À Chenôve, le projet immobilier porté par Nexity sur l’emprise de l’ancienne entreprise Royer et de l’ancienne droguerie Royer, entre les rues Jules-Ferry et Maxime-Guillot, suscite une vive inquiétude chez plusieurs riverains. En cause : la construction annoncée de 48 logements répartis dans trois bâtiments, au cœur d’un quartier pavillonnaire. Les habitants concernés ne disent pas refuser toute construction, mais dénoncent une opération qu’ils jugent disproportionnée, insuffisamment concertée et lourde de conséquences pour leur cadre de vie.
« Nous veillerons à l’accueil des nouveaux habitants comme au cadre de vie de ses actuels résidents. » Le 15 mars 2026, au soir de sa réélection, Thierry Falconnet, maire de Chenôve, affichait cette ligne de conduite dans un message adressé aux habitants. Quelques mois plus tard, ces mots résonnent avec une acuité particulière rues Jules-Ferry et Maxime-Guillot, où un projet immobilier porté par Nexity cristallise aujourd’hui les inquiétudes d’une partie du voisinage.
Sur ce terrain occupé jusqu’ici par l’entreprise Royer et l’ancienne droguerie Royer, un programme de 48 logements, répartis dans trois bâtiments, doit voir le jour. D’après les éléments communiqués par les riverains, la vente du terrain et du bâti serait intervenue en décembre 2025, en toute discrétion. Le permis de construire aurait ensuite été signé par le maire, Thierry Falconnet, début mai 2026. Les habitants affirment, eux, n’avoir découvert le projet qu’au moment de l’affichage du panneau réglementaire de déclaration préalable ou de permis de construire, fin mai.
C’est précisément ce calendrier qui nourrit aujourd’hui leur colère. Non pas parce qu’ils contesteraient, par principe, toute évolution du quartier. Mais parce qu’ils estiment avoir été mis devant le fait accompli, dans un secteur où les maisons individuelles, les jardins et les rues étroites composent encore l’essentiel du paysage urbain.
« L’idée n’est pas d’interdire la construction »
Chez les riverains mobilisés, le message se veut nuancé. Ils le répètent : leur opposition n’est pas dirigée contre l’acte de construire en lui-même. Ils disent comprendre la nécessité de créer de nouveaux logements, d’accueillir de nouveaux habitants et de permettre à la ville d’évoluer. Mais ils refusent que cette évolution se fasse, selon eux, sans dialogue et sans prise en compte des équilibres existants.
« L’idée n’est pas d’interdire la construction et de refuser toute évolution au sein de ce quartier, mais cela doit-il se faire à n’importe quel prix pour ceux qui, depuis de nombreuses années, y vivent, investissent du temps et de l’argent dans leur maison ? », résument plusieurs habitants.
Pour eux, le problème tient à la fois à la méthode et au volume du projet. Méthode, d’abord, parce qu’ils assurent ne pas avoir été associés aux réflexions en amont. Volume, ensuite, parce qu’ils redoutent l’insertion de trois bâtiments collectifs dans un environnement pavillonnaire, en particulier dans la petite rue Jules-Ferry, déjà perçue comme peu adaptée à une augmentation importante du trafic, du stationnement et des passages.
Au fil des échanges, un mot revient régulièrement : « écrasement ». C’est celui qu’emploie Lionel Faisy, riverain directement concerné par le projet. Avec son épouse Karine, il a acheté sa maison en décembre 2001. Depuis près de vingt-cinq ans, le couple y a engagé de nombreux travaux, au fil des week-ends, des économies et des années passées à améliorer le bien.
« On a acheté la maison avec Karine en décembre 2001. Ça fait 25 ans qu’on fait des travaux dedans. Vous voyez, c’est plutôt agréable intérieurement, extérieurement », raconte-t-il. Mais aujourd’hui, ce cadre de vie pourrait, selon lui, être profondément bouleversé.

« Une construction qui va nous écraser »
Ce que Lionel Faisy reproche au projet ? D’abord sa masse, sa hauteur, sa proximité avec les habitations existantes. « On reproche le fait que ça ne respecte pas les volumes. On se retrouve avec une construction qui va nous écraser. Ça va faire un mur un peu à perte de vue en hauteur, qui est vraiment au bord de notre terrain, devant nos fenêtres, et qui va rajouter du bruit », explique-t-il.
