Les Jeunes Socialistes de Côte-d’Or ont lancé une pétition en ligne pour témoigner de leur soutien aux sapeurs-pompiers du SDIS 21 et demander l’organisation d’une cérémonie à l’issue des épisodes d’incendies. Une initiative qui peut sembler généreuse, mais qui interroge par son absence de revendications concrètes et son caractère éminemment politique.
Depuis plusieurs jours, la Côte-d’Or est touchée par une succession d’incendies de forêt et de végétation. Sur l’ensemble du département, les sapeurs-pompiers sont mobilisés pour protéger les habitants, les exploitations agricoles, les habitations et les espaces naturels.
Dans ce contexte difficile, les Jeunes Socialistes de Côte-d’Or ont lancé une pétition intitulée « Soutien au SDIS 21 face aux incendies qui frappent la Côte-d’Or ». Le principe affiché est simple : « une signature égale un soutien à nos pompiers mobilisés ».
Le texte rappelle l’engagement quotidien des femmes et des hommes du SDIS 21, les nombreuses interventions réalisées sur le territoire ainsi que le rôle des comportements humains dans le déclenchement des incendies. Il demande également à François Sauvadet, président du Conseil départemental de la Côte-d’Or, d’organiser une cérémonie afin de remercier les sapeurs-pompiers à l’issue de cette période.
L’intention peut paraître louable. Personne ne peut contester le courage, le professionnalisme et la disponibilité des sapeurs-pompiers. Mais cette pétition pose une question essentielle : de quoi les soldats du feu ont-ils réellement besoin ?
Une signature numérique ne remplace pas les comportements responsables
Les sapeurs-pompiers n’ont pas besoin, en priorité, d’une succession de signatures numériques. Le meilleur soutien que les habitants puissent leur apporter consiste d’abord à adopter des comportements responsables et à respecter strictement les consignes de prévention.
Ne pas jeter un mégot de cigarette par la fenêtre d’une voiture, ne pas allumer de feu ou utiliser du matériel susceptible de produire des étincelles à proximité de végétation sèche, respecter les interdictions d’accès à certains massifs et signaler immédiatement tout départ de feu : voilà des gestes concrets qui peuvent éviter des catastrophes.
La pétition rappelle elle-même qu’une grande majorité des incendies sont liés à l’activité humaine, qu’il s’agisse d’actes volontaires ou de négligences. Dans ces conditions, la priorité devrait être de diffuser largement les messages de prévention, de responsabiliser la population et de soutenir les opérations conduites sur le terrain.
Signer derrière un écran est facile. Modifier ses comportements, respecter les consignes et éviter de mettre inutilement en danger les équipes d’intervention constitue un soutien autrement plus utile.
Où sont les revendications concrètes ?
Cette initiative surprend également par l’absence de revendications précises en faveur du SDIS 21.
Le texte ne demande ni augmentation des moyens humains, ni recrutement supplémentaire, ni renouvellement de véhicules, ni amélioration des équipements de protection. Il ne soulève pas davantage la question de la disponibilité des sapeurs-pompiers volontaires, de leurs conditions d’intervention, de la prévention des risques professionnels ou du financement durable des services d’incendie et de secours.
Aucune difficulté particulière du SDIS 21 n’est précisément identifiée. Aucun manque de moyens n’est documenté. Aucun engagement budgétaire concret n’est réclamé.
La pétition demande essentiellement aux habitants d’exprimer leur gratitude et au président du Conseil départemental d’organiser une cérémonie. Elle relève donc davantage de la communication symbolique que d’une véritable démarche destinée à améliorer les conditions de travail des sapeurs-pompiers.
Une mobilisation politique aurait pu être l’occasion d’ouvrir un débat utile sur les moyens consacrés à la sécurité civile, sur l’adaptation du département au risque croissant d’incendie ou sur le soutien apporté aux volontaires et à leurs employeurs. Ce n’est pas le choix qui a été fait.
Une récupération politique malvenue
Dans un moment où des femmes et des hommes interviennent parfois jour et nuit, dans des conditions éprouvantes, une pétition portée par une organisation politique peut légitimement donner le sentiment d’une tentative de récupération.
Le soutien aux sapeurs-pompiers devrait dépasser les clivages partisans. Il ne devrait pas devenir un instrument permettant à une formation politique de se mettre en scène ou d’interpeller publiquement un responsable institutionnel sans formuler la moindre proposition concrète, du moins dans le cadre de cette pétition.
En demandant directement à François Sauvadet d’organiser une cérémonie, les Jeunes Socialistes placent leur initiative sur le terrain politique. Pourtant, le président du Conseil départemental s’est rendu, jeudi 23 juillet, au centre de traitement de l’alerte et au centre opérationnel départemental d’incendie et de secours, le CTA-CODIS.
Accompagné d’Hubert Poullot, président du conseil d’administration du SDIS 21, il a salué le travail de l’ensemble des sapeurs-pompiers de la Côte-d’Or, mobilisés quotidiennement pour protéger la population et le territoire.
Il est naturellement possible de discuter de l’action du Département et des moyens accordés au SDIS. C’est même le rôle du débat démocratique. Mais encore faut-il présenter des demandes précises, des propositions chiffrées et des solutions crédibles. En l’absence de telles revendications, la pétition ressemble davantage à une opération de communication qu’à un soutien opérationnel.
Une cérémonie n’est pas une politique publique
Remercier les sapeurs-pompiers est évidemment légitime. Une cérémonie peut avoir une valeur symbolique et permettre de mettre en lumière leur engagement. Mais elle ne saurait constituer une réponse suffisante aux défis auxquels ils sont confrontés.
Les soldats du feu ont surtout besoin d’un soutien durable des institutions, de moyens adaptés, de formations, d’équipements performants et d’une véritable politique de prévention des incendies. Ils ont également besoin que les citoyens respectent les règles et ne créent pas, par imprudence, de nouveaux risques.
La reconnaissance ne doit pas se limiter à une photographie, à un discours ou à une pétition mise en ligne au cœur d’une crise. Elle doit se traduire par des décisions publiques, une vigilance collective et des comportements responsables tout au long de l’année.
Le soutien véritable se mesure sur le terrain
Face aux incendies, l’heure devrait être à l’unité, à la prévention et au respect du travail des secours. Les sapeurs-pompiers n’ont pas besoin d’être transformés en arguments politiques. Le meilleur hommage que l’on puisse leur rendre consiste à faciliter leurs interventions, à éviter les comportements dangereux, à respecter les périmètres de sécurité et à garantir au SDIS les moyens nécessaires pour accomplir ses missions. Une signature numérique peut exprimer une émotion ou une gratitude. Mais elle n’éteint aucun feu, ne protège aucune habitation et ne soulage aucune équipe engagée sur le terrain.

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