C’est un nouveau revers majeur pour la Cité internationale de la gastronomie et du vin (CIGV). Ce vendredi 10 avril 2026, le tribunal de commerce de Dijon a prononcé la liquidation judiciaire de trois établissements emblématiques : La Cave de la Cité, La Table des Climats et Le Comptoir de la Cité. Une décision brutale qui entraîne leur fermeture immédiate. Placées en redressement judiciaire depuis avril 2025, ces trois structures étaient exploitées par le groupe Épicure Investissement. Malgré plusieurs mois de tentatives de redressement, la juridiction commerciale a finalement acté la fin de leur activité.
Cette décision marque un tournant décisif pour le site dijonnais, pensé comme une vitrine internationale du patrimoine gastronomique français. Selon le groupe Épicure Investissement, les difficultés financières rencontrées par ces structures s’expliquent en grande partie par le niveau des loyers, jugé particulièrement élevé. Une expertise indépendante a d’ailleurs établi que ces loyers dépassaient largement les standards du marché, atteignant environ le double des niveaux habituellement constatés.
Malgré une activité générant un excédent brut d’exploitation positif, ces charges fixes ont fortement pesé sur l’équilibre économique global des établissements. Une baisse des loyers avait récemment été obtenue, mais elle n’a pas suffi à infléchir la décision du tribunal.
Les trois établissements concernés formaient un ensemble cohérent au cœur de la Cité, chacun occupant une place complémentaire dans l’expérience proposée aux visiteurs. La Table des Climats incarnait l’offre gastronomique avec une cuisine élaborée et des menus accessibles comme plus ambitieux, tandis que Le Comptoir de la Cité proposait une approche plus simple et conviviale autour d’une cuisine de marché. De son côté, La Cave de la Cité se positionnait comme un espace dédié à la découverte œnologique, avec plusieurs milliers de références et une large sélection de vins au verre. Ensemble, ces lieux contribuaient à une expérience globale mêlant restauration, transmission et valorisation des terroirs.
Cet épisode s’inscrit dans une série de difficultés qui affectent la Cité de la gastronomie depuis plusieurs mois. Le projet d’hôtel cinq étoiles a déjà été interrompu après la liquidation de son porteur, tandis que l’école de cuisine Ferrandi a cessé ses activités à la rentrée de septembre. Par ailleurs, certains commerces, comme la Librairie gourmande, rencontrent également des difficultés économiques.
Reste désormais une incertitude autour du Village de la Gastronomie, qui regroupe pas moins de sept établissements : Le Manège à Moutardes, L’Écaille, Le Billot, La Planche, Meurette & Persillé, Le Moulin et La Gloriette.
Ces sept établissements, gérés par la société Village Gastronomique Exploitation, concentrent aujourd’hui toutes les attentions. Le groupe Krief, à la tête de cette structure, se montre discret, avec peu d’éléments financiers rendus publics.
Depuis une assemblée générale extraordinaire en date du 22 septembre 2025 – selon un procès-verbal – William Krief n’est plus président de la société Village Gastronomique Exploitation. La présidence est désormais assurée par la société VG MDS, créée le 9 septembre 2025 par Groupe K-Real Estate Investment, présidé, selon les registres officiels, par William Krief.
Ce changement interne, parfaitement légal et courant dans la vie des sociétés commerciales, suscite néanmoins des interrogations en raison du manque d’informations publiques sur la situation financière du Village Gastronomique. Ni Village Gastronomique Exploitation ni le Groupe K-Real Estate Investment n’ont publié leurs comptes depuis plusieurs années. Une telle situation peut se rencontrer dans certaines entreprises, mais elle contribue, dans ce cas précis, à alimenter un climat d’incertitude pour les observateurs extérieurs.
Récemment, Pierre Guez, ancien dirigeant de Dijon Céréales et du pôle de compétitivité Vitagora, a été appelé pour tenter de redynamiser une offre commerciale en quête d’un modèle économique viable depuis l’ouverture du site, le 6 mai 2022.
La Cité de la Gastronomie et du Vin n’a donc pas fini de faire parler d’elle. Une question centrale demeure : comment rendre réellement attractive cette cité, encore boudée par une partie des Dijonnais depuis son ouverture ? Le président du groupe en charge du Village gastronomique mise désormais sur cette nouvelle impulsion pour relancer l’activité, dans un contexte où le projet peine, depuis ses débuts, à trouver son équilibre.
Côté politique, l’annonce suscite de nombreuses réactions, notamment celle d’Henri-Bénigne de Vregille, qui a réagi en déclarant : « Derrière le fiasco commercial de la Cité de la gastronomie et du vin, il y a un projet mal ficelé au potentiel économique survendu. C’est dommage pour “la Cave de la Cité”, qui était un lieu apprécié. Il va falloir sortir ce site de l’ornière et, sans nouvelle mobilisation d’argent public, nous le défendrons fermement. »
Emmanuel Bichot, président du groupe Agir pour Dijon, a lui aussi réagi : « Rien de ce qui arrive aujourd’hui à la Cité de la gastronomie n’est une surprise : nous avions tout annoncé dès le début.
- Un aménageur qui a réalisé des bénéfices énormes, déjà supérieurs à 30 M€.
- Des investisseurs, tous extérieurs à la région, qui sont tombés dans le piège d’un projet survendu.
- En conséquence, des loyers deux fois trop élevés par rapport à la moyenne, rendant l’exploitation impossible.
- Le tout dans une opacité complète, alors même que le juge a requalifié ce projet en “concession d’aménagement” de droit public, impliquant que toutes les informations juridiques et financières devraient être communiquées chaque année au conseil municipal.
- Sans compter le double financement de la voirie et des espaces publics par les collectivités, à hauteur de 5,5 M€, que nous avons démontré de manière imparable.
L’heure de constater les pertes et de solder les comptes finira par sonner. Seule une opération vérité permettra de repartir sur des bases saines. Nous serons mobilisés pour que le contribuable dijonnais ne soit pas une nouvelle fois le dindon de la farce. »
Aujourd’hui, à 16 heures, se tiendra le conseil municipal de Dijon. À l’ordre du jour, le point n° 15 / 16 portera sur les « tarifs des billets d’entrée et prestations du pôle culturel de la Cité de la gastronomie et du vin de Dijon », un dossier présenté par M. Deseille.
Dans le contexte actuel, marqué par les récentes difficultés rencontrées sur le site, ce sujet pourrait donner lieu à des échanges nourris. Il ne fait guère de doute que l’opposition saisira cette occasion pour réaffirmer son positionnement et revenir sur les critiques déjà formulées à l’égard du projet. Un débat qui s’annonce animé autour d’un dossier sensible, et qui, disons-le clairement, n’a pas fini de faire parler de lui.
