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À l’approche de la journée nationale de grève du jeudi 5 novembre, la colère sociale ne cesse de monter en France. Face à la flambée du coût de la vie, de nombreux salariés ne parviennent plus à joindre les deux bouts, malgré un emploi à temps plein. Le gouvernement envisage une nouvelle revalorisation du SMIC, mais pour les syndicats comme pour les travailleurs, quelques euros supplémentaires ne suffiront plus. Cette fois, c’est une véritable augmentation des salaires qui est attendue. Dans la métropole dijonnaise, nous avons rencontré des salariés à bout de souffle, partagés entre colère, inquiétude et sentiment d’abandon.

Travailler pour ne plus réussir à vivre : une situation devenue intenable

Le constat est amer et la colère grandit. En France, avoir un emploi ne garantit plus de pouvoir vivre dignement. Entre les factures d’électricité, les courses alimentaires, le carburant, les assurances et les loyers, les dépenses s’accumulent et les budgets familiaux sont sous pression.

Les chiffres confirment cette réalité. Selon les estimations provisoires de l’Insee, les prix à la consommation ont augmenté de 3,4 % sur un an en octobre 2026. Plus inquiétant encore, les prix de l’énergie ont bondi de 24,1 % sur la même période.

Pendant ce temps, les salaires de nombreux travailleurs peinent à suivre.

Depuis le 1er juin 2026, le SMIC s’élève à 1 477,93 euros net par mois pour un salarié à temps plein. Sa dernière revalorisation n’a représenté que 34,82 euros net supplémentaires par mois.

Une augmentation légale, certes, mais qui apparaît bien dérisoire face à la hausse de certaines dépenses essentielles.

« On ne veut pas des miettes, on veut une vraie revalorisation. On n’y arrive plus ! »

Ce cri de colère traduit le sentiment de nombreux travailleurs qui ne réclament plus seulement une compensation de l’inflation, mais la possibilité de vivre correctement de leur salaire.

Car derrière les chiffres et les discours politiques, il y a des hommes, des femmes, des familles et une réalité quotidienne devenue, pour certains, insupportable.

« Je travaille à temps plein et je n’y arrive plus. Vous trouvez ça normal, vous ? »

Carole, 48 ans, travaille dans un magasin Intermarché de la métropole dijonnaise. Elle vit seule et ne cache ni sa fatigue ni son exaspération.

Lorsque nous l’interrogeons sur son quotidien, sa réponse est immédiate :

« Comme tout le monde, c’est compliqué. Les factures, toujours les factures… Je travaille à temps plein et je n’y arrive plus. Vous trouvez ça normal, vous ? »

Sa colère est palpable. Ce qu’elle ne supporte plus, c’est cette impression de travailler uniquement pour payer ses charges, sans jamais pouvoir profiter du fruit de son travail.

« Une fois que j’ai payé mon loyer, l’électricité, les assurances, l’essence pour la voiture, je n’ai plus rien. »

Pas de dépenses superflues, pas de grands projets, simplement le nécessaire. Et pourtant, même cela devient difficile.

Lorsque nous évoquons les mouvements sociaux qui se multiplient, Carole ne cache pas son soutien aux manifestants.

« Ce qui se passe, c’est très bien. Il faut que ça bouge, ce n’est plus possible ! Eux, je parle des politiques, ils vivent confortablement. Tant mieux pour eux, mais qu’ils se mettent à ma place ! Le SMIC, ils vont vite l’augmenter, croyez-moi ! »

Mais une contradiction douloureuse apparaît lorsque nous lui demandons si elle participera à la grève du jeudi 5 novembre.

Sa réponse résume à elle seule la précarité dans laquelle se retrouvent certains salariés : « Si je pouvais financièrement, je me mettrais en grève. Mais une journée de salaire en moins, je ne peux pas me le permettre. »

Voilà peut-être l’un des paradoxes les plus cruels de cette crise sociale : certains salariés n’ont même plus les moyens financiers de faire grève pour réclamer une augmentation de leur salaire.

Carole n’est pas un cas isolé. Au fil de nos rencontres, ce lundi 2 novembre 2026, les mêmes préoccupations reviennent : les factures, le coût de la vie, les sacrifices et surtout cette impression de ne jamais voir le bout du tunnel.

« On n’en peut plus, on étouffe », nous confient plusieurs des personnes rencontrées.

Kamel et Philippe : « On gagne plus que le SMIC, mais franchement, c’est dur » La difficulté ne concerne pas uniquement les salariés rémunérés au minimum légal.

