À quelques jours du 28 avril, journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail, l’union syndicale Solidaires 21 a publié un communiqué au ton offensif, appelant à ne pas participer à un événement intitulé « Parlons Travail », organisé à l’initiative d’une députée socialiste Océane Godard. Derrière ce refus, le syndicat entend dénoncer ce qu’il considère comme une opération de communication déconnectée des réalités vécues par les salarié·es.
D’emblée, Solidaires 21 affiche sa position : l’organisation se dit « ravie de ne pas avoir été conviée » à cette soirée et invite explicitement les travailleurs et travailleuses à boycotter l’événement. Pour le syndicat, cette rencontre, qui vise à « réenchanter la place du travail en France », apparaît en contradiction avec la gravité de la situation actuelle. Le choix de la date, le 28 avril, est particulièrement critiqué : loin d’être un moment de débat informel, cette journée est dédiée à la mémoire des victimes du travail et à la prévention des risques professionnels.
Une dénonciation du « dialogue de façade »
Dans son communiqué, Solidaires 21 s’en prend frontalement aux acteurs conviés à l’événement, notamment le patronat représenté par le MEDEF et le Parti socialiste. Le syndicat accuse ces derniers d’avoir, au fil des années, contribué à l’affaiblissement du droit du travail et des protections des salarié·es. L’évocation du quinquennat de François Hollande est utilisée comme exemple d’une politique ayant, selon eux, « méthodiquement affaibli » le Code du travail.
Pour Solidaires, la tenue d’un tel événement relève davantage d’une opération de communication que d’une volonté réelle de transformation. Le syndicat refuse ainsi toute participation à ce qu’il qualifie implicitement de « discussion de façade », estimant que les enjeux actuels exigent des réponses concrètes plutôt que des échanges symboliques.
Une situation alarmante en matière de santé au travail
Au cœur du communiqué, le constat dressé par Solidaires 21 est sans appel : « tous les indicateurs sont au rouge » en matière de santé au travail. Le syndicat met en avant une série de chiffres particulièrement préoccupants, évoquant notamment des suicides dans plusieurs secteurs professionnels. Début avril 2026, dix cheminots avaient déjà mis fin à leurs jours depuis le début de l’année. Dans la fonction publique, notamment aux Finances publiques, vingt suicides ont été recensés en un an.
Le secteur de la santé n’est pas épargné, avec un rythme dramatique d’un suicide tous les trois jours parmi les soignant·es, dont la moitié souffre ou a souffert d’épuisement professionnel. D’autres professions, comme les pompiers, les enseignants ou encore les agriculteurs, sont également touchées. « Le travail tue », affirme sans détour le syndicat, tout en précisant qu’il ne s’agit pas d’une fatalité.
Des causes identifiées et dénoncées
Selon Solidaires 21, les causes de cette dégradation sont connues. Le syndicat pointe en premier lieu la destruction progressive des protections collectives, notamment la réduction des moyens de l’inspection du travail et la disparition d’instances représentatives de proximité. À cela s’ajoutent des transformations profondes de l’organisation du travail.
Les restructurations permanentes, parfois menées dans le but de « casser » certains métiers ou collectifs, sont dénoncées. Le syndicat insiste également sur la perte de sens du travail, particulièrement dans les services publics, où les agents ne peuvent plus accomplir correctement leurs missions faute de moyens suffisants.
L’intensification des rythmes de travail, la pression à la productivité, l’individualisation du management et la mise en concurrence des salarié·es constituent, selon Solidaires, autant de facteurs aggravants. Ces évolutions participeraient à l’isolement des travailleurs et à la dégradation de leur santé mentale.
Des revendications structurées et des pistes de solution
Face à ce constat, Solidaires 21 formule plusieurs revendications précises. Le syndicat exige notamment une consultation systématique des salarié·es et de leurs représentants sur l’organisation du travail, en s’appuyant sur le préambule de la Constitution de 1946 qui garantit leur participation aux décisions les concernant.
Il demande également la mise en place d’enquêtes systématiques sur les suicides et tentatives de suicide, y compris lorsqu’ils surviennent en dehors du lieu de travail, afin de reconnaître leur lien potentiel avec l’activité professionnelle.
Par ailleurs, Solidaires appelle à un renforcement massif des moyens alloués à l’inspection du travail et aux professionnels de la santé au travail, tels que les médecins, psychologues ou ergonomes. Le syndicat plaide pour un plan de recrutement ambitieux et durable dans ces domaines.
Une critique des réformes récentes
Le communiqué revient également sur les ordonnances Macron de 2017, accusées d’avoir affaibli la représentation des salarié·es. La création des comités sociaux et économiques (CSE), en remplacement notamment des CHSCT, est particulièrement critiquée. Selon Solidaires, ces réformes ont réduit le nombre de représentants et éloigné ces derniers du terrain, limitant leur capacité d’alerte et d’action.
Le syndicat réclame ainsi un retour à des instances de proximité dédiées aux conditions de travail, dotées de véritables moyens d’intervention. Pour Solidaires, il s’agit d’une condition essentielle pour garantir la santé physique et mentale des travailleurs.
Un appel à la mobilisation
Au-delà de ses critiques et propositions, Solidaires 21 conclut son communiqué par un appel à l’action collective. Le syndicat insiste sur l’importance de la syndicalisation et de l’organisation entre collègues comme premiers remparts face aux dérives du monde du travail.
Dans cette perspective, il appelle à une mobilisation massive à l’occasion du 1er mai, journée internationale des travailleurs, afin de défendre les droits existants et en conquérir de nouveaux.
En refusant de participer à l’événement « Parlons Travail », Solidaires 21 entend ainsi marquer une ligne claire : pour le syndicat, le débat sur le travail ne peut se limiter à des échanges institutionnels, mais doit s’ancrer dans une transformation réelle des conditions de travail et une prise en compte effective de la souffrance des salarié·es.
