À Dijon, la question du travail a retrouvé, le temps d’une soirée, toute la place qu’elle mérite dans le débat public. À l’initiative de Océane Godard, députée de la Côte-d’Or, la conférence-débat « Parlons Travail ! », organisée à la Salle de Flore de l’hôtel de ville avec le soutien de Nathalie Koenders, a réuni plus de 150 participants aux profils variés : élus, chercheurs, représentants syndicaux et patronaux, acteurs associatifs et citoyens engagés.
Dans une atmosphère studieuse mais animée, les échanges ont porté sur un constat partagé : le travail, pourtant pilier central du modèle social français, reste paradoxalement peu abordé dans sa dimension concrète. Trop souvent, les discussions publiques se concentrent sur des indicateurs économiques – emploi, productivité, croissance – au détriment de la réalité vécue par les travailleurs. Conditions de travail, sens donné à l’activité, compétences mobilisées : autant de dimensions essentielles qui peinent à émerger dans le débat politique.
Pour Océane Godard, cette invisibilisation du travail constitue un angle mort qu’il devient urgent de corriger. Refusant les approches réductrices qui limitent le sujet à la question du coût ou du temps de travail, la députée a plaidé pour une réflexion plus ambitieuse et plus humaine. « Travailler mieux plutôt que travailler plus » : telle est la ligne directrice qu’elle défend, en insistant sur la nécessité de concilier performance économique, qualité de vie au travail et épanouissement individuel.
La soirée a été marquée par l’intervention du chercheur Bruno Palier, directeur de recherche au CNRS, spécialiste reconnu des politiques sociales. S’appuyant sur ses travaux récents, il a détaillé les leviers permettant d’améliorer concrètement les conditions de travail en France, soulignant l’importance d’une approche systémique intégrant à la fois les entreprises, les politiques publiques et les transformations sociétales.
Au cœur des échanges, une table ronde réunissant plusieurs acteurs clés – représentants syndicaux, patronaux et élus – a permis d’approfondir la question : « Quelle politique pour réenchanter la place du travail en France ? ». Autour de la table figuraient notamment Christian Bougnon, Nathalie Barbieux, Geffroy Sécula et Jérôme Durain.
Les discussions ont débouché sur plusieurs propositions concrètes, traduisant une volonté commune d’agir. Parmi les pistes avancées figurent le renforcement de l’accompagnement des managers, afin de mieux structurer et animer le travail au sein des équipes, ainsi que le développement du dialogue social, jugé indispensable pour associer davantage les salariés aux décisions qui les concernent. La question des reconversions professionnelles a également été mise en avant, avec un appel à soutenir plus fortement les dispositifs existants, dans un contexte de mutations économiques rapides.
Les intervenants ont aussi abordé des enjeux de long terme, notamment démographiques, en évoquant la nécessité d’intégrer davantage les travailleurs issus de l’immigration dans un marché du travail confronté au vieillissement de la population. Enfin, le rôle des collectivités territoriales, en particulier des Régions, a été questionné : celles-ci pourraient jouer un rôle accru dans l’accompagnement des entreprises et l’amélioration des conditions de travail, à condition de bénéficier d’une coordination renforcée.
En clôture, Océane Godard a réaffirmé son ambition de faire du travail un axe structurant des futures politiques publiques, et notamment du prochain projet présidentiel. Selon elle, il ne peut y avoir de cohésion sociale durable sans une réflexion approfondie sur la qualité du travail. Elle a également mis en garde contre des politiques qui se limiteraient à multiplier les emplois précaires, appelant à construire des solutions plus ambitieuses, en concertation avec l’ensemble des acteurs socio-économiques.
Plus qu’un simple événement ponctuel, « Parlons Travail ! » se veut ainsi le point de départ d’une dynamique plus large. À Dijon, le message est clair : il est temps de replacer le travail au centre des préoccupations collectives, non pas comme une contrainte, mais comme un levier d’émancipation, de cohésion et de progrès.