Nous avons également rencontré Kamel et Philippe, deux ouvriers du bâtiment, avec lesquels nous avons échangé pendant leur pause. Tous deux gagnent davantage que le SMIC. Pourtant, leurs revenus ne suffisent plus à leur assurer une véritable tranquillité financière.

« Nous, on est au-dessus du SMIC, mais franchement, c’est dur », nous expliquent-ils.

Kamel est père d’une petite fille de 5 ans. Sa femme, qui rencontre des problèmes de santé, a été licenciée pour inaptitude médicale. Depuis, la situation financière du foyer s’est considérablement compliquée : « Le 15 du mois, c’est fini. Ça devient dur », confie-t-il.

Pour cette famille, chaque dépense doit être anticipée. Les imprévus deviennent une source d’angoisse et les fins de mois sont de plus en plus difficiles à gérer.

Philippe, lui, a trouvé une autre solution pour essayer de s’en sortir : travailler davantage, y compris pendant ses jours de repos : « Je paie mon loyer, les factures, l’essence, et c’est fini. Alors je fais des chantiers au noir le week-end, histoire d’y arriver. »

Un témoignage qui en dit long sur la situation de certains salariés, contraints de chercher des revenus supplémentaires malgré une activité professionnelle à temps plein.

Quand un salaire ne suffit plus pour vivre, quand il faut travailler le week-end après une semaine déjà éprouvante, une question se pose : jusqu’où faudra-t-il aller pour simplement boucler les fins de mois ?

Carole, Kamel et Philippe ont des parcours différents, mais ils partagent une même réalité : ils travaillent, perçoivent un salaire et doivent pourtant multiplier les sacrifices.

Pour eux, il ne s’agit plus d’économiser pour partir en vacances ou s’offrir quelques loisirs. Il s’agit simplement de payer les dépenses du quotidien sans basculer dans le découvert. Et cette situation, ils ne sont pas les seuls à la vivre.

Jeudi 5 novembre : une journée nationale de grève qui pourrait marquer un tournant

La contestation sociale doit franchir une nouvelle étape ce jeudi 5 novembre 2026.

À l’appel de six organisations syndicales — la CFDT, la CGT, Force ouvrière, l’UNSA et la FSU, Solidaires —, les salariés du secteur public comme du privé sont invités à cesser le travail et à manifester partout en France.

Les revendications sont nombreuses : augmentation des salaires, revalorisation du SMIC, défense des services publics, maintien de l’emploi, amélioration des conditions de travail et protection de l’industrie.

À Dijon, un rassemblement est notamment annoncé à 14 heures, place de la Libération.

Cette nouvelle mobilisation intervient après plusieurs semaines de contestation contre la vie chère, dans un climat social de plus en plus tendu.

Les organisations syndicales dénoncent un sentiment de déclassement. Le travail ne permet plus toujours de faire face aux dépenses essentielles, tandis que les perspectives d’amélioration semblent s’éloigner.

Dans les commerces, les établissements de santé, les entreprises de nettoyage, les transports, le bâtiment, l’industrie ou les administrations, la question salariale est devenue centrale.

Le message adressé au gouvernement est clair : les salariés ne veulent plus simplement tenir jusqu’à la prochaine paie. Ils veulent pouvoir vivre dignement de leur travail.

SMIC : le gouvernement attendu au tournant, des annonces espérées

Face à la pression sociale, l’exécutif semble désormais prêt à envisager de nouvelles mesures. Le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, a ouvert la porte à une éventuelle revalorisation anticipée du SMIC, qui pourrait intervenir dès le 1er décembre, au lieu du 1er janvier 2027.

Autre possibilité évoquée : un véritable « coup de pouce » supplémentaire, au-delà de l’augmentation automatique prévue par la loi.

Mais le 29 octobre, le ministre rappelait que « rien n’est décidé ». Il souhaite parvenir à une convergence avec les partenaires sociaux autour du 5 novembre. Des annonces pourraient intervenir après la journée de mobilisation, mais aucune décision définitive n’a été confirmée à ce stade.

Du côté des organisations syndicales, les attentes sont fortes.

La CFDT réclame notamment 100 euros net supplémentaires par mois pour le SMIC. La CGT revendique une augmentation immédiate de 10 %, avec l’objectif d’atteindre ensuite 2 200 euros brut mensuels. Force ouvrière défend de son côté une revalorisation qui représenterait entre 100 et 150 euros supplémentaires par mois.

Thomas Vacheron, secrétaire confédéral de la CGT, a d’ailleurs prévenu dans qu’une augmentation de quelques euros ne suffirait pas à calmer la colère sociale.