À ses yeux, les nuisances ne se limitent pas au bruit ou à la perte éventuelle d’ensoleillement. Ces éléments comptent, bien sûr, mais ils ne sont pas les seuls. Ce qu’il redoute avant tout, c’est la rupture d’échelle entre les maisons existantes et les futurs bâtiments. « On pourrait dire que c’est presque accessoire, mais véritablement, c’est le côté masse qu’il va y avoir. Il y aura du soleil en moins le soir, des choses qu’on pourrait passer au second plan. Mais c’est vraiment l’effet d’écrasement. C’est le mot écrasement qu’il va y avoir. L’effet d’occultation et d’écrasement, ce sont les deux mots qu’on a essayé de répéter au maire, tant et plus, et qu’il n’entend pas. »
Selon les riverains, le projet serait conforme au PLUi-HD, le plan local d’urbanisme intercommunal tenant lieu de programme local de l’habitat et de plan de déplacements urbains. Mais cette conformité réglementaire ne suffit pas, à leurs yeux, à rendre l’opération acceptable sur le terrain.
Lionel Faisy insiste sur ce point : les habitants n’auraient pas contesté un bâtiment moins haut, mieux intégré, ou pensé en concertation avec eux. « On a toujours dit : que le bâtiment fasse 9 mètres, OK. On sait qu’il va falloir construire, on sait que ça fait partie de l’évolution. Mais à un moment, vous auriez pu nous concerter, on aurait pu être force de proposition. Les gens dans la rue sont quand même relativement intelligents. »
Selon lui, c’est notamment l’ajout d’un étage en attique qui change l’échelle du projet. « Là, le premier projet avec deux étages, on est à un peu plus de 9 mètres. Et si on rajoute l’attique au-dessus, on arrive à environ 13,50 mètres. Donc entre 3 et 4 mètres nous font mal, parce que ça change tout. »
Une découverte tardive du projet
Les habitants affirment avoir découvert le projet tardivement. Lionel Faisy explique que l’alerte serait d’abord venue d’un voisin attentif aux mouvements observés sur le terrain. « On l’a appris par Roland, un voisin qui surveillait depuis quelques mois. Il avait déjà vu les études de sol qui avaient été faites, puisque c’est une ancienne usine de peinture. Il avait vu les gars faire les études de sol. Et ensuite, début mai, on a vu la signature du permis de construire. »
Pour les riverains, cette découverte a été brutale. Ils affirment ne pas avoir été informés en amont par la mairie. « Aucune concertation », déplore Lionel Faisy. « Il y avait des bruits qui ont couru, a priori, mais nous, on n’a rien eu d’explicite, rien qui nous aurait mis la puce à l’oreille. »

C’est là l’un des principaux griefs du collectif : ne pas avoir été associés à la réflexion alors que l’opération concerne directement leur quotidien. À leurs yeux, un projet de 48 logements dans un quartier pavillonnaire ne peut pas être traité comme une simple opération privée, sans dialogue préalable avec les habitants les plus exposés.
Une demande de rendez-vous avec le maire restée sans suite directe
Face à leurs inquiétudes, les riverains ont tenté d’obtenir un rendez-vous avec Thierry Falconnet. D’après les éléments transmis, une demande officielle aurait été adressée le 23 mai 2026 afin de rencontrer personnellement le maire de Chenôve, signataire du permis de construire. Le 26 mai, une réponse leur aurait proposé une rencontre le vendredi 12 juin 2026 à 8h30 à la Maison des projets, non pas avec Thierry Falconnet, mais avec Victor Le Monier, 8e adjoint au maire chargé de l’Attractivité du territoire, des Travaux et de la valorisation du patrimoine, du Cadre de vie et de la propreté, ainsi que des Parcs et jardins.
Cette proposition n’a pas satisfait le collectif. Dans un courrier adressé le 28 mai à Thierry Falconnet, les habitants ont expliqué pourquoi ils souhaitaient rencontrer le maire lui-même. « Une proposition de rendez-vous avec Monsieur Victor Le Monier, votre adjoint, élu sans doute aux qualités multiples, ne saurait convenir à la situation et se substituer à la place que vous occupez comme signataire de ce permis de construire », écrivent-ils.
