Au collège André Malraux, la tension est montée d’un cran. Les lundi 18 et mardi 19 mai 2026, parents d’élèves, personnels éducatifs et membres de la communauté scolaire appellent à une opération « collège mort » afin d’alerter les autorités académiques sur une situation qu’ils jugent devenue intenable. Derrière cette mobilisation exceptionnelle, un constat partagé par tous : l’établissement ne disposerait plus des moyens humains suffisants pour accueillir les élèves dans des conditions satisfaisantes de sécurité, d’encadrement et de suivi éducatif.
Depuis maintenant deux ans, les équipes éducatives du collège et les représentants des parents d’élèves multiplient les démarches auprès de la Direction des services départementaux de l’Éducation nationale et du Rectorat. Courriers, demandes d’audience, alertes répétées et déjà une première opération « collège mort » organisée en mai 2025 : malgré ces actions, les revendications seraient restées sans réponse concrète. Les personnels dénoncent notamment la suppression d’un demi-poste de Conseiller principal d’éducation (CPE) à la rentrée 2025-2026 ainsi qu’un nombre insuffisant d’Assistants d’éducation (AED).
Pour les représentants de la communauté éducative, cette nouvelle mobilisation se veut donc un signal d’alarme adressé à l’institution. Ils estiment que les conditions de travail des adultes comme les conditions d’apprentissage des élèves se dégradent progressivement, dans un climat scolaire de plus en plus tendu.
Le collège André-Malraux, inauguré en 2002, avait été conçu à l’origine pour accueillir environ 600 élèves. Aujourd’hui, l’établissement en compte 679. Une hausse importante des effectifs qui, selon les personnels, n’a pas été accompagnée des moyens nécessaires pour assurer un encadrement adapté.
Au-delà de la question du nombre d’élèves, les équipes éducatives évoquent également une évolution du climat social et scolaire. Elles observent une montée des violences verbales et physiques chez certains collégiens, reflet selon elles des tensions présentes dans l’ensemble de la société. Là où les conseils de discipline restaient autrefois exceptionnels, ils se seraient multipliés ces dernières années. Trois exclusions définitives ont déjà été prononcées cette année, comme lors de l’année scolaire précédente.
La surcharge de l’établissement pose également des problèmes matériels et organisationnels. Face au manque d’espace dans la cour de récréation, une partie du plateau sportif a été annexée il y a plusieurs années afin d’offrir davantage de place aux élèves. Une mesure devenue indispensable pour limiter la promiscuité, souvent source de tensions et de conflits. Mais cette extension nécessite une présence renforcée de personnels de surveillance, présence que le collège affirme ne pas pouvoir garantir en permanence faute d’effectifs suffisants.
Les équipes éducatives décrivent ainsi un véritable dilemme : ouvrir davantage d’espaces afin d’apaiser les tensions entre élèves, mais sans disposer du nombre d’adultes nécessaire pour assurer une surveillance efficace ; ou bien restreindre ces espaces au risque d’accroître encore la promiscuité et les incidents.
La question de la sécurité des élèves hors temps de cours est au cœur des préoccupations des personnels. Selon le communiqué, le collège ne dispose actuellement que de 6,5 postes d’Assistants d’éducation. En se référant au taux d’encadrement recommandé par le ministère, soit un AED pour 89 élèves, l’établissement devrait bénéficier de 7,6 postes. Un écart qui, pour les personnels, a des conséquences directes sur la surveillance des récréations, des couloirs, des permanences ou encore des entrées et sorties du collège.
Autre point particulièrement dénoncé : la situation du service de vie scolaire et du Conseiller principal d’éducation. Le collège André-Malraux ne dispose plus aujourd’hui que d’un seul poste de CPE. Le demi-poste supplémentaire accordé auparavant au titre de la mixité sociale a été supprimé à la rentrée 2025-2026. Pourtant, selon les personnels mobilisés, les établissements du département dépassant 656 élèves bénéficieraient généralement de deux CPE.
Dans ces conditions, les missions du CPE deviennent, selon eux, extrêmement difficiles à assurer. Gestion de l’absentéisme, suivi des élèves en difficulté, traitement des situations de violence, échanges avec les enseignants, sanctions disciplinaires, médiation des conflits ou encore prévention du harcèlement scolaire : l’ampleur des tâches confiées à un seul responsable de vie scolaire est jugée incompatible avec les besoins réels de l’établissement.
Les personnels soulignent notamment que certaines situations de crise pourraient être évitées avec davantage de présence adulte et une politique de prévention renforcée. Or, selon eux, le manque de moyens humains entraîne une multiplication des dysfonctionnements, une dégradation progressive du climat scolaire et une surcharge de travail pour les équipes déjà en poste.
Au-delà des revendications strictement liées aux effectifs, cette mobilisation traduit également une inquiétude plus large concernant l’avenir de l’école publique et les conditions d’accueil des élèves. Les parents d’élèves et les personnels disent vouloir défendre un cadre scolaire garantissant à chaque collégien sécurité physique, accompagnement éducatif et sérénité dans les apprentissages.
Par cette opération « collège mort », ils espèrent désormais obtenir une réponse rapide du Rectorat et de l’Éducation nationale. La communauté éducative réclame principalement l’attribution d’un second poste de CPE à temps plein ainsi que des moyens supplémentaires en Assistants d’éducation afin de répondre à l’augmentation des effectifs et à l’évolution des besoins de l’établissement.
