Dans la nuit du 14 au 15 juillet, un incendie volontaire a semé la terreur dans un immeuble de la rue Henri-Becquerel, à Dijon. Une quarantaine d’habitants ont dû être évacués, certains par les fenêtres. Alors que des familles, notamment des enfants, ont été directement mises en danger, les réactions politiques publiques se font attendre. Un silence incompréhensible et indigne de la gravité des faits.
Ce n’était pas un simple feu de poubelle. Ce n’était pas une dégradation matérielle de plus que l’on pourrait reléguer dans la rubrique des incidents estivaux. Dans la nuit du mardi 14 au mercredi 15 juillet 2026, un incendie s’est déclaré au premier étage d’un immeuble situé rue Henri-Becquerel, dans le quartier des Grésilles, à Dijon. Une quarantaine de locataires ont dû être évacués en urgence, notamment par les fenêtres. Plusieurs habitants ont raconté avoir pensé qu’ils allaient mourir. Une enquête a été ouverte, l’origine criminelle de l’incendie étant privilégiée.
Autrement dit, une ou plusieurs personnes auraient volontairement allumé un feu dans un immeuble occupé, en pleine nuit, alors que des adultes et des enfants dormaient à quelques mètres des flammes et des fumées.
Il faut mesurer la violence d’un tel acte. Mettre volontairement le feu à une résidence, ce n’est pas simplement incendier une poubelle devant un immeuble ou sur la voie publique. C’est exposer délibérément des habitants au risque d’être intoxiqués, grièvement blessés, voire tués.
Des habitants terrorisés, puis abandonnés au silence
Les locataires de la rue Henri-Becquerel n’oublieront probablement jamais cette nuit. Certains ont dû fuir précipitamment. D’autres ont attendu les secours avec la peur de rester prisonniers des fumées. Des parents ont dû protéger leurs enfants dans une situation où chaque minute pouvait compter.
Pourtant, à l’heure où ces lignes sont publiées, aucune réaction publique spécifiquement consacrée à cet incendie n’a été retrouvée sur les canaux officiels consultés de la municipalité ou des principaux groupes d’opposition cités.
Pas un message clairement identifiable pour soutenir les familles. Pas une condamnation publique à la hauteur de l’acte.
Pas un mot pour dire aux habitants des Grésilles que leur peur compte autant que celle des résidents de n’importe quel autre quartier dijonnais. Ce silence n’est pas anodin. Lorsqu’un incendie potentiellement meurtrier frappe un immeuble habité, la solidarité politique ne devrait dépendre ni de l’adresse des victimes, ni de leur statut social, ni de l’attention médiatique accordée à l’affaire.
Où sont les oppositions qui font de la sécurité leur priorité ?
Le groupe Agir pour Dijon affirme vouloir être particulièrement vigilant sur les questions de sécurité et de vie quotidienne. Il compte neuf élus municipaux et se présente comme une opposition « exigeante » au sein du conseil municipal.
Le Rassemblement dijonnais place lui aussi la sécurité au premier rang de ses priorités politiques. Trois de ses représentants siègent désormais au conseil municipal.
Alors, où sont-ils lorsque des individus mettent volontairement le feu à une résidence en pleine nuit ?
On peut multiplier les déclarations sur l’insécurité pendant les campagnes électorales. On peut publier des communiqués après une rixe, une fusillade ou une dégradation. Mais la crédibilité politique se mesure également lorsque les victimes sont des locataires anonymes, vivant dans un quartier populaire et ne disposant d’aucune tribune pour faire entendre leur traumatisme.
Condamner cet acte ne demande aucune enquête politique complexe. Il suffit d’écrire que mettre le feu à un immeuble occupé est criminel, que les habitants doivent être accompagnés et que les auteurs devront être identifiés, interpellés et jugés avec la plus grande fermeté.
Le silence de la majorité interroge tout autant
La majorité municipale ne peut pas davantage regarder ailleurs. Nathalie Koenders sait prendre publiquement la parole après un drame. Après l’incendie mortel survenu boulevard de la Marne au début du mois de juillet, la maire de Dijon avait exprimé sa solidarité envers les victimes et remercié les secours.
Le 16 juillet, la Ville a également publié un long communiqué pour soutenir les Dijonnais touchés par les importants dégâts provoqués par les chutes de grêle de la veille.
Cette mobilisation institutionnelle était légitime. Mais elle rend encore plus visible l’absence, à ce stade, d’une parole publique équivalente pour les habitants de la rue Henri-Becquerel.
Des véhicules endommagés par la grêle méritent l’attention de la municipalité. Des familles contraintes de fuir un incendie criminel par les fenêtres la méritent au moins autant.
Les habitants des Grésilles ne sont pas des citoyens de seconde zone
Le quartier des Grésilles a déjà été frappé à plusieurs reprises par des incendies volontaires et des actes de violence. Lorsque des bâtiments publics avaient été visés en 2025, la maire et le préfet avaient publiquement condamné les faits. Pourquoi la parole politique semble-t-elle aujourd’hui beaucoup plus discrète lorsqu’un immeuble d’habitation et ses locataires sont directement touchés ?
Les habitants n’attendent pas des responsables politiques qu’ils se substituent aux enquêteurs. Ils attendent une condamnation sans ambiguïté, un accompagnement concret et la garantie que tout sera fait pour éviter qu’un tel acte se reproduise.
Il n’est pas nécessaire de connaître l’identité des incendiaires pour condamner le fait d’avoir mis des dizaines de vies en danger. Il n’est pas nécessaire d’attendre les conclusions judiciaires pour adresser un message de soutien aux familles traumatisées.
Le silence n’est pas de la prudence lorsqu’il s’agit de manifester de la solidarité. Il ressemble davantage à de l’indifférence. Les habitants de la rue Henri-Becquerel ont échappé au pire. La moindre des choses serait désormais que leurs représentants trouvent enfin les mots.
