La Ville de Dijon prépare un nouveau cadre de référence pour renforcer la place des habitants dans la vie locale. Après les six leviers de participation citoyenne adoptés en 2021, la municipalité souhaite aller plus loin au cours du nouveau mandat, avec des engagements autour de la démocratie permanente, de la proximité, de l’évaluation des politiques publiques et de l’implication d’un public plus large.
La participation citoyenne devrait prendre une nouvelle dimension à Dijon. Réunie lundi 15 juin 2026, la municipalité a inscrit à son ordre du jour un point consacré au « nouveau souffle de la participation citoyenne à Dijon ». Porté par Mélanie Balson, au titre de la démocratie locale et de la vie associative, ce rapport propose de mettre en place un nouveau cadre de référence destiné à renforcer le dialogue entre la Ville et les habitants.
Cette démarche s’inscrit dans la continuité d’un travail engagé depuis plusieurs années. Dijon rappelle avoir soutenu et promu la participation citoyenne dans la vie locale depuis près de vingt ans, avec une accélération particulière depuis 2021. Cette année-là, la Ville avait adopté une charte de la participation citoyenne et six leviers destinés à mieux associer les habitants à la construction des politiques publiques locales.
Mais la municipalité estime aujourd’hui que ces outils doivent évoluer. Le contexte démocratique, marqué par une progression de l’abstention et par une défiance croissante envers les institutions, impose selon elle de renouveler les formes de dialogue avec les citoyens. Le document municipal souligne que les principes démocratiques sont de plus en plus menacés, à l’échelle nationale comme internationale. À l’échelle locale, la Ville estime que la démocratie résiste davantage grâce à la proximité, à l’écoute des habitants et à la capacité des élus à entretenir la confiance et le vivre-ensemble.
L’objectif affiché est donc de faire de la participation citoyenne non plus seulement une démarche ponctuelle, associée à certains projets, mais un réflexe permanent dans la conduite de l’action publique. La municipalité veut proposer aux Dijonnaises et aux Dijonnais de nouvelles manières de participer à la vie locale, tout en rendant plus lisibles les décisions publiques et le fonctionnement de la collectivité.
Le premier axe de ce nouveau cadre repose sur l’approfondissement du dialogue entre la municipalité et les citoyens. Pour la Ville, l’enjeu est double : renforcer les échanges entre élus et habitants autour de l’élaboration des politiques publiques locales, mais aussi encourager les échanges entre habitants eux-mêmes. La participation citoyenne est ainsi présentée comme un outil démocratique, mais également comme un levier de cohésion sociale.
Dijon souhaite continuer à proposer « mille et une façons » de participer à la vie locale, dans le cadre de la charte adoptée en conseil municipal le 22 novembre 2021. Mais la Ville insiste également sur un point essentiel : rendre compte. Les démarches participatives devront donner lieu à des restitutions systématiques et transparentes. Autrement dit, les habitants consultés devront pouvoir comprendre ce que deviennent leurs propositions, comment elles sont prises en compte et pourquoi certaines sont retenues ou écartées.
La municipalité entend aussi mieux articuler participation en présentiel et outils numériques. La plateforme dessinons.dijon.fr restera un support important pour organiser des consultations, recueillir des avis et permettre aux habitants de contribuer à distance. Toutefois, la Ville reconnaît que cet outil ne touche pas toute la population. Certaines personnes rencontrent des difficultés d’accès ou d’usage du numérique. Pour éviter que la participation citoyenne ne soit réservée aux habitants les plus connectés, Dijon prévoit de s’appuyer sur Dijilink afin d’accompagner les habitants dans l’accès aux outils numériques.
Cette volonté de ne pas laisser une partie de la population à l’écart est au cœur du nouveau dispositif. La municipalité affirme vouloir privilégier les rencontres physiques, les échanges directs et les démarches de terrain. Les outils numériques doivent venir compléter la participation, mais non la remplacer. Cette orientation marque une volonté claire : aller vers les habitants plutôt que d’attendre qu’ils se rendent spontanément sur une plateforme en ligne ou dans une réunion publique.
Le nouveau cadre prévoit également de renforcer l’évaluation de l’action publique. Dijon souhaite mesurer l’impact de ses politiques publiques, mais aussi celui des démarches de participation citoyenne elles-mêmes. La Ville entend poursuivre l’association des habitants aux processus d’évaluation, comme elle l’a déjà fait en 2024 pour l’évaluation des budgets participatifs. Cette démarche doit permettre de vérifier si les outils mis en place fonctionnent réellement, s’ils touchent des publics diversifiés et s’ils influencent concrètement les décisions municipales.
Autre priorité annoncée : rendre le fonctionnement de la Ville plus accessible. La municipalité reconnaît que l’action publique peut parfois apparaître complexe, technique ou difficile à comprendre pour les habitants. Elle souhaite donc renforcer la lisibilité de la collectivité, expliquer davantage ses compétences, ses procédures, ses contraintes et ses choix. L’enjeu est de permettre aux citoyens de mieux comprendre comment se construit une décision publique, afin de participer de manière plus éclairée.
