La journée du jeudi 19 mars 2026 s’annonce fortement perturbée dans les écoles, collèges et lycées. À l’appel de plusieurs organisations syndicales, une grève d’ampleur est organisée partout en France. En Côte-d’Or et dans l’académie de Dijon, la mobilisation s’annonce particulièrement suivie. Derrière cet appel à la grève, une accumulation de tensions, de décisions contestées et d’inquiétudes pour l’avenir du service public d’éducation. On vous explique en détail les raisons de cette mobilisation.
Des suppressions de postes massives qui déclenchent la colère
Le point de départ de la mobilisation réside dans les annonces budgétaires concernant la rentrée scolaire 2026. Après plusieurs semaines de flou et de communication jugée trompeuse par les syndicats, le ministère de l’Éducation nationale a fini par reconnaître l’ampleur des suppressions de postes prévues. Ce sont ainsi 4 018 emplois d’enseignants qui doivent disparaître dans le premier et le second degré, dont 3 256 dans l’enseignement public.
Pour les organisations syndicales, ces chiffres confirment ce qu’elles dénonçaient depuis plusieurs mois : une réduction continue des moyens humains dans l’éducation. Elles accusent le ministère d’avoir tenté de minimiser ces suppressions dans un premier temps, avant d’être contraint de dévoiler les chiffres réels sous la pression. Cette situation a contribué à renforcer un sentiment de défiance et de colère parmi les personnels, qui y voient une nouvelle étape dans le recul du service public d’éducation.
Une académie de Dijon particulièrement touchée
À l’échelle locale, les conséquences de ces décisions nationales sont très concrètes. L’académie de Dijon devra ainsi rendre 164 postes, une baisse significative qui va impacter directement les établissements du territoire. Dans le détail, 81 postes seront supprimés dans le premier degré, dont 33 en Côte-d’Or, tandis que 83 postes disparaîtront dans le second degré.
Ces suppressions ne sont pas de simples ajustements administratifs les syndicats : elles auront des effets visibles et immédiats sur le terrain. Dans les écoles, cela pourra se traduire par des fermetures de classes, voire d’écoles dans certaines zones rurales. Dans les collèges et lycées, les équipes pédagogiques devront composer avec moins de moyens, ce qui entraînera une augmentation des effectifs par classe, des regroupements d’élèves et un recours accru aux postes partagés entre plusieurs établissements. Pour les enseignants comme pour les familles, ces perspectives alimentent une inquiétude grandissante.
Une logique budgétaire vivement critiquée
Au-delà des chiffres, c’est la logique globale du gouvernement qui est contestée. Les syndicats dénoncent une politique éducative guidée avant tout par des impératifs budgétaires et une vision à court terme, au détriment des besoins réels du système scolaire. Ils critiquent notamment l’utilisation de la baisse démographique comme justification des suppressions de postes.
Selon eux, cet argument ne tient pas. Ils rappellent que, lorsque le nombre d’élèves augmentait ces dernières années, des postes continuaient déjà à être supprimés. Aujourd’hui, alors que les effectifs diminuent, le gouvernement poursuit dans la même direction. Pour les organisations syndicales, cette baisse du nombre d’élèves aurait au contraire dû être saisie comme une opportunité : celle de réduire le nombre d’élèves par classe, d’améliorer l’encadrement pédagogique et de renforcer le suivi individualisé.
Elles estiment également que des recrutements supplémentaires auraient été nécessaires pour répondre aux besoins croissants du système éducatif, notamment en matière d’inclusion scolaire, de remplacement des enseignants absents ou encore d’accompagnement des élèves en difficulté. Au lieu de cela, elles dénoncent un « non-sens éducatif », qui risque d’aggraver les difficultés existantes.
Des conséquences directes sur les élèves et les inégalités
Les syndicats insistent sur un point central : ces suppressions de postes ne concernent pas uniquement les personnels, elles auront un impact direct sur les élèves. Moins d’enseignants signifie mécaniquement des classes plus chargées, un suivi moins individualisé et des conditions d’apprentissage dégradées.
