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Le député LR de Côte-d’Or a écrit à Sébastien Lecornu pour lui rappeler son « souhait d’être nommé » ministre de la Ruralité après le départ annoncé de Michel Fournier. Dans son courrier manuscrit, Hubert Brigand met en avant l’étendue de sa circonscription et sollicite un entretien avec le Premier ministre. La démarche pourrait simplement prêter à sourire si elle ne se heurtait pas à quelques déclarations passées de l’élu. À commencer par celle-ci : en 2025, il estimait qu’il y avait « une quinzaine de ministères en trop ».

Il fallait oser. Hubert Brigand l’a fait. Alors que Michel Fournier vient d’annoncer son prochain départ du gouvernement, le député LR de la 4e circonscription de Côte-d’Or n’a pas attendu l’ouverture officielle d’une quelconque succession. Le 17 septembre, papier à en-tête de l’Assemblée nationale, stylo bleu et ambition parfaitement assumée, il écrit directement à Sébastien Lecornu.

« Monsieur Michel Fournier, “ministre de la Ruralité”, vient de confirmer sa démission du gouvernement », commence-t-il. Puis, sans détour : « J’espère que ce ministère important sera confirmé. » Jusque-là, rien que de très politique. C’est la phrase suivante qui fait entrer le courrier dans une catégorie plus inhabituelle : « J’ai l’honneur de vous rappeler mon souhait d’être nommé à ce poste. »

Au moins, Hubert Brigand ne pratique pas cette spécialité parisienne consistant à expliquer pendant trois jours qu’on ne pense absolument pas à un ministère tout en gardant son téléphone chargé à 100 %. Lui postule. Clairement. TF1/LCI, qui a également obtenu le courrier, parle d’une « initiative insolite » et d’une véritable lettre de motivation adressée au Premier ministre.

Reste alors la question que poserait n’importe quel recruteur : pourquoi lui ? Hubert Brigand apporte sa réponse. Il explique être « le député de la plus grosse et grande circonscription de France », puis déroule les chiffres : 4 640 km², 135 kilomètres du nord au sud et 342 communes. Le CV tient essentiellement dans la géographie. TF1 apporte d’ailleurs une précision utile : le caractère exceptionnel de sa circonscription vaut par le nombre de communes, pas par sa superficie.

Qu’Hubert Brigand connaisse le monde rural, personne ne peut sérieusement le contester. Ancien maire de Châtillon-sur-Seine pendant vingt-sept ans, élu d’un territoire composé d’une multitude de petites communes, il dispose d’une expérience locale qui peut parfaitement nourrir une ambition ministérielle. Il avait déjà rappelé à l’Assemblée, dès 2022, qu’il représentait une circonscription de 342 communes et revendiquait son expérience de maire rural.

Mais c’est précisément là que la lettre surprend. Car pour demander à diriger la politique nationale de la ruralité, Hubert Brigand ne développe dans son courrier aucune proposition. Pas un mot sur les déserts médicaux. Rien sur la disparition des services publics, la mobilité, les commerces des centres-bourgs, l’accès aux soins, le logement, les petites écoles ou les difficultés financières des communes. Pas même quelques lignes pour dire ce qu’il voudrait changer.

La comparaison avec le travail concret du ministère est assez cruelle. Début septembre, Michel Fournier se déplaçait encore dans la Meuse sur des sujets aussi divers que l’hôpital de Commercy, les France Services, les dispositifs itinérants de santé et les projets locaux. Quelques jours plus tard, il visitait en Seine-et-Marne des communes accompagnées par le programme Villages d’avenir. Voilà, très concrètement, une partie du périmètre du portefeuille convoité.

Dans la lettre d’Hubert Brigand, rien de tout cela. L’argumentaire peut grossièrement se résumer ainsi : ma circonscription est immense, elle compte énormément de communes, donc je connais la ruralité et je souhaite devenir ministre. Ce n’est pas absurde. Mais pour une candidature à une fonction gouvernementale, c’est tout de même un peu court. Une grande circonscription fait un député très occupé ; elle ne délivre pas automatiquement un diplôme de ministre.

La dernière partie du courrier ajoute même une petite touche de candidature spontanée particulièrement savoureuse. Hubert Brigand demande à Sébastien Lecornu : « Je vous remercie de m’accorder un entretien pour me présenter, vous expliquer ma façon de travailler, et ce que serait mon engagement loyal à vos côtés. » Autrement dit, le député commence par rappeler qu’il veut être nommé, puis propose d’expliquer lors d’un entretien comment il travaillerait une fois choisi. Pour le projet, prière de prendre rendez-vous.

Mais le véritable sel de l’histoire se trouve ailleurs. Il faut remonter au 30 avril 2025. Ce jour-là, à la tribune de l’Assemblée nationale, Hubert Brigand avait déjà livré une profession de foi rurale particulièrement personnelle. « La ruralité ce n’est pas Mme Gatel, c’est moi, Hubert Brigand ! », avait-il lancé. Le compte rendu officiel de l’Assemblée précise, avec cette sécheresse administrative qui rend la scène encore meilleure : « Sourires sur les bancs du groupe DR. »

Même séance, quelques instants plus tard. Le député s’attaque alors aux dépenses publiques et propose une solution radicale : « Je pense qu’il y a une quinzaine de ministères en trop ! » Il suggère d’utiliser les économies ainsi réalisées pour maintenir les écoles et les lycées ruraux et créer des postes dans les hôpitaux.

Seize mois plus tard, l’homme qui trouvait une quinzaine de ministères superflus écrit donc personnellement au Premier ministre pour s’assurer que celui de la Ruralité sera bien « confirmé » et, tant qu’à faire, demander à en prendre la tête.

Il ne s’agit évidemment pas d’une contradiction absolue : on peut penser que quinze ministères sont inutiles tout en considérant précisément celui de la Ruralité indispensable. Mais politiquement, l’image est irrésistible. Dans la grande opération de débroussaillage gouvernemental proposée par Hubert Brigand, un ministère semble avoir obtenu in extremis son permis de survivre : celui auquel Hubert Brigand aimerait être nommé.

L’affaire est d’autant plus cocasse que le fauteuil pourrait ne pas rester disponible bien longtemps. Michel Fournier a annoncé son départ pour retourner pleinement à l’Association des maires ruraux de France, décision qui était, selon Matignon, envisagée de longue date. Et sa ministre de tutelle, Françoise Gatel, pourrait tout simplement récupérer le portefeuille de la Ruralité.

Il serait injuste de transformer l’épisode en procès de l’ambition. Un député a parfaitement le droit de vouloir devenir ministre, et la franchise d’Hubert Brigand vaut sans doute mieux que les fausses pudeurs de ceux qui jurent ne rien demander avant de découvrir miraculeusement leur nom dans un communiqué de l’Élysée.

Ce qui prête davantage à sourire, c’est la disproportion entre la fonction réclamée et l’argumentaire fourni pour l’obtenir. On aurait pu attendre une vision de la ruralité française ; Matignon reçoit principalement les dimensions de la quatrième circonscription de Côte-d’Or. On aurait pu attendre quelques priorités nationales ; le Premier ministre trouve une demande d’entretien et une promesse d’« engagement loyal ».

Hubert Brigand voulait démontrer qu’il connaît la ruralité. Il aura surtout démontré qu’en politique aussi, il existe des candidatures spontanées. Et qu’avant de supprimer quinze ministères, il vaut parfois mieux vérifier qu’on n’aura pas soi-même envie du seizième.

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