Le courrier se veut direct, mais aussi politique au sens local du terme : les riverains disent reconnaître au maire l’autorité et la responsabilité sur ce type de dossier. « Nous avons un besoin urgent d’échanger avec vous personnellement, qui êtes le seul décideur et signataire final de ce permis de construire. En effet, nous avions sollicité une rencontre avec vous, pas sur un simple caprice de riverains en mal d’action, mais parce que nous vous reconnaissons l’autorité sur le territoire de la commune de Chenôve dans les moments les plus critiques de la vie de cette ville. Vous avez su vous exposer lorsqu’il le fallait. »
Malgré cette relance, la position de la mairie serait restée inchangée : l’entretien aurait bien lieu avec Victor Le Monier. Les riverains l’ont finalement rencontré, mais plusieurs d’entre eux disent être ressortis déçus, avec le sentiment que leurs inquiétudes n’avaient pas été réellement entendues.
« On aurait aimé que le maire se mette en face de ses concitoyens »
Pour Lionel Faisy, cette absence de rencontre avec Thierry Falconnet est vécue comme un symbole. « Nous, déjà, on aurait aimé que le maire, à un moment, se mette en face de ses concitoyens. On lui a écrit deux fois, deux courriers animés de beaucoup de revendications, mais surtout aussi d’un peu de désespoir. »
Le riverain insiste sur l’investissement personnel et financier consenti par les habitants dans leurs maisons. Pour beaucoup, ces pavillons ne sont pas de simples biens immobiliers. Ils représentent des années de travail, de vie familiale, d’ancrage dans un quartier. « On a mis de l’argent, on a investi. Avec Karine, ça fait dix jours que, quand on a su ça, on n’a pas dormi. On s’est demandé : mais qu’est-ce qui nous arrive ? »
Il estime que la mairie aurait pu jouer un rôle d’arbitre, ou au moins de médiateur, face au projet présenté par le promoteur. « Ce qu’on demandait à la mairie, c’est qu’à un moment elle puisse dire non au projet en voyant qu’il ne s’insérait pas correctement. Nous, c’est un problème d’insertion. »

La crainte d’une perte de valeur et d’un déclassement du cadre de vie
Au-delà de la gêne visuelle ou sonore, les riverains redoutent aussi une dévalorisation de leur patrimoine. Lionel Faisy évoque une estimation à la baisse de sa maison. « Là, l’estimation, c’est qu’on perd 50 000 euros sur la maison », affirme-t-il. Il rapporte également une remarque attribuée à Victor Le Monier lors de la rencontre du 12 juin : selon le riverain, l’adjoint aurait fait valoir que les habitants avaient déjà réalisé une plus-value sur leurs biens au fil des années.
Une réponse qui passe mal. « Oui, moi, j’ai bossé tous mes week-ends depuis 25 ans dedans. Donc c’est peut-être mérité », réagit Lionel Faisy.
Derrière cette phrase se lit un sentiment plus profond : celui d’un déclassement brutal, d’une dépossession du cadre de vie patiemment construit. « Ça fait 25 ans qu’on s’implique. Nos enfants ont été à l’école. On participe à la vie de Chenôve. Et d’un coup de baguette magique, on dit : voilà, 48 logements, c’est bon pour Nexity. Et vous, tant pis, vous allez vous débrouiller. C’est ça qui fout les boules. Franchement, c’est de dire qu’on ne compte pour rien. »
Le stationnement, la circulation et la vie quotidienne en question
Les inquiétudes ne portent pas seulement sur la hauteur des bâtiments. Pour le collectif, la circulation et le stationnement figurent également parmi les préoccupations majeures. Dans un quartier pavillonnaire composé de rues relativement étroites, l’arrivée de 48 logements pourrait, selon les habitants, modifier les usages quotidiens.
Même si les programmes immobiliers prévoient généralement des places de stationnement internes, les riverains craignent que les visiteurs, les livraisons, les services ou certains résidents viennent se garer dans les rues voisines, en particulier rue Jules-Ferry. À leurs yeux, cette pression supplémentaire risque d’accentuer des difficultés déjà existantes.
Ils redoutent également une augmentation des passages piétons et automobiles, ainsi qu’une perte de tranquillité dans un secteur jusqu’ici marqué par une ambiance résidentielle. Là encore, la question posée n’est pas seulement celle du nombre de logements, mais de l’adaptation du quartier à cette nouvelle densité.
Un dossier qui dépasse le seul terrain Royer
Pour les riverains mobilisés, le projet Nexity n’est pas un cas isolé. Il s’inscrit, selon eux, dans une dynamique plus large de transformation urbaine du sud de Chenôve et de l’axe Carraz. Plusieurs habitants disent craindre une succession d’opérations immobilières sur des terrains libérés ou susceptibles de l’être, avec le sentiment que leur quartier pourrait changer d’échelle sans vision partagée.