Ils alertent également sur le risque d’un creusement des inégalités scolaires. Dans les territoires déjà fragiles, qu’ils soient ruraux ou urbains, la diminution des moyens pourrait accentuer les écarts de réussite entre les élèves. La réduction de l’offre de formation, notamment dans certains établissements, pourrait également limiter les choix d’orientation pour les jeunes.
À long terme, les organisations syndicales estiment que ces décisions pourraient avoir des conséquences économiques et sociales importantes. Un système éducatif affaibli, selon elles, compromet la formation des futurs citoyens et travailleurs, et fragilise l’ensemble de la société.
Des salaires au cœur du malaise
À cette question des moyens humains s’ajoute celle des rémunérations, qui constitue un autre motif majeur de mécontentement. Le projet de budget pour 2026 ne prévoit aucune revalorisation significative des salaires dans l’Éducation nationale, et maintient le gel du point d’indice.
Pour les personnels, cette situation est devenue difficilement acceptable. Depuis plusieurs années, ils dénoncent une perte de pouvoir d’achat et un déclassement progressif de leur profession. Les syndicats parlent d’un « déclassement salarial et social », qui pèse sur l’attractivité du métier et complique les recrutements.
Ils critiquent également le fait que toute éventuelle amélioration des rémunérations soit conditionnée à de futures marges budgétaires incertaines. Pour eux, cette approche revient à faire peser l’effort sur les personnels, tout en continuant à s’appuyer sur leur engagement pour faire fonctionner le service public. Une situation jugée « cynique » par les représentants syndicaux.
Une mobilisation qui s’organise sur le terrain
Face à cette accumulation de tensions, la mobilisation s’organise progressivement dans les établissements. Les syndicats appellent non seulement les personnels, mais aussi les parents d’élèves, à se saisir de ces enjeux et à participer aux discussions.
Des réunions sont organisées dans les écoles, collèges et lycées afin d’informer la communauté éducative et de préparer les actions à venir. Une assemblée générale intersyndicale s’est notamment tenue à Dijon, réunissant des représentants de nombreux établissements du département.
Cette dynamique locale montre que la mobilisation ne se limite pas à un mot d’ordre national, mais qu’elle s’ancre dans des réalités concrètes vécues sur le terrain. Dans certains établissements, des actions ont déjà été engagées pour alerter sur les conséquences des suppressions de postes.
Une journée de grève et de manifestations le 19 mars
C’est dans ce contexte qu’a été décidée une journée de grève le jeudi 19 mars 2026. L’objectif est de rendre visible la contestation et de peser sur les décisions du gouvernement.
Concrètement, des rassemblements sont prévus dès le matin devant les écoles, collèges et lycées mobilisés. Ces actions locales doivent permettre d’informer les familles et de montrer l’ampleur du mouvement. L’après-midi, un rassemblement est prévu à 14h, place de la Libération, avant un départ en manifestation en direction du rectorat.
Dans plusieurs communes, comme à Is-sur-Tille, des établissements sont déjà fortement engagés dans la grève, ce qui laisse présager une participation importante.
Une mobilisation pour défendre l’avenir de l’école publique
Au-delà de cette journée du 19 mars, les syndicats inscrivent leur action dans une mobilisation plus large pour défendre l’avenir de l’école publique. Ils revendiquent l’annulation des suppressions de postes et la création des emplois nécessaires pour améliorer les conditions d’enseignement et d’apprentissage.
Ils demandent également des moyens supplémentaires pour construire une école réellement inclusive, capable d’accueillir tous les élèves dans de bonnes conditions, ainsi qu’une amélioration des conditions de travail des personnels les plus précaires, notamment les AESH et les AED.
Pour eux, l’enjeu dépasse largement la seule rentrée 2026. Il s’agit de préserver un service public essentiel, garant de l’égalité des chances et de la cohésion sociale. La grève du 19 mars apparaît ainsi comme un moment clé pour alerter l’opinion publique et tenter d’infléchir les choix politiques en matière d’éducation.
F. Bauduin