Communiqué de presse du 14 mai 2026 :
Opération « COLLEGE MORT »
La mobilisation lundi 18 et mardi 19 mai 2026 résulte d’un constat alarmant : il n’est plus possible d’accueillir les jeunes du collège André Malraux dans des conditions satisfaisantes. Le Rectorat nous demande par l’intermédiaire des moyens humains alloués, postes de Conseillers Principaux d’Education, d’Assistants d’Education (AED) de travailler sans les moyens humains nécessaires pour garantir l’accueil, l’encadrement, le suivi et la sécurité des élèves.
Depuis deux ans, les personnels et les parents d’élèves du collège A. Malraux sont préoccupés de la situation de l’établissement. Conscients du manque de moyens dont dispose la vie scolaire pour mener à bien ses missions nombreuses et fondamentales, conscients du climat scolaire qui se dégrade, ils ont alerté la Direction des Services Départementaux de l’Education Nationale et le Rectorat sur le manque de moyens humains dont dispose la vie scolaire, sur la dégradation du climat scolaire et l’impossibilité pour le personnel de la vie scolaire de mener à bien toutes ses missions. Malgré les courriers, demandes d’audiences et une opération « collège mort » le 20 mai 2025, cela fait désormais 2 ans que la communauté éducative se bat pour pour un second poste temps plein de CPE (Conseiller Pincipal d’Education) et des moyens humains supplémentaires en Assistants d’Education. Devant l’absence de toute réponse favorable de l’institution aux demandes répétées, il apparaît indispensable et urgent à la communauté éducative et aux parents d’élèves de faire entendre avec force et unis leur mécontentement à travers deux journées de mobilisation collective.
Le premier point à souligner, concernant le collège André Malraux, est le public que nous accueillons. Le collège inauguré en 2002, était prévu pour accueillir environ 600 élèves. Nous en avons aujourd’hui 679. Le profil de ces jeunes a changé. La croissance de la violence dans notre société se retrouve inévitablement chez des jeunes de 11 à 15 ans, y compris dans notre collège. Les conseils de discipline, rares et exceptionnels lors de la première décennie de l’établissement, se sont multipliés ; cette année, 3 élèves, ont été sanctionnés d’une exclusion définitive, comme l’an passé.
L’établissement n’a pas été conçu pour accueillir autant d’élèves, au sein de classes toujours plus surchargées. En effet, l’augmentation du nombre d’élèves a également imposé, il y a plusieurs années, l’annexation d’une partie du plateau sportif pour permettre à chaque enfant de bénéficier de plus de 2m² qui le contraignaient jusqu’alors dans une cour minuscule. Cette extension nécessite cependant la présence de personnel de surveillance pour assurer la sécurité de nos collégiens. Personnel qui nous manque cruellement. Ainsi l’ouverture de cet espace ne peut pas être garanti durant toutes les récréations.
Nous sommes donc confrontés à un dilemme : agrandir l’espace afin de diminuer la promiscuité des élèves, cause de tensions et de frictions importantes (violences verbales et physiques) ou bien leur offrir davantage d’espace mais sans une surveillance suffisante.
L’encadrement de nos élèves hors cours est au centre de nos préoccupations car elle permet de garantir leur sécurité. Or notre dotation actuelle ne compte que 6,5 postes d’Assistants d’Education. En d’autres termes, si nous nous basons sur le taux d’encadrement recommandé par le ministère (un AED pour 89 élèves), notre établissement devrait donc disposer de 7,6 AED. Nous ne disposons pas de ces moyens.
Notre établissement ne dispose que d’un seul poste de Conseiller Principal d’éducation. Le demi-poste supplémentaire de CPE accordé trois ans plus tôt sur la base de la mixité sociale a été supprimé à la rentrée scolaire 2025-2026. Or tous les établissements du département bénéficient de deux CPE dès 656 élèves. L’accompagnement des élèves, mission centrale du CPE, déjà compromis par la multiplicité grandissante des tâches annexes, est de facto pénalisé par l’absence d’un second poste à temps complet. En raison du suivi quotidien de 679 élèves, la gestion des cas lourds d’absentéisme, des interventions auprès d’élèves violents avec leurs pairs, de la liaison avec les enseignants en demande de recadrages, de retours, de sanctions ou de punitions ; notre CPE ne peut décemment tenir le rôle majeur qui est le sien, dans la prévention du harcèlement scolaire et dans la gestion des conflits avant qu’ils ne dégénèrent. Bon nombre d’évènements mettant en danger nos élèves pourraient être évités si des moyens supplémentaires étaient octroyés à notre vie scolaire.
Le constat est sans appel : l’absence de second poste temps plein de CPE et le manque de moyens humains en vie scolaire ne favorisent pas à nos enfants de bonnes conditions d’accueil, ne leur garantit pas une sécurité physique et psychologique. Le manque de présence humaine adulte (CPE et Assistants d’Education) génère plus de dysfonctionnements, une détérioration du climat scolaire et une surcharge de travail pour le personnel restant qui ne peut, face à toutes les tâches qui sont les siennes, s’impliquer dans des actions de prévention.