Cette inquiétude rejoint les débats plus larges autour de la densification urbaine dans la métropole dijonnaise. Partout, les communes doivent composer avec des besoins en logements, des objectifs de sobriété foncière, la nécessité de reconstruire la ville sur elle-même et la volonté de préserver des espaces naturels ou agricoles. Mais sur le terrain, ces objectifs généraux se heurtent parfois à la réalité vécue par les habitants, surtout lorsque les nouveaux programmes s’insèrent dans des tissus pavillonnaires anciens.
À Chenôve, la question posée par les riverains est donc simple : comment construire sans brutaliser ? Comment accueillir de nouveaux habitants sans sacrifier le cadre de vie de ceux qui sont déjà là ? Comment densifier sans donner le sentiment d’imposer ?

Une attente de dialogue
Aujourd’hui, les habitants demandent avant tout à être entendus. Ils souhaitent que le projet soit réexaminé, ou à tout le moins discuté, afin de réduire son impact sur les maisons voisines. Ils réclament une vraie concertation, et pas seulement une information une fois les décisions prises.
« On aurait pu être force de proposition », répète Lionel Faisy. Cette phrase résume sans doute le cœur du malaise. Les riverains ne veulent pas seulement contester. Ils veulent participer, comprendre, peser sur les choix qui affectent directement leur environnement immédiat.
Reste désormais à savoir quelle suite sera donnée à leur mobilisation. Le permis de construire ayant été accordé, les marges de manœuvre semblent plus étroites. Mais politiquement, le dossier place la municipalité face à une équation sensible : tenir ensemble l’accueil de nouveaux habitants et la préservation du cadre de vie des résidents actuels, conformément aux engagements affichés par Thierry Falconnet au lendemain de sa réélection.
Nous avons saisi le maire de Chenôve, Thierry Falconnet, qui a accepté de répondre à nos questions sur le sujet.
Selon eux, le permis de construire aurait été signé sans qu’ils aient été informés en amont de l’existence et de l’ampleur du projet. La Ville estime-t-elle qu’une concertation a bien eu lieu avant la délivrance du permis de construire ? Si oui, sous quelle forme et à quelles dates ?
Thierry Falconnet : Le projet concerné est une opération privée portée par un promoteur privé sur un terrain privé. Il ne relève donc pas d’une procédure de concertation préalable organisée par la Ville comme cela peut être le cas pour des opérations d’aménagement publiques pour lesquels la ville de Chenôve et sa municipalité sont plus qu’actives en matière de concertation et de démocratie participative.
En revanche, dès les premières interrogations exprimées par des riverains auprès de nos services, notamment à la Maison du Projet dès mars dernier, pendant l’instruction du permis de construire, nous avons fait le nécessaire pour les mettre en lien avec le promoteur. Nexity s’était dès lors engagé à organiser des rencontres individuelles.
Après la délivrance du permis de construire, la Ville a poursuivi cette démarche d’information en proposant rapidement une rencontre avec les habitants concernés et les services municipaux le 12 juin dernier.
Je rappelle que le maire agit au nom de la collectivité, mais il agit aussi sous le contrôle de la loi et du juge administratif. Refuser illégalement un permis expose la commune à une annulation de sa décision par le tribunal administratif, à une condamnation pour faute, voire à devoir indemniser le porteur de projet du préjudice subi à hauteur de plusieurs centaines de milliers d’euros. Ce sont alors les contribuables, c’est-à-dire l’ensemble de la Ville, qui supportent le coût d’une décision contraire au droit. Ce ne serait pas une gestion responsable de l’argent public.
J’entends que certains puissent ressentir une forme de déception ou même employer des mots très forts comme « trahison ». Je respecte ces émotions, mais je ne peux pas partager cette qualification.
Depuis le début, la Ville a répondu à chaque sollicitation, proposé des rencontres, reçu les habitants et répondu par écrit. On peut être en désaccord avec une décision sans réécrire les faits.
J’observe d’ailleurs une contradiction dans certaines prises de parole publiques. Il est affirmé que personne n’aurait été informé de l’existence d’un projet sur cette emprise. Dans le même temps, plusieurs témoignages rappellent qu’un précédent projet porté par un autre promoteur avait déjà suscité une forte mobilisation il y a quelques années, au point que certains riverains aient choisi d’acquérir une partie des terrains pour empêcher sa réalisation.
Cela montre bien que cette emprise était identifiée depuis longtemps comme un site susceptible d’accueillir une opération immobilière privée.
