À quatre jours de la grande journée de mobilisation intersyndicale du jeudi 5 novembre 2026, une question se pose à Dijon : la préfecture de la Côte-d’Or acceptera-t-elle de laisser les manifestants défiler dans les principales artères du centre-ville ? Selon nos informations, les organisations syndicales ont déposé un itinéraire reliant la place de la Libération à la place Wilson, en passant notamment par la rue de la Liberté et la place de la République. Un parcours qui pourrait constituer un véritable test de confiance entre les syndicats et les autorités, après plusieurs samedis de mobilisation marqués par des tensions et des restrictions préfectorales.
La mobilisation sociale se poursuit en Côte-d’Or. Jeudi 5 novembre 2026, sept organisations syndicales, la CFDT, la CGT, Force ouvrière (FO), l’UNSA, la FSU, Solidaires et la CFTC, appellent les salariés du public et du privé, les jeunes, les étudiants et les retraités à faire grève et à descendre dans la rue. À Dijon, le rendez-vous est fixé à 14 heures, place de la Libération. Une assemblée générale est également annoncée à l’issue de la manifestation, place Wilson, afin d’échanger sur les suites à donner au mouvement.
Cette nouvelle journée d’action s’inscrit dans un contexte social particulièrement tendu. Depuis septembre, plusieurs mobilisations se sont succédé partout en France pour dénoncer la hausse du coût de la vie, les inégalités sociales et les orientations budgétaires du gouvernement. Les syndicats réclament notamment des augmentations de salaires, une revalorisation du SMIC, des pensions de retraite et du point d’indice des fonctionnaires, ainsi que davantage de moyens pour les services publics. Ils demandent également des mesures de justice fiscale et une politique industrielle capable de préserver l’emploi, de relocaliser certaines activités et de répondre aux enjeux environnementaux.
Pour les organisations syndicales, il ne s’agit plus simplement d’exprimer un mécontentement, mais d’obtenir des réponses concrètes du gouvernement et du patronat. Dans leur appel commun, elles estiment que les politiques actuelles ne permettent pas de répondre aux difficultés rencontrées par une partie croissante de la population. La journée du 5 novembre doit ainsi permettre d’amplifier le rapport de force engagé depuis la rentrée.
Un parcours déposé qui traverse le centre-ville de Dijon
Mais au-delà des revendications sociales, c’est aussi l’organisation même de la manifestation qui pourrait retenir l’attention dans les prochains jours. Selon nos informations, l’intersyndicale a déposé auprès de la préfecture de la Côte-d’Or un parcours particulièrement central, traversant plusieurs secteurs emblématiques de la capitale bourguignonne.
Le cortège partirait de la place de la Libération avant d’emprunter la rue de la Liberté pour rejoindre la place Darcy. Les manifestants poursuivraient ensuite par le boulevard de Brosses, puis le boulevard de la Trémouille, jusqu’à la place de la République. De là, le défilé continuerait par le boulevard Thiers, la place du 30-Octobre et le boulevard Carnot, pour se terminer place du Président-Wilson, où doit se tenir l’assemblée générale annoncée par les syndicats.
Cet itinéraire, s’il était retenu, permettrait aux manifestants de traverser une grande partie du centre-ville dijonnais, notamment l’une de ses principales rues commerçantes. Il donnerait également une visibilité importante à cette nouvelle mobilisation intersyndicale.
Toutefois, à ce stade, le parcours transmis par les organisateurs ne peut pas être présenté comme définitivement arrêté. Aucune confirmation officielle de son maintien dans son intégralité n’a pu être établie. La question est donc désormais de savoir quelle position adoptera la préfecture de la Côte-d’Or.
Après les interdictions des 24 et 31 octobre, un changement de stratégie ?
Cette interrogation prend une dimension particulière au regard des événements survenus ces dernières semaines. Les samedis 24 et 31 octobre, la préfecture avait instauré de vastes périmètres d’interdiction de rassemblement dans une partie du centre-ville de Dijon, jusqu’au secteur de la gare. Ces mesures visaient à prévenir de nouveaux troubles à l’ordre public, à protéger les commerces et à empêcher les débordements constatés lors de précédentes manifestations.
Les rassemblements organisés dans le cadre du mouvement contre la vie chère n’avaient alors pas fait l’objet d’une déclaration préalable en préfecture. Les services de l’État avaient notamment regretté cette absence de déclaration, estimant qu’elle ne permettait pas de préparer les conditions habituelles de sécurité en concertation avec les organisateurs.
La situation du jeudi 5 novembre pourrait donc être sensiblement différente. Cette fois, selon nos informations, les syndicats ont entrepris les démarches pour déclarer leur manifestation et proposer un itinéraire précis. Une différence importante, puisqu’elle doit permettre un dialogue avec les autorités sur l’encadrement du cortège, les éventuelles difficultés de circulation et les moyens nécessaires pour garantir la sécurité des participants comme celle des riverains et des commerçants.
La préfecture acceptera-t-elle pour autant de laisser plusieurs milliers de manifestants traverser des secteurs dont elle a cherché à empêcher l’accès lors des dernières journées de contestation ? C’est précisément toute la question.