Les organisations patronales, de leur côté, alertent sur les conséquences possibles d’une hausse importante du coût du travail, notamment pour les entreprises les plus fragiles et pour l’emploi.

Mais pour les salariés confrontés aux fins de mois difficiles, la priorité est immédiate : pouvoir payer leurs factures, remplir leur réfrigérateur et faire vivre leur famille sans devoir constamment choisir entre plusieurs dépenses indispensables.

Car ce que les travailleurs attendent désormais, ce ne sont plus des paroles rassurantes ou des augmentations symboliques, mais des mesures concrètes, visibles sur leur fiche de paie.

« Tout augmente sauf nos salaires » : le symbole d’une colère profonde

Au-delà du SMIC, c’est toute la question des rémunérations qui revient au cœur du débat social. Car augmenter uniquement le salaire minimum ne suffirait pas à répondre aux difficultés de millions de personnes rémunérées à peine au-dessus.

Des salariés ayant dix, quinze ou vingt ans d’ancienneté voient parfois leur rémunération se rapprocher du minimum légal, sans que leur expérience ou leurs responsabilités soient réellement reconnues.

C’est notamment ce que rappellent Kamel et Philippe. Tous deux perçoivent davantage que le SMIC et pourtant, cela ne les empêche pas de rencontrer d’importantes difficultés financières.

Les syndicats demandent donc également une révision des grilles salariales, de véritables négociations dans les branches professionnelles et une meilleure reconnaissance de l’ancienneté.

Le sentiment d’injustice est profond. Comment accepter de travailler à temps plein, parfois dans des conditions difficiles, pour finalement ne plus réussir à vivre correctement ?

Comment expliquer à un parent qui travaille toute la semaine qu’il doit encore se priver pour nourrir ses enfants ?

Comment demander à une salariée comme Carole de patienter encore, alors qu’elle ne peut même pas se permettre de perdre une journée de salaire pour faire grève ?

Ces questions, de plus en plus de Français se les posent. Et elles ne pourront pas rester éternellement sans réponse.

Une poignée d’euros ou un véritable tournant social ?

Le jeudi 5 novembre pourrait devenir une journée importante dans le rapport de force entre les salariés, les syndicats, les entreprises et le gouvernement. L’exécutif devra répondre à une colère qui dépasse désormais largement la seule question du montant du SMIC.

Pour de nombreux travailleurs, il est question de dignité, de reconnaissance et, plus fondamentalement, de la place accordée au travail dans notre société.

Une augmentation de quelques euros suffira-t-elle à répondre aux difficultés quotidiennes des ménages ? Les syndicats en doutent fortement.

Car derrière les revendications salariales, il ne s’agit pas de réclamer le luxe ou des privilèges.

Il s’agit de pouvoir se loger, se chauffer, se nourrir, élever ses enfants et conserver un minimum de liberté financière.

Il s’agit de ne plus avoir peur de consulter son compte bancaire. Il s’agit de ne plus redouter la prochaine facture d’électricité ou le passage à la pompe à essence. Il s’agit, tout simplement, de retrouver le droit de vivre sans être constamment étranglé par les dépenses du quotidien.

Les témoignages de Carole, Kamel et Philippe illustrent une réalité que les statistiques ne suffisent pas toujours à raconter.

Derrière chaque fiche de paie, il y a une personne. Derrière chaque salaire insuffisant, il y a parfois une famille qui se prive, des projets abandonnés et une inquiétude permanente pour le lendemain.

Et derrière la colère qui monte, il y a surtout une exigence : celle d’être entendu.

À deux jours de la mobilisation nationale, le gouvernement est donc attendu sur ses réponses concrètes.

Car une chose semble certaine : pour les travailleurs qui n’arrivent plus à joindre les deux bouts, le temps des petites augmentations et des promesses ne suffit plus.

Travailler ne devrait pas signifier survivre. Et percevoir un salaire ne devrait pas obliger à compter chaque euro jusqu’à la fin du mois. Cette fois, la colère est profonde et les attentes sont immenses : « On ne veut pas des miettes. On veut une vraie revalorisation du SMIC et de tous les salaires. Parce qu’aujourd’hui, on n’y arrive plus. C’est devenu intenable ! »


Note de la rédaction : Afin de préserver l’anonymat de notre interlocutrice et d’éviter qu’elle puisse être identifiée, notamment sur son lieu de travail, nous avons choisi de modifier son prénom. « Carole » est donc un prénom d’emprunt. Son témoignage reflète toutefois fidèlement les propos qu’elle nous a confiés.

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