Dans un climat social particulièrement tendu, marqué par des restructurations industrielles, des fermetures d’entreprises et des inquiétudes croissantes sur le pouvoir d’achat, la parole syndicale retrouve une résonance particulière. À la veille du Fête du Travail, journée emblématique des luttes ouvrières et des solidarités internationales, les revendications du monde du travail s’expriment avec une intensité renouvelée.
Entre colère sociale, perte de repères économiques et défiance envers les politiques publiques, les mobilisations s’organisent et interrogent l’avenir du syndicalisme en France. Dans ce contexte, Frédéric Pissot, secrétaire départemental de la Confédération générale du travail (CGT), dresse un état des lieux sans concession de la situation en Côte-d’Or. Salaires, emploi, conditions de travail, dialogue social ou encore montée des tensions politiques : il revient sur les préoccupations majeures des salariés et les combats portés par son organisation.
À travers cet entretien, il esquisse également les perspectives de mobilisation pour ce 1er mai 2026, appelant à une participation massive pour défendre les droits sociaux et affirmer, dans la rue, une vision collective du monde du travail face aux mutations économiques et aux choix politiques actuels.
Comment analysez-vous la situation sociale actuelle dans le département ?
Frédéric Pissot : La situation sociale dans le département est très tendue, avec les annonces de fermeture d’entreprises : Valti, Tetra Pak, PPG Seigneurie, Ziegler, des ventes d’entreprises à des groupes financiers.
Quels sont aujourd’hui les principaux motifs de colère des travailleurs ?
Les inquiétudes du quotidien sont clairement comment finir les fins de mois, la question des salaires est primordiale, et les inquiétudes à moyen et long terme sont le maintien de l’activité économique sur le territoire.
Assiste-t-on, selon vous, à un regain de mobilisation syndicale ?
La mobilisation syndicale passe dans un premier temps par la nécessité de s’organiser au sein des entreprises, bon nombre de salariés se syndiquent à la Confédération générale du travail pour ensuite s’organiser sur le lieu de travail.
Quelles sont les revendications prioritaires portées par la CGT cette année ?
Pour la CGT, les questions des salaires, emplois, retraites et la défense des services publics sont nos priorités. La question de l’indexation des salaires sur les prix doit être au cœur des débats.
À quoi peut-on s’attendre pour la mobilisation du 1er mai ?
Deux belles manifestations sont organisées en Côte-d’Or : 10 h à Montbard et 10 h 30 à Dijon. Plus que jamais, il est important de marquer notre désaccord et opposition face aux attaques du bloc macroniste, avec la complicité de la droite et de l’extrême droite, contre ce jour symbolique international.
Quel message souhaitez-vous adresser aux salariés et aux citoyens à la veille de cette journée ?
De venir massivement pour cette journée chômée payée, de venir en famille pour montrer notre attachement pour cette journée du 1er mai, pour faire passer un message fort pour la paix dans le monde. À Montbard et Dijon, dans toute la France, des dizaines de milliers de travailleur·ses vont se rassembler dans plus de 280 rassemblements en France, mais aussi dans une multitude de pays… mais des dictatures persistent aussi malheureusement. En France, les extrêmes droites ne vont pas dans le sens des travailleurs et travailleuses : attaques contre la sécurité sociale, n’ont pas voté l’augmentation du SMIC et, dernièrement, ont voulu faire travailler plus de 1,4 million de travailleurs et travailleuses pour le 1er mai. Les extrêmes droites sont une véritable imposture sociale.
Comment évoluent les conditions de travail selon vos observations ?
Les conditions de travail se dégradent dans tous les domaines, avec notamment l’augmentation des cadencements, l’augmentation de la productivité au détriment de la santé des travailleuses et travailleurs.

Quelles sont les luttes emblématiques actuellement menées dans le département ?
Sur le département, il y a une lutte pour le maintien des emplois à JTEKT, qui vient d’être rachetée par un groupe financier allemand. Outre cette lutte, il y a au quotidien la défense des salarié·es dans les entreprises de nettoyage, qui sont malmené·es, exploité·es et exclu·es de leurs droits fondamentaux.
Les jeunes travailleurs s’engagent-ils suffisamment aujourd’hui ?
Malgré un battage médiatique tenu par des milliardaires, malgré les pressions patronales, les jeunes rejoignent nos cortèges CGT, se syndiquent et souhaitent s’organiser pour ne pas subir. Lors du dernier conflit des retraites, bon nombre de jeunes salarié·es se sont syndiqué·es à la Confédération générale du travail en suivant notre chaîne Twitch CGT ou sur le TikTok CGT.
Comment jugez-vous le dialogue social actuellement ?
Le dialogue social dans les services, dans les entreprises, est en grande souffrance. Nous nous rendons compte que les accords d’entreprises sont constamment remis en cause, que les militants syndicaux sont attaqués dans leur mandat. Les lois El Khomri/Rebsamen/Macron ont mis à mal le rôle des représentants syndicaux, avec par exemple la suppression des CHSCT (comité d’hygiène, santé et conditions de travail). Vu le nombre d’accidents mortels au travail, il est plus que nécessaire de rétablir les CHSCT !
La CGT est-elle entendue par les pouvoirs publics ?
Il y a plusieurs strates dans les pouvoirs publics : ceux qui sont les courroies des politiques gouvernementales et les exécutants. Les services de l’État sont à l’écoute, mais bon nombre d’entre eux sont également en souffrance. Je pense au sous-effectif chronique de la DETTS (inspection du travail).
Quelles sont vos attentes vis-à-vis des décideurs politiques ?
Que les décideurs politiques arrêtent de favoriser les plus riches, ce qui est une des causes du déficit public, source d’attaques contre notre protection sociale, mais aussi d’autres secteurs. Le monde du travail a des attentes fortes : la CGT revendique de bloquer les prix des carburants, augmenter significativement le SMIC et le point d’indice des fonctionnaires, indexer les salaires sur les prix.
Comment voyez-vous évoluer le rôle des syndicats dans les prochaines années ?
Au vu des dérives libérales dans et hors des entreprises, le rôle des syndicats dans les prochaines années sera primordial pour la défense des intérêts des salarié·es, la défense des plus fragiles.
Quels sont les défis majeurs pour la CGT aujourd’hui ?
La CGT a des projets de société, entre autres la solidarité avec le 100 % sécurité sociale issue du programme du CNR « cotiser en fonction de ses moyens, recevoir en fonction de ses besoins », pour l’emploi avec des projets de réindustrialisation pour aller contre les 500 fermetures d’entreprises sur le territoire.
Le syndicalisme doit-il se réinventer pour rester efficace ?
Ce sont les travailleuses et travailleurs qui font leur syndicat et leur syndicalisme. La CGT existe depuis 131 ans, elle a fait ses preuves tout au long de ces années.
F. Bauduin
Syndicat CGT
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