La nomination de Thierry Dauxois à la présidence-direction générale du CNRS, officialisée le 10 juin 2026 par le président de la République, résonne tout particulièrement en Bourgogne. Avant d’accéder aux plus hautes responsabilités de la recherche française, le physicien avait en effet réalisé sa thèse à Dijon, sous la direction de Michel Peyrard. Un ancrage universitaire local que l’Université Bourgogne Europe met aujourd’hui en avant avec fierté.
Le Centre national de la recherche scientifique change de dirigeant. Thierry Dauxois a été nommé président-directeur général du CNRS le 10 juin 2026, sur proposition de Philippe Baptiste, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace. Il succède à Antoine Petit, qui dirigeait l’établissement depuis 2018.
Cette nomination place à la tête du plus grand organisme public français de recherche scientifique un chercheur reconnu, issu du CNRS lui-même, dont le parcours s’est construit à la croisée de la physique théorique, de la recherche expérimentale et du pilotage institutionnel.
Pour la communauté universitaire de Bourgogne, cette désignation possède une résonance particulière. Si Thierry Dauxois est né à Toulouse le 15 septembre 1967 et a été formé à l’École normale supérieure de Lyon, c’est à Dijon qu’il a soutenu sa thèse en physique. Ce passage bourguignon constitue l’un des premiers jalons d’une trajectoire scientifique qui l’a progressivement conduit vers des responsabilités nationales de premier plan.
L’Université Bourgogne Europe salue ainsi la nomination d’un ancien doctorant dont le parcours illustre la capacité des établissements universitaires régionaux à former des chercheurs appelés à jouer un rôle majeur dans la recherche française. Pour l’université, cette réussite est aussi une manière de rappeler la place de Dijon dans l’histoire académique et scientifique de Thierry Dauxois.
Directeur de recherche au CNRS, Thierry Dauxois était depuis juillet 2021 directeur de CNRS Physique, l’un des grands instituts thématiques de l’organisme. Avant cela, il avait occupé les fonctions de vice-président Recherche de l’ENS de Lyon entre 2020 et 2021. Il avait également dirigé, de 2012 à 2020, le Laboratoire de physique, unité associant le CNRS et l’ENS de Lyon.
Sa carrière scientifique s’est principalement développée dans le champ de la physique non linéaire et de la physique statistique. Ces disciplines permettent d’étudier des phénomènes complexes, souvent difficiles à prévoir, dans lesquels de petites variations peuvent produire de grands effets. Les systèmes dynamiques, le chaos, les ondes, les fluides ou encore les interactions à longue portée font partie de ses domaines d’expertise.
Au début de sa carrière, Thierry Dauxois s’est intéressé aux ondes non linéaires, notamment aux solitons, ces ondes capables de se propager sur de longues distances en conservant leur forme. Les tsunamis en constituent un exemple naturel spectaculaire. Ses travaux ont porté sur leur caractérisation, leur stabilité et leur rôle dans différents champs scientifiques, de la matière condensée à la biophysique, en passant par l’hydrodynamique.
Il a ensuite approfondi les liens entre mécanique statistique et dynamique non linéaire, en étudiant notamment l’influence de structures cohérentes sur la thermodynamique et la dynamique des systèmes physiques. Ses recherches l’ont aussi conduit vers les systèmes à forces de longue portée, comme les plasmas, les systèmes gravitationnels, les fluides à deux dimensions ou certains phénomènes liés à la géophysique.
Au fil des années, son activité s’est élargie vers la dynamique des fluides stratifiés en densité ou en rotation, comparables à ceux que l’on observe dans les océans. Dans ce domaine, Thierry Dauxois a progressivement combiné approches théoriques, analyses mathématiques et expérimentations. Cette évolution traduit une démarche scientifique attachée à la compréhension fondamentale des phénomènes physiques, mais ouverte aux interactions entre disciplines.

Son parcours a également été marqué par une forte dimension internationale. Recruté par le CNRS en 1994, Thierry Dauxois a effectué plusieurs séjours longs à l’étranger, notamment au Los Alamos National Laboratory, aux États-Unis, à Florence, en Italie, ainsi qu’au Scripps Institution of Oceanography à San Diego. Ces expériences ont nourri une carrière tournée vers la collaboration scientifique et le dialogue entre équipes de recherche.
Nommé directeur de recherche CNRS en 2006, il a dirigé de 2006 à 2010 le groupement de recherche CNRS « Phénix », consacré à la physique statistique et à la physique non linéaire. Il a ensuite présidé, de 2010 à 2012, la section 02 du Comité national de la recherche scientifique, dédiée aux théories physiques, méthodes, modèles et applications.
Son engagement dépasse le cadre strict des laboratoires. Depuis cinq ans, Thierry Dauxois est membre du Conseil scientifique de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques. Il a également été auditeur de l’Institut des hautes études de défense nationale, signe d’un intérêt pour les enjeux stratégiques liés à la science, à la souveraineté et aux politiques publiques.
À la tête du CNRS, il hérite d’un organisme central dans le paysage scientifique français. Présent dans toutes les grandes disciplines, le CNRS joue un rôle déterminant dans la recherche fondamentale, les coopérations universitaires, les grands projets internationaux et l’attractivité scientifique de la France. Sa nomination intervient dans un contexte où la recherche est de plus en plus appelée à répondre à des enjeux majeurs : transition écologique, santé, numérique, souveraineté technologique, énergie, espace ou encore compréhension des sociétés.
Dans sa première déclaration, Thierry Dauxois a placé son mandat sous le signe de l’ambition scientifique et de la souveraineté. « Le CNRS est un organisme exceptionnel, dont la mission n’a jamais été aussi nécessaire. Je m’attacherai à lui donner les moyens d’agir, au service d’une recherche fondamentale ambitieuse qui demeure la première condition de notre souveraineté scientifique comme de notre rayonnement international », a-t-il souligné.
Cette prise de position affirme clairement l’importance accordée à la recherche fondamentale. Pour le nouveau PDG du CNRS, la science ne peut être réduite à ses seules applications immédiates. Elle constitue aussi un socle indispensable pour anticiper les grandes ruptures, former les générations futures de chercheurs et garantir à la France une capacité d’innovation indépendante.
Auteur de plus d’une centaine d’articles scientifiques et organisateur de dix-huit colloques internationaux, Thierry Dauxois arrive à la tête du CNRS avec une double légitimité : celle d’un chercheur reconnu par ses pairs et celle d’un responsable ayant déjà exercé des fonctions de direction au sein de grandes institutions scientifiques.
Pour l’Université Bourgogne Europe, cette nomination représente un motif de fierté. Elle rappelle qu’un parcours de recherche de dimension nationale et internationale peut trouver ses premières racines dans les laboratoires universitaires régionaux. À Dijon, où Thierry Dauxois a réalisé sa thèse, cette désignation vient mettre en lumière la contribution de la Bourgogne à la formation de personnalités scientifiques appelées à occuper des responsabilités majeures.
Avec l’arrivée de Thierry Dauxois, le CNRS ouvre une nouvelle page de son histoire. Entre défense de la recherche fondamentale, affirmation du rôle stratégique de la science et rayonnement international, le nouveau président-directeur général devra désormais traduire cette ambition en orientations concrètes pour l’un des piliers de la recherche française.
