Le début d’année 2026 confirme un climat économique sous tension pour les entreprises françaises, et plus particulièrement pour celles de Bourgogne-Franche-Comté. Dans sa dernière étude, Allianz Trade met en lumière une nette aggravation des défaillances d’entreprises dans la région, reflet d’un environnement économique toujours instable, marqué par des crises successives et des incertitudes persistantes.
Une progression brutale des défaillances au premier trimestre
Avec 684 entreprises en défaillance au premier trimestre 2026, la Bourgogne-Franche-Comté enregistre une hausse de +17 % par rapport au premier trimestre 2025. Cette progression est d’autant plus significative qu’elle intervient après une année 2025 déjà marquée par une augmentation des faillites. Par rapport au dernier trimestre 2025, la hausse atteint encore +13 %, signe d’une accélération récente du phénomène.
Ce niveau place la région parmi les plus touchées de France, juste derrière le Centre-Val de Loire (+18 %), confirmant une dégradation plus rapide que la moyenne nationale. Cette dynamique traduit une fragilité accrue du tissu économique régional, composé en grande partie de PME et de TPE particulièrement sensibles aux chocs économiques.
Une homogénéisation inquiétante des difficultés territoriales
Contrairement aux années 2024 et 2025, où les disparités départementales étaient très marquées, le premier trimestre 2026 se distingue par une quasi-généralisation de la hausse des défaillances.
Un seul territoire échappe à cette tendance : le Jura, qui enregistre une baisse de -4 %, après une année 2025 pourtant orientée à la hausse (+9 %). Cette exception reste isolée dans une région où la majorité des départements subissent une dégradation nette.
La situation est particulièrement préoccupante dans certains territoires :
- L’Yonne affiche une envolée spectaculaire de +41 %, après une année 2025 en recul (-6 %) mais déjà marquée par un retournement de tendance en fin d’année.
- La Côte-d’Or enregistre une hausse de +33 %, confirmant une dégradation après une progression modérée en 2025 (+4 %).
- Le Doubs suit avec +24 %, illustrant la diffusion des difficultés dans les territoires industriels.
D’autres départements sont également touchés :
- La Nièvre (+13 %)
- Le Territoire de Belfort (+12 %), après +5 % en 2025
- La Haute-Saône (+8 %)
- La Saône-et-Loire (+1 %), après une hausse déjà marquée de +11 % en 2025
En volume, trois départements concentrent l’essentiel des difficultés :
la Côte-d’Or (157 défaillances), la Saône-et-Loire (141) et le Doubs (108). À eux seuls, ils représentent près de 60 % des défaillances régionales, illustrant le poids des principaux bassins économiques dans cette dégradation.
Des secteurs structurellement fragilisés
L’analyse sectorielle confirme que les difficultés se concentrent sur des piliers essentiels de l’économie régionale. Sur les douze derniers mois :
- Les services dominent avec 31 % des défaillances, reflétant la vulnérabilité des activités dépendantes de la demande des entreprises et des ménages.
- Le commerce suit avec 23 %, pénalisé par une consommation encore contrainte.
- La construction, avec 18 %, reste fortement affectée par la hausse des coûts, les taux d’intérêt élevés et le ralentissement de l’immobilier.
- L’hébergement-restauration arrive également à 18 %, illustrant la fragilité persistante d’un secteur dépendant du pouvoir d’achat et du tourisme.
Cette structure sectorielle montre que la crise actuelle n’épargne pas les activités du quotidien et touche directement l’économie réelle.
Une dynamique nationale à des niveaux historiques
Au niveau national, la tendance est tout aussi préoccupante. La France a enregistré 19 243 défaillances d’entreprises au premier trimestre 2026, soit une hausse de +6 % sur un an. Ce chiffre constitue un record absolu pour un premier trimestre, dépassant les 18 625 cas observés en 2015.
Cette situation s’inscrit dans une trajectoire de hausse continue :
- 2022 : +49 %
- 2023 : +35 %
- 2024 : +17 %
Si la progression ralentit, elle se maintient à un niveau élevé, traduisant une installation durable de la sinistralité à un niveau historiquement haut.
Les causes sont multiples :
- une inflation persistante qui pèse sur la consommation,
- des taux d’intérêt élevés qui freinent l’investissement,
- des difficultés structurelles dans la construction,
- et les effets différés de la forte création d’entreprises post-Covid, qui augmente mécaniquement le nombre d’entreprises vulnérables.
