Bouts de bois, menaces, gaz lacrymogène et extincteur vidé sur des manifestants : plusieurs témoignages mettent en cause le comportement de certains forains lors de la manifestation contre la vie chère, ce samedi 31 octobre, à Dijon. Quatre manifestants ont été recensés blessés par notre rédaction. Alors que la préfecture évoque des jets de projectiles contre des véhicules, plusieurs témoins contestent fermement cette version.
Ce samedi 31 octobre, entre 3 500 personnes selon la préfecture de Côte-d’Or et 4 500 selon l’union syndicale Solidaires 21 ont manifesté dans les rues de Dijon contre la vie chère. Mais aux abords de la fête foraine, rue Général-Delaborde, une violente altercation a éclaté entre manifestants et forains.
Dans son communiqué de presse, la préfecture affirme : « Les forces de l’ordre ont dû intervenir aux abords de la fête foraine après une rixe ayant opposé manifestants et forains, après que plusieurs véhicules de ces derniers ont été visés par des jets de projectiles de la part de manifestants. Un manifestant a été blessé et pris en charge par les secours suite à cet incident. »
Une version officielle aujourd’hui contestée par plusieurs témoignages recueillis sur place.
« Aucun projectile n’a été lancé sur les voitures des forains »
Selon plusieurs manifestants interrogés, les événements ne se seraient pas déroulés comme le décrit la préfecture. « Non, aucun projectile n’a été lancé sur les voitures des forains », assure l’un d’eux.
D’après plusieurs témoignages recueillis, certains forains auraient pris peur à l’arrivée du cortège, pensant que les manifestants allaient perturber la fête foraine. Ils auraient alors adopté une attitude menaçante. Certains auraient été munis de bouts de bois et de bombes lacrymogènes. Un extincteur aurait également été vidé en direction de manifestants.
Des accusations graves, alors que des images filmées sur place témoignent des tensions, sans permettre à elles seules de reconstituer précisément le déroulement des événements. Ces témoignages soulèvent néanmoins une question essentielle : des particuliers peuvent-ils s’arroger le droit de repousser des manifestants par l’intimidation ou la violence ?
Quatre manifestants blessés : des violences qui interrogent
Alors que la préfecture fait état d’un manifestant blessé et pris en charge par les secours, notre rédaction a recensé quatre blessés du côté des manifestants à la suite de cette altercation. Si les circonstances exactes des faits restent à établir, les comportements dénoncés ne peuvent être banalisés.
Qu’un forain souhaite protéger son matériel, ses véhicules ou son activité est parfaitement compréhensible. Mais la protection des biens ne saurait justifier, à elle seule, des menaces, des coups ou l’utilisation de moyens dangereux contre des manifestants.
Un extincteur est destiné à combattre un incendie, pas à disperser une foule. Et la crainte d’éventuelles dégradations ne peut constituer un prétexte pour s’improviser force de l’ordre. Si les accusations formulées sont confirmées, les agissements des personnes impliquées devront être examinés avec la plus grande attention.
Le maintien de l’ordre relève des autorités, pas des forains
Les événements survenus aux abords de la fête foraine posent une question fondamentale : jusqu’où des particuliers peuvent-ils aller pour protéger leurs installations et leur activité ? Menacer des manifestants avec des bouts de bois, utiliser des produits lacrymogènes ou vider un extincteur en direction d’un cortège, si ces faits sont avérés, constitue un comportement particulièrement préoccupant.
Les forains ont parfaitement le droit de protéger leurs biens et d’assurer leur sécurité. Mais ce droit ne leur permet pas de se substituer aux forces de l’ordre. La légitime défense existe, mais elle est strictement encadrée par la loi et suppose notamment une réaction nécessaire et proportionnée.
Avec quatre blessés recensés par notre rédaction, cette altercation appelle des explications précises. L’origine des tensions, les circonstances des blessures et les responsabilités de chacun doivent être établies.
La préfecture évoque des jets de projectiles contre des véhicules de forains, une version contestée par plusieurs témoins. Ces déclarations doivent être examinées, tout comme les accusations visant certains forains. Leur version des événements devra également être recueillie.
Il ne s’agit pas de mettre en cause l’ensemble des professionnels de la fête foraine, mais de rappeler que chacun est tenu de respecter la loi, quelles que soient les circonstances. Les manifestants ont des droits et des devoirs. Les forains également. Si des violences ont été commises, leurs auteurs devront en répondre.
Dans une République, la sécurité ne peut reposer sur des initiatives individuelles violentes. Le maintien de l’ordre relève des autorités compétentes, et la loi doit s’appliquer à tous, sans exception, y compris aux forains.
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