Après un été 2026 particulièrement éprouvant et plusieurs semaines de mobilisation, les sapeurs-pompiers professionnels maintiennent la pression sur le gouvernement. Effectifs insuffisants, financement des services d’incendie et de secours, conditions de travail, exposition aux risques ou encore avenir de la Sécurité civile : les revendications restent nombreuses. Malgré l’annonce d’un milliard d’euros supplémentaire sur cinq ans, le mouvement de grève engagé en septembre se poursuit jusqu’au 20 octobre.
La colère couvait depuis plusieurs mois, mais les incendies de l’été 2026 ont accéléré la mobilisation. Confrontés à des feux particulièrement importants et à une activité opérationnelle toujours soutenue, les sapeurs-pompiers ont de nouveau alerté sur le manque d’effectifs, le vieillissement de certains matériels et la nécessité de renforcer durablement les moyens de la Sécurité civile. Dès le mois d’août, les organisations syndicales dénonçaient des années de sous-investissement et demandaient à l’État de prendre des engagements concrets.
Faute de réponses jugées suffisantes, l’intersyndicale des services d’incendie et de secours a déposé un préavis de grève couvrant la période du 8 septembre au 20 octobre 2026. Celui-ci concerne l’ensemble des personnels des SIS et permet différentes formes de mobilisation, dont la cessation du travail. À ce jour, ce préavis reste en vigueur : le mouvement de grève continue donc.
Des effectifs et des financements au cœur des revendications
Parmi les principales demandes figure d’abord celle d’un financement pérenne et suffisamment important des services départementaux d’incendie et de secours (SDIS). Les syndicats estiment que leurs missions se sont multipliées sans que les ressources humaines et matérielles progressent dans les mêmes proportions.
Ils réclament également le recrutement de davantage de sapeurs-pompiers professionnels afin de faire face à l’augmentation des sollicitations et de garantir des interventions dans de bonnes conditions de sécurité. Lors de la mobilisation nationale, certains représentants syndicaux ont évoqué la nécessité de recruter plus de 20 000 professionnels supplémentaires.
Le secours et les soins d’urgence aux personnes constituent un autre sujet important. L’intersyndicale demande que les missions des pompiers soient davantage recentrées sur les véritables situations d’urgence, considérant que les SDIS sont régulièrement sollicités pour des interventions qui pourraient relever d’autres acteurs du système de santé ou de secours.
La santé des pompiers parmi les préoccupations majeures
La mobilisation porte également sur les conditions de travail et la santé des agents. Les organisations syndicales réclament une meilleure reconnaissance de leur exposition aux substances toxiques et cancérogènes, notamment lors des incendies, ainsi qu’une amélioration des équipements de protection.
Elles demandent également que soient mieux prises en compte l’usure physique et psychologique liée au métier, ainsi que les questions de fin de carrière et de retraite. Une réforme de la filière professionnelle, des grilles indiciaires et des régimes indemnitaires figure aussi parmi leurs revendications.
À cela s’ajoute la question des moyens matériels. Les organisations représentatives réclament des engins plus récents, mieux entretenus et disponibles en nombre suffisant. Après les importants feux de l’été, la capacité aérienne de lutte contre les incendies est également devenue un sujet particulièrement sensible.
Une importante manifestation à Paris
Le mouvement a connu l’un de ses principaux temps forts le 29 septembre, avec une manifestation nationale organisée à Paris. Plusieurs milliers de sapeurs-pompiers venus de toute la France ont défilé pour réclamer davantage de moyens pour la Sécurité civile. Près de 8 000 participants ont été recensés selon les comptes rendus de la mobilisation.
Cette journée n’a cependant pas marqué la fin du mouvement. Dès le lendemain, la CGT des SDIS estimait que la manifestation n’avait pas permis, à elle seule, d’obtenir satisfaction sur le financement et l’organisation de la Sécurité civile. Le syndicat appelait à maintenir la pression, tout en considérant les premières annonces financières comme un premier pas.
La mobilisation a également trouvé un écho en Bourgogne-Franche-Comté. Parmi les pompiers présents dans le cortège parisien figurait notamment un professionnel dijonnais qui témoignait de la nécessité de maintenir des effectifs suffisants, notamment dans les territoires ruraux, afin de ne pas allonger les délais d’intervention.
Un milliard d’euros annoncé sur cinq ans
Face à cette mobilisation, le gouvernement a commencé à apporter des réponses. Lors du Congrès national des sapeurs-pompiers organisé début octobre, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a reconnu que le système de Sécurité civile avait montré ses limites durant l’été, tout en soulignant qu’il avait continué à fonctionner malgré l’intensité exceptionnelle des incendies.
Le gouvernement a surtout annoncé un milliard d’euros de recettes supplémentaires sur cinq ans pour les SDIS, soit environ 200 millions d’euros par an. Cette somme doit notamment provenir d’une augmentation des recettes issues de la taxe spéciale sur les conventions d’assurance et doit commencer à apparaître dans le projet de loi de finances pour 2027. Toutefois, ces crédits devront être votés chaque année.
Le ministre a également annoncé le doublement du nombre d’hélicoptères et d’avions légers loués pour la saison des feux de forêt 2027, ainsi que de nouveaux travaux concernant la protection respiratoire et oculaire des pompiers exposés aux fumées. Certaines dispositions contestées du projet de loi de modernisation de la Sécurité civile ont par ailleurs été retirées.
Des annonces accueillies avec prudence
Ces annonces ont constitué une avancée, mais elles n’ont pas suffi à mettre fin au conflit. Xavier Boy, président de la Fédération autonome des sapeurs-pompiers professionnels et des personnels administratifs, techniques et spécialisés, a qualifié l’annonce financière d’« orientation politique intéressante », tout en soulignant qu’une annonce ne constituait pas encore un engagement budgétaire définitif.
Les syndicats veulent désormais vérifier ce qui figurera réellement dans les textes, les montants effectivement votés par le Parlement et, surtout, les sommes qui arriveront concrètement dans les budgets des SDIS.
Le financement ne constitue d’ailleurs qu’une partie du dossier. Les demandes concernant les recrutements, les carrières, la santé au travail, les retraites ou encore l’organisation des missions restent au cœur des discussions. L’intersyndicale réclame des engagements à la fois dans la future loi de modernisation de la Sécurité civile, dans le budget 2027 et dans un protocole spécifique consacré à la santé, à la sécurité et à la filière professionnelle.
Le mouvement de grève continue
À ce stade, la mobilisation des sapeurs-pompiers n’est donc pas terminée. Malgré les annonces gouvernementales faites début octobre, le préavis national reste valable jusqu’au 20 octobre 2026. Cette date avait été choisie dès le lancement du mouvement en raison du calendrier budgétaire et des discussions autour du projet de loi de finances pour 2027.
Les prochaines semaines doivent désormais permettre de mesurer si les promesses faites par le gouvernement se traduisent effectivement dans les textes et dans les budgets. Pour les organisations syndicales, l’enjeu dépasse la seule réponse aux incendies de l’été : elles demandent une réforme durable du financement, des effectifs et du fonctionnement de la Sécurité civile.
Au 6 octobre, la grève se poursuit donc et les sapeurs-pompiers restent mobilisés. Les annonces du gouvernement ont ouvert une nouvelle phase de discussions, mais elles n’ont pas, pour l’heure, conduit les organisations syndicales à mettre un terme au mouvement.
Commentaires 0
Connectez-vous pour pouvoir insérer des images dans vos commentaires.
Soyez le premier à commenter cet article.