Des perspectives 2026 sous haute tension
Selon Maxime Lemerle, la situation devrait rester critique tout au long de l’année :
« Les défaillances d’entreprises devraient atteindre un nouveau record en France en 2026. Nous anticipons environ 69 900 cas, soit une hausse de +2 % par rapport à 2025. »
Mais ces prévisions pourraient être dépassées. Dans un scénario macroéconomique dégradé, notamment en cas de prolongation du conflit au Moyen-Orient, le nombre de défaillances pourrait atteindre plus de 71 600 cas.
Les tensions géopolitiques jouent un rôle clé : hausse des coûts énergétiques, perturbations logistiques, incertitudes sur les marchés internationaux. Autant de facteurs qui fragilisent des entreprises déjà affaiblies par plusieurs années de crises.
Une amélioration reste envisagée à moyen terme, avec une baisse attendue de -3 % en 2027, mais celle-ci dépendra fortement de l’évolution du contexte économique global.
Une concentration des risques sur les extrêmes
Un autre phénomène marquant est la polarisation des défaillances. Depuis 2025, celles-ci se concentrent davantage :
- sur les très petites entreprises, particulièrement vulnérables aux variations de trésorerie,
- et sur les grandes entreprises, dont les défaillances ont des impacts économiques plus larges.
Les chiffres illustrent l’ampleur du phénomène :
- 37,6 milliards d’euros de chiffre d’affaires cumulé pour les entreprises défaillantes (+12 % sur un an),
- 7,5 milliards d’euros de dettes fournisseurs (+15 %).
Ces niveaux sont largement supérieurs aux moyennes observées entre 2006 et 2025, soulignant un risque systémique plus élevé.
Une pression accrue sur certains secteurs clés
Les secteurs liés à la consommation des ménages restent les plus exposés. Sur un an :
- Agriculture : +15 %
- Services aux particuliers : +15 %
- Commerce automobile : +8 %
- Hébergement-restauration : +7 %
En volume, les hausses les plus importantes concernent :
- les services aux particuliers (+884 cas),
- l’hébergement-restauration (+576),
- et les services aux entreprises (+637).
À l’inverse, seuls trois secteurs échappent à cette tendance :
- le commerce de détail (stable),
- la finance et l’immobilier (stable),
- et la construction (-2 %), malgré un niveau de défaillance toujours très élevé (20 % des cas).
Certains secteurs atteignent même des niveaux historiquement critiques :
- Transport-entreposage (+67 % au-dessus de la moyenne 2010-2019)
- Commerce automobile (+46 %)
- Information-communication (+46 %)
- Hôtellerie-restauration (+39 %)
- Services aux entreprises (+32 %)
Une transformation des formes juridiques touchées
La hausse des défaillances concerne toutes les structures, mais certaines évolutions se distinguent. Les entreprises en nom connaissent une accélération notable et représentent désormais 13 % des défaillances, en hausse de 3 points par rapport à la période 2023-2024.
Les sociétés (SARL, SA, etc.) restent majoritaires, avec une hausse plus modérée (+2 %), mais à un niveau très élevé, supérieur de 27 % à la moyenne pré-crise sanitaire.
Un environnement économique sous pression permanente
Pour Laurent Treilhes, la situation actuelle s’inscrit dans un contexte global particulièrement instable :
« L’économie française fait face à des défis structurels majeurs dans un environnement mondial marqué par une incertitude accrue. Les tensions géopolitiques, la volatilité des marchés de l’énergie et les perturbations des échanges mondiaux fragilisent les entreprises. »
Dans ce contexte, les risques de non-paiement augmentent, rendant essentielle une gestion rigoureuse du risque client et fournisseur. L’assurance-crédit apparaît ainsi comme un outil stratégique pour sécuriser les transactions et limiter les impacts des défaillances en chaîne.
Une région révélatrice des tensions nationales
La situation en Bourgogne-Franche-Comté illustre avec acuité les difficultés du tissu économique français. Derrière les chiffres, c’est une réalité plus profonde qui se dessine : celle d’un modèle économique fragilisé, confronté à des chocs multiples et à une incertitude durable.
Si une amélioration reste possible à moyen terme, l’année 2026 s’annonce d’ores et déjà comme une année record en matière de défaillances d’entreprises, confirmant que la sortie de crise est encore loin d’être acquise.
