cette production représente également l’équivalent de la consommation de plus de 130 000 logements récents, selon les données présentées dans le communiqué.
Mais l’impact ne s’arrête pas là. La méthanisation contribue aussi à la diversification des revenus agricoles, à la création d’emplois locaux et à une meilleure gestion des déchets. Elle permet en outre de produire un fertilisant naturel, le digestat, renforçant la résilience des exploitations agricoles.
Sur le plan économique, la filière représente déjà un investissement conséquent : près de 400 millions d’euros ont été mobilisés en Bourgogne-Franche-Comté, dont 80 % de la valeur bénéficie directement aux territoires.
Un potentiel encore largement exploitable
Malgré ces avancées, le potentiel de développement reste important. À l’horizon 2050, la production de gaz renouvelable pourrait atteindre 7,5 TWh dans la région. Une perspective qui positionne le gaz vert comme un levier stratégique dans la transition énergétique française.
Des projets concrets illustrent déjà cette dynamique, à l’image de l’unité de méthanisation de Pont-sur-Vanne, qui regroupe plusieurs exploitants agricoles pour produire du gaz injecté directement dans le réseau. Ce type d’initiative montre comment les ressources locales peuvent être mutualisées pour réduire la dépendance aux importations énergétiques.
Un réseau structurant pour accompagner la transition
Le développement du gaz vert s’appuie également sur une infrastructure solide. En Bourgogne-Franche-Comté, le réseau de distribution géré par GRDF s’étend sur plus de 12 500 kilomètres et dessert plus de 480 000 clients. Cet outil permet d’intégrer progressivement des volumes croissants de biométhane tout en garantissant la continuité d’approvisionnement.
Comme le souligne le communiqué, cette complémentarité entre les différentes sources d’énergie sera essentielle pour répondre aux défis à venir. « Aucune énergie ne peut, seule, couvrir l’ensemble des besoins », rappelle Emmanuel Connesson, insistant sur la nécessité d’un mix énergétique diversifié.
Une énergie au cœur des enjeux de demain
À mesure que la transition énergétique s’accélère, le gaz vert s’impose comme une solution à la fois pragmatique et stratégique. Locale, renouvelable et stockable, cette énergie répond simultanément aux enjeux climatiques, économiques et de souveraineté.
En Bourgogne-Franche-Comté, la filière semble désormais solidement engagée. Avec 28 sites de méthanisation en service et plusieurs autres en construction, le territoire confirme son ambition de devenir un acteur majeur du gaz renouvelable en France.
Dans un paysage énergétique en pleine mutation, la région fait ainsi le pari d’un modèle équilibré, où innovation, ancrage local et diversification des ressources constituent les clés d’une transition réussie.
