Pour le troisième samedi consécutif, plusieurs milliers de personnes ont manifesté dans les rues de Dijon, ce 31 octobre 2026, pour dénoncer la vie chère, réclamer une augmentation des salaires et défendre les services publics. Entre 3 500 et 4 500 participants ont été recensés selon les sources. Une mobilisation sociale importante, marquée par plusieurs interventions des forces de l’ordre et une violente altercation entre manifestants et forains, au cours de laquelle quatre manifestants ont été recensés blessés par notre rédaction.
La colère sociale ne retombe pas à Dijon. Après les rassemblements des 17 et 24 octobre, les opposants à la vie chère ont de nouveau investi les rues de la capitale bourguignonne ce samedi 31 octobre 2026. Dès 14 heures, les premiers manifestants se sont retrouvés place de la République, répondant notamment à l’appel de l’union syndicale Solidaires 21. Gilets jaunes, militants syndicaux, lycéens, étudiants et citoyens se sont mobilisés autour d’une préoccupation commune : les difficultés croissantes rencontrées par une partie de la population pour faire face aux dépenses du quotidien.
Selon la préfecture de la Côte-d’Or, le rassemblement a réuni jusqu’à 3 500 personnes. L’union syndicale Solidaires 21 avance de son côté le chiffre de 4 500 participants. Au-delà de cette différence d’estimation, cette troisième journée consécutive de mobilisation hebdomadaire confirme la persistance d’un mouvement social qui entend inscrire ses revendications dans la durée.
Pouvoir d’achat, salaires, services publics : des revendications au cœur de la mobilisation
Si les tensions avec les forces de l’ordre ont marqué une partie de l’après-midi, les revendications économiques et sociales demeurent au centre de cette nouvelle mobilisation. Dans les cortèges, les manifestants dénoncent avant tout la hausse du coût de la vie, notamment celle des carburants, de l’alimentation, des loyers et de l’énergie, qui pèse sur les budgets des ménages. Derrière la question du pouvoir d’achat, c’est plus largement la répartition des richesses et les choix économiques du gouvernement qui sont contestés.
Pour les organisations syndicales engagées dans le mouvement, la question salariale constitue une priorité. Solidaires 21 réclame une augmentation générale des salaires, accompagnée de leur indexation sur les prix, afin d’éviter que les hausses du coût de la vie ne réduisent continuellement le pouvoir d’achat des travailleurs. Le syndicat défend également une taxation des superprofits et une meilleure répartition des richesses, estimant que les bénéfices des grandes entreprises doivent davantage contribuer au financement des besoins collectifs.
Ces revendications dépassent la seule question des rémunérations. Les manifestants et les organisations qui soutiennent la mobilisation demandent également davantage de moyens pour les services publics, particulièrement dans l’éducation. Solidaires 21 défend notamment un budget répondant aux besoins de la population, avec une revendication de 10 milliards d’euros pour l’éducation. Pour les participants, la question budgétaire ne peut être dissociée de celle des conditions de vie, de l’accès aux services essentiels et des inégalités sociales.
La présence de lycéens et d’étudiants témoigne également de la diversité des préoccupations exprimées. Les jeunes mobilisés entendent faire entendre leurs inquiétudes concernant leurs conditions d’études, leur avenir et leurs perspectives d’insertion professionnelle. Les revendications du mouvement lycéen rejoignent ainsi celles des salariés et des autres manifestants autour d’une même demande : pouvoir étudier, travailler et vivre dans des conditions dignes.
À travers cette mobilisation, c’est donc un mécontentement social plus large qui s’exprime. La question n’est pas uniquement celle du prix des produits de première nécessité, mais également celle des salaires, des pensions, des aides sociales et des moyens accordés aux services publics. Dans ses appels à manifester, Solidaires 21 résume cette aspiration par un mot d’ordre : « Nous voulons vivre, pas survivre ! »

Un cortège rapidement confronté aux forces de l’ordre
Après un rassemblement qui a progressivement pris de l’ampleur place de la République, le cortège s’est élancé vers 15 heures par le boulevard Clemenceau. Mais les premières tensions sont apparues rapidement. Dès 15 h 12, les forces de l’ordre ont fait usage de gaz lacrymogènes rue de Colmar, alors que les manifestants venaient tout juste d’entamer leur parcours.