Le 17 octobre a laissé des traces
Impossible, dans ce contexte, d’ignorer la journée du samedi 17 octobre 2026. Ce jour-là, plusieurs milliers de personnes s’étaient rassemblées place de la République à Dijon pour protester contre la vie chère. La préfecture avait initialement annoncé entre 4 000 et 5 000 participants, tandis que Solidaires 21 avançait un chiffre proche de 10 000 manifestants.
Si la grande majorité du rassemblement s’était déroulée dans le calme, comme l’avaient reconnu les services de l’État, la journée avait néanmoins été marquée par plusieurs incidents. Des jets de projectiles et des tirs de mortiers d’artifice avaient été signalés à l’encontre des forces de l’ordre, entraînant l’usage de gaz lacrymogènes. Des dégradations de mobilier urbain et des bris de vitrines avaient également été constatés, notamment rue de la Liberté. Trois personnes avaient été prises en charge par les secours, selon le bilan préfectoral.
De son côté, Solidaires 21 avait vivement dénoncé les méthodes employées par les forces de l’ordre, mettant en cause l’usage de moyens de dispersion et évoquant un nombre de blessés bien supérieur au bilan communiqué par les autorités. Ces appréciations divergentes illustrent les tensions qui entourent encore le déroulement de cette journée.
Les mobilisations suivantes n’ont pas totalement dissipé les inquiétudes. Les incidents constatés les 17 et 24 octobre ont conduit les autorités à renouveler leurs mesures de sécurité pour le samedi 31 octobre. Ce dernier rassemblement, qui a réuni jusqu’à 3 500 personnes selon la préfecture, s’est lui aussi déroulé majoritairement de façon pacifique, mais a été émaillé de tensions, de jets de projectiles et d’une rixe aux abords de la fête foraine. Un manifestant a été blessé, selon les services de l’État.
Ces événements ont manifestement pesé dans les décisions préfectorales des dernières semaines. Ils posent désormais une question délicate : faut-il maintenir une politique de restriction dans les secteurs les plus sensibles ou permettre à une manifestation syndicale déclarée de retrouver un parcours traditionnel au cœur de Dijon ?
Autoriser ce parcours, un signal de confiance envers les syndicats ?
Laisser l’intersyndicale emprunter les rues et boulevards proposés pourrait être interprété comme un signe de confiance envers les organisations syndicales et leur capacité à encadrer une mobilisation d’ampleur.
Une telle décision marquerait une différence importante avec les précédents samedis, durant lesquels les autorités avaient privilégié la mise en place de périmètres de protection pour préserver le centre-ville. Elle permettrait aussi de démontrer qu’un rassemblement préparé en concertation avec les pouvoirs publics peut se dérouler dans les artères centrales de Dijon, malgré un contexte social tendu.
Mais du côté des services de l’État, les préoccupations liées à la sécurité restent bien réelles. La rue de la Liberté, la place Darcy et les autres secteurs commerçants concernés accueillent quotidiennement une fréquentation importante. La perspective d’un cortège susceptible de réunir plusieurs milliers de personnes impose nécessairement une préparation particulière, d’autant que les précédentes mobilisations ont montré que des individus pouvaient profiter des rassemblements pour provoquer des incidents.
Il convient également de rappeler qu’en droit français, une manifestation sur la voie publique relève d’un régime de déclaration préalable, et non d’une autorisation systématique. Les autorités peuvent demander des modifications du parcours ou des horaires et, si des risques de troubles à l’ordre public le justifient, prononcer une interdiction par arrêté. Les restrictions prises pour le samedi 31 octobre ne s’appliquent cependant pas automatiquement à la journée du 5 novembre.
Entre le respect de la liberté de manifester, la protection des personnes et des biens et la nécessité de garantir l’ordre public, la préfecture devra donc apprécier les conditions dans lesquelles ce nouveau rassemblement pourra se tenir.
Une décision particulièrement attendue
À quelques jours de cette nouvelle mobilisation, la décision concernant le parcours pourrait donc prendre une portée dépassant la seule organisation matérielle du défilé.
Si le tracé proposé par l’intersyndicale est maintenu, les manifestants pourront retrouver les grandes artères du centre-ville dans un cadre déclaré, sous la responsabilité des organisateurs et avec un dispositif de sécurité adapté. À l’inverse, si la préfecture demande de modifier l’itinéraire ou de contourner certains secteurs, cette décision pourrait susciter des interrogations parmi les organisations syndicales, compte tenu des restrictions déjà imposées au cours des dernières semaines.
Une chose est certaine : les sept syndicats entendent faire du jeudi 5 novembre une nouvelle étape importante de la mobilisation sociale. Pour eux, l’objectif reste avant tout de faire entendre leurs revendications sur les salaires, les retraites, l’emploi, les services publics et la justice sociale.
Reste désormais une inconnue majeure : la préfecture de la Côte-d’Or laissera-t-elle les manifestants traverser le cœur de Dijon, de la place de la Libération à la place Wilson, ou imposera-t-elle des modifications au parcours proposé ?
À quatre jours de la manifestation, cette question demeure ouverte. Et dans le contexte actuel, la réponse des autorités sera particulièrement observée, tant par les organisations syndicales que par les commerçants, les habitants et les futurs participants au cortège.
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