Les riverains indiquent également avoir sollicité un rendez-vous avec vous, en votre qualité de maire de Chenôve et de signataire du permis de construire. Ils expliquent avoir finalement été reçus par Monsieur Victor Le Monier, 8e adjoint au maire. Pour quelles raisons n’avez-vous pas reçu directement le collectif ?
Thierry Falconnet : Les demandes des riverains ont bien été prises en compte. Conformément à l’organisation de la municipalité, il a été proposé qu’ils soient reçus par Monsieur Victor Le Monier, adjoint au maire en charge du cadre de vie et des travaux, accompagné des services compétents. Cette réunion s’est effectivement tenue le 12 juin en présence d’une quinzaine d’habitants.
À son issue, j’ai personnellement adressé un courrier aux participants afin de leur confirmer que leurs observations avaient été entendues et qu’elles seraient transmises au promoteur.
Je comprends que certains habitants aient souhaité me rencontrer personnellement. Le maire peut représenter, dans certaines situations, une figure d’autorité ou de référence qui rassure, notamment lorsqu’un projet suscite des interrogations. Je respecte pleinement cette attente.
Pour autant, une commune ne fonctionne pas autour d’un seul élu. Le maire n’est ni l’alpha, ni l’oméga de la représentation locale. Notre démocratie municipale repose sur une équipe d’élus auxquels les habitants ont également accordé leur confiance. Chacun exerce des délégations précises et assume pleinement les responsabilités qui lui sont confiées.
En l’espèce, il était donc naturel que mon adjoint reçoive les riverains. C’est précisément son domaine de compétence, et j’ai toute confiance dans sa capacité à conduire ce dialogue au nom de la municipalité. Cette rencontre n’avait rien d’un rendez-vous « au rabais » comme certains voudraient la qualifier. Elle traduisait au contraire notre volonté d’apporter une écoute attentive.
Je revendique une conception du mandat de maire qui fait confiance aux adjoints. Les délégations que je leur confie ne sont pas de simples titres ; elles correspondent à de véritables responsabilités. C’est aussi cela, le respect du fonctionnement démocratique d’une équipe municipale.
Par ailleurs, plusieurs banderoles ont été installées sur les façades de riverains opposés au projet. Comment la municipalité interprète-t-elle cette mobilisation ? Considérez-vous qu’elle traduit une inquiétude particulière sur ce dossier ?
Thierry Falconnet : Ces banderoles traduisent des inquiétudes exprimées par une partie des riverains concernant l’évolution de leur quartier. Je comprends ces préoccupations, notamment lorsqu’un projet immobilier est susceptible de modifier les perceptions du cadre de vie. Le rôle de la municipalité est d’écouter ces inquiétudes, d’expliquer le cadre dans lequel elle intervient et de veiller au respect des règles d’urbanisme applicables.
Avez-vous pris le temps de regarder le projet et les plans afin de mesurer l’impact sur la vie des riverains, car ceux-ci disent qu’il y a une absence totale de photos et de docs graphiques faisant état de la construction par rapport à leurs maisons (article 431-10 du code de l’urbanisme) ?
Thierry Falconnet : Oui, les services ont naturellement étudié l’ensemble des pièces constituant le dossier de permis de construire avant sa délivrance. S’agissant de la conformité du dossier au regard des exigences du Code de l’urbanisme, cette question fait aujourd’hui partie des moyens soulevés dans un recours gracieux actuellement en cours d’instruction. La Ville y répondra dans le cadre de cette procédure, après analyse juridique de la métropole.
Refuser un permis de construire qui respecte les règles d’urbanisme ne serait pas seulement contraire au droit. Une telle décision serait très vraisemblablement annulée par le juge administratif et pourrait conduire la commune à indemniser le promoteur pour le préjudice subi. Je comprends que certains puissent considérer que ce projet porte atteinte à leur cadre de vie ou qu’il mériterait d’être revu sur certains aspects. S’ils estiment que l’autorisation délivrée méconnaît des dispositions réglementaires ou porte atteinte à vos intérêts dans les conditions prévues par la loi, je les invite à exercer les voies de recours ouvertes par le Code de l’urbanisme.
Enfin, la Ville est-elle prête à organiser une rencontre réunissant les riverains, Nexity et vous-même, afin d’échanger directement sur les inquiétudes exprimées, notamment concernant l’insertion du projet dans le quartier, la hauteur des bâtiments, la circulation, le stationnement et le cadre de vie ?
