Le mouvement de colère prend de l’ampleur à l’Unité de stérilisation centrale publique privée de Dijon (USCPP). Ce mardi matin, dès 8 heures, une trentaine de salariés se sont rassemblés devant leur établissement, situé à proximité immédiate du CHU Dijon Bourgogne, afin de dénoncer une dégradation continue de leurs conditions de travail et réclamer une meilleure reconnaissance salariale.
À l’appel de la CGT, les agents ont décidé de débrayer dans le cadre des négociations annuelles obligatoires. Les équipes de l’après-midi ainsi que celles de nuit ont également annoncé leur intention de rejoindre la mobilisation, signe d’un malaise profond au sein de cette structure essentielle au fonctionnement des établissements de santé de l’agglomération dijonnaise.
Une activité indispensable au fonctionnement des hôpitaux
Souvent méconnue du grand public, l’USCPP occupe pourtant une place stratégique dans la chaîne de soins. Chaque jour, les salariés de l’unité assurent la désinfection et la stérilisation des instruments médicaux utilisés dans les blocs opératoires, les services hospitaliers ou encore les urgences.
L’établissement fournit du matériel stérile au CHU Dijon Bourgogne, à l’hôpital privé Dijon Bourgogne de Valmy ainsi qu’à la clinique Bénigne Joly de Talant. Sans cette activité permanente, les opérations chirurgicales et de nombreux actes médicaux ne pourraient tout simplement pas être réalisés.
Malgré cette responsabilité majeure, les salariés disent souffrir d’un manque de considération et dénoncent un métier « invisible », pourtant indispensable à la sécurité des patients.
« Nous sommes un maillon essentiel du système hospitalier, mais nous avons le sentiment que notre travail n’est pas reconnu à sa juste valeur », explique Karima Sanchez, représentante CGT au sein de l’USCPP.
Une explosion de l’activité sans renforts suffisants
Depuis plusieurs mois, les agents constatent une hausse importante de leur charge de travail. En cause notamment : l’ouverture du pôle d’odontologie de l’Université de Dijon, équipé de douze fauteuils dentaires, qui a considérablement augmenté les volumes de matériel à traiter quotidiennement.
Selon les salariés, cette montée en puissance ne s’est accompagnée d’aucune augmentation significative des effectifs. Les équipes doivent désormais absorber un flux beaucoup plus important d’instruments à nettoyer, désinfecter et conditionner, tout en répondant aux demandes urgentes des services hospitaliers.
« Notre activité a quasiment doublé alors que les effectifs n’ont pas suivi. Nous devons gérer une masse de matériel toujours plus importante avec une pression constante liée aux urgences », souligne Karima Sanchez.
Les salariés décrivent un rythme de travail devenu difficilement soutenable, avec des cadences élevées et une organisation tendue en permanence.
Des équipes épuisées et des salaires jugés trop faibles
L’USCPP emploie environ 70 personnes réparties entre les équipes du matin, de l’après-midi et de nuit. Mais pour les représentants syndicaux, ces effectifs restent insuffisants face à l’augmentation de l’activité.
Le manque d’attractivité salariale est également pointé du doigt. Les agents estiment que les rémunérations ne correspondent ni aux contraintes du métier ni à la pénibilité des horaires, notamment pour les travailleurs de nuit. « Certains salariés de nuit gagnent environ 1 700 euros par mois pour des horaires allant de 21 heures à 5 heures du matin », dénonce la représentante syndicale.

La CGT réclame notamment une augmentation générale des salaires de 2 %, ainsi que le versement d’une prime de partage de la valeur de 1 000 euros pour l’année 2026. Au-delà de l’aspect financier, les salariés évoquent un climat de fatigue généralisée. Les heures supplémentaires obligatoires seraient devenues fréquentes, alimentant une forte lassitude parmi les équipes. « On nous demande d’aller toujours plus vite et les heures supplémentaires s’accumulent. Beaucoup de collègues commencent à être moralement épuisés », affirme Karima Sanchez.
Des inquiétudes sur les risques psychosociaux
Cette surcharge de travail fait naître des inquiétudes grandissantes concernant les risques psychosociaux au sein de l’établissement. Stress, fatigue chronique et démotivation sont régulièrement évoqués par les salariés, qui craignent une multiplication des départs si la situation ne s’améliore pas rapidement.
Dans un secteur aussi sensible que la stérilisation hospitalière, les agents rappellent que la qualité du travail repose aussi sur des conditions de travail stables et des équipes suffisamment nombreuses. Une erreur ou un retard dans la chaîne de stérilisation peut avoir des conséquences importantes sur l’organisation des soins et la sécurité des patients.
Des négociations qui restent dans l’impasse
Une rencontre entre la direction et les représentants du personnel s’est tenue ce mardi à la mi-journée. Mais les propositions formulées par la direction n’ont pas permis de convaincre les salariés mobilisés. Selon la CGT, la direction aurait proposé une augmentation salariale de 1,5 %, ainsi qu’une prime de partage de la valeur de 300 euros, avec un système de dégressivité en fonction des absences.
Des mesures jugées insuffisantes par les grévistes, qui maintiennent leurs revendications initiales. Le mouvement doit donc se poursuivre mercredi matin. Si la mobilisation venait à s’intensifier, elle pourrait avoir des répercussions sur l’activité des blocs opératoires des établissements de santé desservis par l’USCPP.