La progression du cortège s’est ensuite poursuivie dans les quartiers situés au nord et à l’est du centre-ville, avec plusieurs changements de direction imposés par les barrages policiers. Vers 15 h 30, les manifestants se trouvaient boulevard de la Marne, où leur avancée a été momentanément bloquée au niveau du boulevard de Champagne. Une vingtaine de minutes plus tard, de nouveaux tirs de gaz lacrymogènes ont été constatés rue de Gray, poussant une partie du cortège à rebrousser chemin vers la rue de Colmar.
La situation s’est particulièrement tendue dans le secteur du parc des expositions, où se déroulait la Foire internationale et gastronomique de Dijon, ouverte ce même samedi. À plusieurs reprises, les forces de l’ordre ont cherché à empêcher le cortège de progresser vers les accès à la Foire et à la fête foraine voisine. Vers 16 heures, boulevard de Champagne, de nouveaux gaz lacrymogènes ont été utilisés. Des visiteurs qui tentaient simplement de rejoindre les deux événements se sont également retrouvés exposés aux nuages de gaz, dans un secteur où la confusion était importante.
Vers 16 h 20, un dispositif de sécurité avait été installé rue Léon-Mauris, à proximité de l’entrée du parc des expositions. Quelques minutes plus tard, à 16 h 34, les accès à la Foire de Dijon ont été temporairement fermés. Les visiteurs présents à l’intérieur ne pouvaient alors plus sortir, tandis que ceux souhaitant entrer devaient patienter. Les portes ont finalement rouvert aux alentours de 17 h 04, après cette interruption destinée à sécuriser le site.
Dans un communiqué publié à l’issue de la manifestation, la préfecture indique que plusieurs individus masqués ou cagoulés ont lancé des projectiles vers les policiers et les gendarmes. Elle évoque également des dégradations sur un chantier et des tentatives d’intrusion dans des bâtiments publics. Les services de l’État justifient les interventions des forces de l’ordre par la nécessité de prévenir les troubles, de protéger les personnes et de faire respecter les périmètres de sécurité. La préfète Violaine Démaret souligne néanmoins que la majorité des manifestants a exprimé ses revendications pacifiquement.

Une violente rixe entre manifestants et forains, quatre blessés recensés par notre rédaction
Au-delà des confrontations entre certains manifestants et les forces de l’ordre, un autre incident a particulièrement marqué cette journée. Aux abords de la fête foraine, rue Général-Delaborde, une violente altercation a éclaté entre des manifestants et des forains. Les circonstances exactes de cet affrontement demeurent contestées, les témoignages recueillis sur place ne correspondant pas à la version présentée par la préfecture.
Selon les services de l’État, la rixe serait survenue après des jets de projectiles visant plusieurs véhicules appartenant aux forains. Dans son communiqué, la préfecture indique que les forces de l’ordre ont dû intervenir pour mettre fin à l’altercation. Elle fait état d’un manifestant blessé, pris en charge par les secours.
Mais plusieurs personnes interrogées par notre rédaction contestent cette présentation des événements. Des manifestants affirment qu’aucun projectile n’aurait été lancé sur les voitures des forains. D’après leurs témoignages, certains professionnels de la fête foraine auraient craint que l’arrivée du cortège ne provoque des perturbations ou des dégradations et auraient alors adopté une attitude menaçante.
Plusieurs témoins évoquent notamment la présence de bouts de bois et de bombes lacrymogènes entre les mains de certains forains. Un extincteur aurait également été vidé en direction de manifestants. Ces accusations doivent toutefois être considérées avec prudence tant que le déroulement exact de l’altercation n’aura pas été établi. Les images filmées sur place attestent de tensions, mais ne permettent pas à elles seules de déterminer l’origine de la confrontation ni les responsabilités individuelles.
