Une image transmise par un parent d’élève suscite des interrogations après la participation d’une classe de 3e Défense du Groupe Saint Joseph La Salle Dijon aux Olympiades Défense et Citoyenneté, organisées le 28 mai aux côtés d’autres classes de Côte-d’Or. Sur la photographie, on distingue plusieurs jeunes équipés de casques bleus, de boucliers transparents et de matraques, dans une mise en situation qui semble reproduire une scène d’intervention ou de maintien de l’ordre.
La scène se déroule en extérieur. Il semblerait qu’elle se soit déroulée au Centre du service national et de la jeunesse (CSNJ) de Dijon, situé 22 avenue Garibaldi à Dijon. Plusieurs élèves, dont certains portent des protections et tiennent des boucliers, avancent groupés. À proximité, d’autres jeunes observent la scène, tandis que des adultes, dont des gendarmes en tenue, encadrent visiblement l’activité. Des balles jaunes sont visibles au sol et dans les mains de participants, laissant penser à un exercice ludique ou à une simulation encadrée.
Pour l’établissement, cette journée s’inscrivait dans le cadre des « Olympiades Défense et Citoyenneté ». Dans une publication (sur Facebook), le Groupe Saint Joseph La Salle Dijon explique que les élèves ont participé à des « défis, ateliers, rencontres et esprit d’équipe », en présence de militaires, pompiers, policiers, gendarmes mobiles et associations de sécurité civile. L’objectif affiché : développer la cohésion, l’engagement citoyen, ainsi que les valeurs de solidarité et de respect.
Mais pour le parent qui a transmis l’image, le contenu de l’activité interroge. Ce qui choque, ce n’est pas la rencontre avec les forces de sécurité ou les acteurs de la protection civile, mais le fait de placer des adolescents dans une situation où ils manipulent des équipements associés au maintien de l’ordre : casques, boucliers et matraques. Une drôle de conception de l’éducation à la citoyenneté, estiment certains, lorsque l’on donne à des élèves des objets qui renvoient davantage à l’affrontement qu’au dialogue civique.
La question posée est donc moins celle de la présence des institutions que celle de la mise en scène proposée aux élèves. Former à la citoyenneté, est-ce faire découvrir les métiers de la sécurité, du secours et de la défense, ou faire expérimenter à des mineurs des postures inspirées d’opérations de maintien de l’ordre ? L’image, à elle seule, ne permet pas de connaître précisément le cadre pédagogique de l’exercice, ni les consignes données aux élèves. Mais elle suffit à provoquer un malaise chez certains parents.

Dans sa communication, l’établissement insiste sur l’aspect ludique et collectif de la journée. Les élèves auraient pu échanger avec différents corps de métier et participer à des épreuves destinées à renforcer l’esprit d’équipe. Pourtant, la photographie diffusée ou transmise montre une dimension plus sensible : celle d’une familiarisation, même symbolique, avec des équipements de contrainte et d’intervention.
À l’heure où l’école est régulièrement appelée à transmettre les valeurs républicaines, le respect d’autrui, la responsabilité et le vivre-ensemble, cette image soulève une vraie question : jusqu’où peut-on aller dans les ateliers dits de citoyenneté ? Entre découverte des institutions et simulation d’intervention, la frontière peut rapidement devenir floue, surtout lorsqu’il s’agit d’élèves de collège.
Il ne s’agit pas de remettre en cause l’engagement des militaires, pompiers, policiers, gendarmes ou associations de sécurité civile, qui jouent un rôle essentiel dans la société. Mais l’utilisation de boucliers et de matraques par des adolescents, même dans un cadre encadré et présenté comme ludique, peut légitimement surprendre. Pour certains parents, la scène renvoie davantage à une initiation aux gestes du maintien de l’ordre qu’à une sensibilisation à la citoyenneté.
Cette controverse rappelle que les actions éducatives menées autour de la défense et de la citoyenneté doivent être pensées avec prudence. Elles peuvent permettre de mieux comprendre le rôle des institutions, les missions de secours, l’engagement public ou la protection des populations. Mais elles doivent aussi éviter toute ambiguïté sur le message transmis aux élèves.
À Dijon, cette photographie soulève désormais une question beaucoup plus large : jusqu’où ce type d’activité peut-il aller au nom de la « citoyenneté » ? Après les casques, les boucliers et les matraques, quelle sera la prochaine étape ? Certains parents s’interrogent avec inquiétude sur le message envoyé à des collégiens. Faut-il banaliser auprès d’adolescents des équipements et des postures directement associés au maintien de l’ordre ? Et demain, finira-t-on par leur apprendre à lancer des grenades au nom de l’immersion ou de la pédagogie ? Derrière cette image, c’est toute la frontière entre sensibilisation citoyenne et militarisation symbolique des jeunes qui est aujourd’hui posée.