Dans cette logique, Dijon souhaite déployer progressivement une « formation continue du citoyen ». Cette idée s’appuie sur une expérimentation menée auprès du conseil participatif des jeunes. Elle vise à apporter aux habitants des informations, des connaissances et des éléments de réflexion pour mieux appréhender les réalités de la décision publique. Un volet spécifique consacré au patrimoine vivant devrait également être proposé, en lien avec le jardin de l’Arquebuse.
Au-delà de ces principes généraux, la Ville de Dijon propose quatre nouveaux engagements pour structurer ce nouveau souffle démocratique.
Le premier engagement consiste à instaurer une démocratie permanente, avec une participation en continu. Dijon dispose déjà de plusieurs instances participatives : le conseil municipal des enfants, le conseil participatif des jeunes, les ateliers de quartier, l’observatoire de l’âge et les conseils citoyens des quartiers relevant de la politique de la ville. La municipalité souhaite désormais mieux relier ces instances entre elles, les faire travailler sur des sujets communs et les mobiliser sur des politiques publiques transversales.
Cette mise en réseau des instances doit permettre d’éviter le cloisonnement des démarches participatives. Plutôt que de faire travailler chaque instance séparément, la Ville veut créer des passerelles entre les générations, les quartiers et les thématiques. Enfants, jeunes, seniors, habitants des quartiers populaires, associations et citoyens engagés pourraient ainsi être associés à des réflexions communes sur l’avenir de la ville.
Dans ce cadre, Dijon prévoit également de créer un « comité citoyen de la biodiversité en ville ». Ce collectif d’habitants serait issu des instances existantes et travaillerait en lien avec l’ambition municipale en faveur de la préservation et du développement du patrimoine vivant. Ce nouvel outil participatif s’inscrit dans une préoccupation écologique plus large, alors que les villes sont de plus en plus attendues sur les questions de nature en ville, de végétalisation, de qualité de vie et d’adaptation au changement climatique.
La Ville souhaite aussi mieux prendre en compte les propositions d’innovation et de créativité portées par les associations ou les habitants. Ces propositions pourraient être intégrées dans les démarches participatives citoyennes ou associatives inscrites dans le projet d’établissement de la Maison des associations.
La démocratie permanente passera également par des dialogues directs et réguliers avec les citoyens. Dijon veut associer les habitants aux politiques publiques élaborées localement, notamment lorsqu’il s’agit de construire ou d’aménager le territoire. Des concertations pourraient ainsi concerner l’espace public, des projets urbains, des projets structurants liés à la mobilité ou encore des démarches en faveur de l’écologie.
La Ville souhaite donc développer un espace de relation plus direct et plus inclusif entre élus et habitants. Cette ambition prendra notamment forme avec la mise en place d’agoras citoyennes au sein de la nouvelle Maison des associations, dont l’ouverture est annoncée à compter de septembre 2026. Ces agoras auront vocation à accueillir un public large : habitants, jeunes, associations, collectifs ou acteurs locaux.
Les thématiques abordées devraient être transversales : biodiversité, sport, culture, cadre de vie, vie associative ou encore transformation de l’espace public. Ces agoras ne seront pas nécessairement limitées à la Maison des associations. Elles pourront aussi être organisées dans les maisons des services au public et les maisons d’habitants des différents quartiers, afin de toucher des publics plus variés.
Une fois par an, une délibération citoyenne viendra clore un cycle d’agoras. Elle permettra de présenter en conseil municipal une action ou un projet réalisable. Ce mécanisme vise à donner une traduction institutionnelle aux échanges citoyens. Il ne s’agit donc pas seulement d’organiser des débats, mais de faire remonter des propositions jusqu’à l’assemblée municipale.
La Ville souhaite également mieux intégrer les nouveaux habitants. Un courrier leur sera adressé dès leur arrivée sur le territoire dijonnais. Cette démarche complétera la journée des habitants, déjà organisée pour accueillir les nouveaux arrivants et leur présenter la ville, ses services et ses possibilités d’engagement.
Le deuxième engagement porte sur la volonté de mobiliser la plus grande diversité de participants. Dijon veut éviter que la participation citoyenne ne soit captée par les mêmes publics, souvent déjà informés, disponibles ou engagés dans la vie locale. La municipalité souhaite rechercher une pluralité de profils, d’âges, de quartiers, de situations sociales et de points de vue.
Cette orientation devrait notamment se traduire par une évolution des budgets participatifs. La Ville prévoit d’ouvrir, au printemps 2027, le vote à toutes les Dijonnaises et tous les Dijonnais concernant les projets de budgets participatifs. Cette ouverture vise à renforcer l’appropriation de ce dispositif par l’ensemble de la population.
Pour toucher un public plus large, Dijon envisage aussi des permanences de quartier directement « sur le terrain ». Elles pourraient se tenir dans les marchés, les écoles, les structures de quartier, les mairies de quartier ou encore les nouvelles maisons des services au public. L’objectif est d’aller à la rencontre des habitants dans les lieux qu’ils fréquentent au quotidien, plutôt que de les inviter uniquement à des réunions institutionnelles.