Concernant le bilan humain, notre rédaction a recensé quatre manifestants blessés à la suite de cette altercation, contre un seul blessé officiellement mentionné dans le communiqué préfectoral. Cette différence de bilan appelle des précisions sur les circonstances des blessures et leur prise en charge. Elle ne permet pas, à ce stade, de conclure que les deux décomptes reposent sur les mêmes critères.
Cette rixe soulève également la question des limites de la protection des biens par des particuliers. Si les forains peuvent légitimement chercher à préserver leurs installations, leurs véhicules et leur activité, d’éventuelles violences doivent être examinées au regard des circonstances et du droit. Les accusations visant certains forains devront être vérifiées, tout comme les jets de projectiles dénoncés par la préfecture. La version des professionnels directement impliqués reste également indispensable pour reconstituer précisément les faits.
Il convient de rappeler que ces accusations ne concernent pas l’ensemble des forains présents sur le site. Les responsabilités éventuelles devront être établies individuellement, sans préjuger des conclusions qui pourraient être tirées de témoignages complémentaires ou d’investigations judiciaires.
Une dispersion progressive en fin d’après-midi
Après les incidents survenus à proximité de la fête foraine, la manifestation s’est poursuivie en direction de la place Saint-Exupéry, où de nouveaux gaz lacrymogènes ont été utilisés vers 16 h 54. Le cortège a ensuite emprunté le boulevard Pascal, où une autre intervention des forces de l’ordre a été constatée peu après 17 h 15.
Repoussés de ce secteur, des manifestants ont pris la direction du quartier des Grésilles, notamment par la rue de York. Vers 17 h 41, les forces de l’ordre ont de nouveau utilisé des gaz lacrymogènes dans le secteur de l’avenue Raymond-Poincaré. Ces interventions successives ont progressivement fragmenté le cortège, jusqu’à sa quasi-dispersion en fin de journée.
Aux alentours de 18 heures, seule une poignée de manifestants était encore présente dans le secteur, tandis que la circulation demeurait temporairement interrompue boulevard de Strasbourg. Peu après 18 h 15, les forces de police et de gendarmerie avaient quitté les lieux et aucun manifestant n’était plus visible, marquant la fin de cette troisième journée de mobilisation.

Après trois samedis de contestation, une nouvelle échéance le 5 novembre
Cette journée du 31 octobre s’inscrit dans une séquence de mobilisation qui dépasse désormais le cadre de rassemblements ponctuels. Après trois samedis de manifestations à Dijon, les organisations syndicales souhaitent prolonger la contestation et renforcer le rapport de force autour des salaires, des conditions d’études, de l’emploi et de la défense des services publics.
Une nouvelle journée de grève et de manifestation intersyndicale est annoncée pour le jeudi 5 novembre. Plusieurs organisations appellent notamment à une revalorisation du SMIC, des salaires et des pensions, à une augmentation des moyens des services publics et à de meilleures conditions pour les jeunes. Solidaires 21 souhaite également encourager la tenue d’assemblées générales sur les lieux de travail et dans les établissements d’enseignement afin d’envisager une poursuite du mouvement.
Si les affrontements et la rixe survenue près de la fête foraine ont marqué cette journée, ils ne résument pas à eux seuls la mobilisation de plusieurs milliers de personnes. Derrière les tensions, les interventions policières et les divergences sur le déroulement des incidents, les revendications économiques et sociales demeurent. Pour les manifestants, la priorité reste d’obtenir des réponses concrètes face à la vie chère, à la stagnation des revenus et aux inquiétudes concernant l’avenir.
À Dijon, la mobilisation du 31 octobre aura ainsi illustré deux réalités : un mouvement social qui continue de rassembler plusieurs milliers de personnes autour de revendications communes, et une journée émaillée d’incidents dont certains aspects restent à éclaircir. À quelques jours de la mobilisation intersyndicale du 5 novembre, la contestation est loin d’être terminée.
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