Thierry Falconnet : Le projet étant une opération privée, il appartient au maître d’ouvrage d’échanger sur les choix de conception et les éventuelles adaptations du programme.
Je comprends parfaitement que ce projet puisse susciter des interrogations chez certains riverains. Lorsqu’un quartier évolue, chacun s’interroge légitimement sur son cadre de vie. Notre responsabilité est d’être à l’écoute de ces préoccupations, ce que nous avons fait depuis les premières sollicitations des habitants.
Dans le même temps, le maire ne dispose pas d’un pouvoir discrétionnaire en matière de permis de construire. Cela n’empêche ni le dialogue ni la vigilance. Comme je l’ai indiqué précédemment, les remarques exprimées par les habitants ont été entendues, transmises au promoteur et la Ville continuera à veiller au respect des prescriptions attachées au permis délivré ainsi qu’au bon déroulement de cette opération.
Le fond du débat dépasse ce seul projet. Il pose une question de société : où construit-on les logements dont notre territoire a besoin ?
Chacun souhaite naturellement préserver son environnement immédiat. C’est humain. Mais si chaque projet est refusé au motif qu’il est situé près d’habitations existantes, alors plus aucun logement ne pourra être construit dans les secteurs déjà urbanisés. Il manque 20000 logements sur la métropole, selon les estimations de l’an dernier.
La conséquence est connue : moins de logements, des prix qui augmentent encore davantage et des familles, des jeunes ménages, des salariés ou des personnes âgées qui ne trouvent plus à se loger. Notre responsabilité est de trouver un équilibre entre la qualité de vie des riverains et le droit de chacun à accéder à un logement.
Je refuse une vision selon laquelle les premiers arrivés auraient vocation à figer définitivement la ville. Une ville est un organisme vivant. Elle doit évoluer, accueillir de nouveaux habitants, permettre aux enfants de Chenôve de pouvoir demain se loger dans leur commune, sans pour autant renoncer à la qualité architecturale et au cadre de vie. C’est précisément cet équilibre que nous recherchons.
Je comprends parfaitement les préoccupations des riverains. Mais je suis aussi le maire des habitants d’aujourd’hui … et de ceux de demain. Mon quotidien, c’est d’arbitrer et défendre des intérêts légitimes, sans céder à l’idée que l’intérêt particulier doit primer sur l’intérêt général.
Dans les rues Jules-Ferry et Maxime-Guillot, les riverains attendent toujours un geste fort. Pour eux, le débat ne se résume pas à une opposition entre anciens et nouveaux habitants, ni à un refus de construire. Il touche à une question plus intime, plus concrète : la manière dont une ville évolue, et la place qu’elle accorde à ceux qui y vivent déjà.
Du côté de Nexity, que nous avons également sollicité, les choses sont claires : « Ce projet de 48 logements, mixant habitat collectif et maisons, s’inscrit dans le cadre réglementaire en vigueur, avec un permis de construire obtenu. Depuis le lancement, nous avons engagé une démarche de dialogue avec les riverains, avec des échanges directs et des rencontres sur site. Nous restons à l’écoute des préoccupations exprimées ; des ajustements pourront être réalisés en conséquence. Notre objectif est de concilier qualité du projet et bonne intégration dans son environnement, et nous poursuivrons ces échanges tout au long du projet.
Nous répondons à chaque sollicitation, comme celle de M. Faisy, qui nous a contactés et à qui nous avons proposé un rendez-vous au cours de la semaine prochaine ».
Il convient toutefois de préciser que Nexity a bien répondu à l’ensemble des questions de M. Faisy, mais seulement après avoir été sollicitée par notre rédaction. De la même manière, le rendez-vous proposé aux riverains afin d’ouvrir une véritable concertation est intervenu après notre prise de contact avec l’entreprise, dans le cadre du respect du contradictoire. Un élément qui mérite, selon nous, d’être porté à la connaissance des lecteurs.
Entre impératif de construction, respect du droit de l’urbanisme et inquiétudes très concrètes des habitants, le dossier Royer illustre toute la difficulté de faire évoluer la ville sans rompre le lien de confiance avec ceux qui y vivent déjà. À Chenôve, le projet n’a pas seulement ouvert un débat sur la hauteur des bâtiments ou le nombre de logements : il interroge la place donnée au dialogue dans les transformations urbaines. Les prochaines semaines diront si les échanges annoncés permettront d’apaiser les tensions, d’ajuster le projet ou, au contraire, de confirmer le sentiment des riverains d’avoir été entendus trop tard.
