L’opposition s’organise dans les prétoires. Ce lundi 13 avril 2026, les avocats issus des 164 barreaux de France ont répondu à l’appel du Conseil national des barreaux en participant à une journée de mobilisation baptisée « justice morte ». Dans leur viseur : le projet de réforme porté par le garde des Sceaux Gérald Darmanin, qui prévoit notamment d’introduire une procédure de « plaider-coupable » en matière criminelle. À Dijon, ils étaient environ une trentaine à s’être rassemblés devant la Cité judiciaire, située au 13 boulevard Clemenceau.
Accélérer la justice, désengorger les tribunaux
L’ambition du ministère de la Justice est claire : juger plus vite et réduire l’engorgement des juridictions. Face à l’accumulation de dossiers criminels en attente, le gouvernement souhaite simplifier certaines procédures.
Inspiré du modèle déjà existant pour les délits, le plaider-coupable permettrait, en cas d’aveu de l’accusé et avec l’accord du parquet et de la victime, d’éviter un procès classique. À la clé : des audiences plus rapides, sans audition de témoins ni recours à des experts.
Le projet de loi, un temps baptisé « SURE » (pour Sanction utile, rapide et effective), s’inscrit dans une logique d’efficacité judiciaire assumée par l’exécutif.
Une réforme qui suscite l’indignation
Mais sur le terrain, la contestation est massive. Partout en France, les robes noires dénoncent une réforme qu’elles jugent dangereuse pour l’équilibre de la justice pénale.
Pour de nombreux avocats, cette procédure risque d’affaiblir les garanties fondamentales du procès, en réduisant considérablement le débat contradictoire. L’absence de témoins et d’experts inquiète particulièrement : elle pourrait, selon eux, limiter la manifestation de la vérité.
Au-delà des droits de la défense, c’est aussi la place des victimes qui est au cœur des critiques. Les avocats redoutent que ces dernières soient privées d’un véritable espace d’expression, traditionnellement offert par le procès pénal.
Le risque d’une justice expéditive
Les opposants pointent également le danger d’une justice « expéditive », fondée sur l’aveu plutôt que sur l’administration de la preuve. Une évolution qui, selon eux, pourrait accroître le risque d’erreurs judiciaires et fragiliser la confiance dans l’institution.
Dans les rangs de la profession, beaucoup dénoncent une réforme dictée par des impératifs de gestion plutôt que par une véritable ambition de justice. Ils réclament au contraire des moyens humains et matériels supplémentaires pour faire face à l’augmentation des contentieux.
Une mobilisation appelée à durer
La journée du 13 avril pourrait n’être qu’un début. Alors que le texte entame son parcours parlementaire, les avocats entendent maintenir la pression pour obtenir des modifications, voire le retrait de la mesure. Car derrière ce débat technique se dessine une question plus large : celle du modèle de justice que la France souhaite défendre — une justice plus rapide, ou une justice pleinement contradictoire, quitte à être plus longue.