Ces permanences doivent permettre d’écouter un plus grand nombre de citoyens, y compris ceux qui participent rarement aux dispositifs classiques de concertation. La Ville prévoit également d’adapter ses outils de communication aux publics concernés et de s’appuyer sur des réseaux, relais et intermédiaires pour rejoindre les habitants les plus éloignés du débat public. L’implication de la jeunesse est présentée comme une priorité particulière.
Cette démarche d’« aller-vers » sera également déployée dans les quartiers. Dijon souhaite créer des dynamiques collectives et territoriales en mobilisant des collectifs d’habitants ou des instances participatives pour améliorer le cadre de vie. Plusieurs exemples sont cités, comme la poursuite de la requalification de rues au centre-ville ou encore la mise en place de zones 30.
Pour nourrir ces projets, la Ville prévoit d’organiser de nombreux temps de rencontres et d’échanges entre élus et habitants : ateliers participatifs, balades urbaines, permanences, porte-à-porte. Cette méthode traduit une volonté de proximité et d’observation directe des usages. Les habitants sont considérés comme détenteurs d’une expertise du quotidien, capable d’éclairer les choix d’aménagement et les priorités locales.
Le troisième engagement consiste à rechercher de nouvelles formes de participation, tout en mettant en place une logique d’évaluation et d’amélioration continue. Dijon souhaite expérimenter de nouvelles méthodes, de nouveaux outils et de nouveaux formats de dialogue. La Ville entend s’appuyer sur la diversité des acteurs locaux, notamment les associations et les Maisons d’éducation populaire.
Des temps citoyens, des temps de travail et d’échange ou encore des cafés culturels pourraient être organisés, notamment à la Maison de services au public La Majorelle. Ces formats plus souples et moins institutionnels peuvent permettre d’attirer des habitants qui ne se reconnaissent pas toujours dans les réunions publiques traditionnelles.
Dijon veut aussi s’inscrire dans des réseaux collaboratifs à l’échelle nationale. La Ville prévoit de développer des partenariats et de s’investir dans les réseaux de participation citoyenne, à l’image du Réseau national des budgets participatifs. Elle accueillera également les Rencontres européennes de la participation les 23, 24 et 25 novembre 2026. Cet événement devrait renforcer la visibilité de Dijon sur les questions démocratiques et permettre à la collectivité d’échanger avec d’autres territoires engagés dans des démarches similaires.
Le quatrième engagement vise à partager et diffuser une culture de la participation citoyenne. La Ville ne veut pas limiter cette ambition aux habitants : elle souhaite aussi l’ancrer en interne, auprès des élus et des agents du service public communal. L’objectif est que la participation citoyenne soit mieux intégrée dans la conduite des projets municipaux.
Pour y parvenir, Dijon prévoit d’accompagner les élus et les agents dans l’acculturation et la formation à la participation citoyenne. Cela pourrait passer par un accompagnement dédié et par l’organisation d’un séminaire annuel. Cette formation interne doit permettre de mieux concevoir les démarches participatives, d’en clarifier les objectifs et d’améliorer leur efficacité.
La Ville prévoit également de créer un observatoire de la participation citoyenne. Celui-ci s’appuierait, une fois par an, sur un questionnaire adressé aux habitants. Les réponses permettraient de recueillir leurs attentes, leurs propositions et leurs appréciations sur les dispositifs existants. Cet observatoire constituerait une base de travail pour ajuster les démarches participatives et mieux suivre leur évolution dans le temps.
Enfin, Dijon souhaite mobiliser ses partenaires dans des processus participatifs. La municipalité entend les sensibiliser aux bénéfices de ces démarches : amélioration des projets, meilleure adhésion des habitants, prise en compte de l’expertise d’usage et renforcement d’une citoyenneté active. Cette approche montre que la participation citoyenne ne doit pas seulement concerner les services municipaux, mais aussi les acteurs qui interviennent dans la fabrique de la ville.
Avec ce nouveau cadre, Dijon entend donc franchir une nouvelle étape dans sa politique de démocratie locale. La participation citoyenne n’est plus présentée comme un simple outil de consultation, mais comme une méthode de gouvernance à part entière. La municipalité veut l’inscrire dans la durée, la rendre plus accessible, plus visible et plus concrète.
Le défi sera désormais de transformer ces intentions en pratiques régulières et lisibles pour les habitants. La réussite de ce nouveau souffle dépendra de la capacité de la Ville à toucher des publics diversifiés, à rendre compte des contributions reçues et à montrer que la parole citoyenne peut réellement influencer les décisions locales.
Dans un contexte de défiance démocratique, Dijon mise ainsi sur la proximité et le dialogue pour maintenir la confiance. En multipliant les agoras, les permanences de quartier, les ateliers, les balades urbaines et les outils d’évaluation, la municipalité veut faire de la participation citoyenne un élément central du nouveau mandat. Une ambition forte, qui devra désormais se traduire sur le terrain, quartier par quartier, projet par projet.
