Ce mardi 19 mai 2026, à 11 heures, la cour de la gare de Dijon a officiellement été renommée cour de la gare Pierre-Semard. La cérémonie s’est tenue sur le parvis de la gare, au 31 cour de la gare, en présence de Nathalie Koenders, maire de Dijon, de Laurent Michelin, directeur régional des gares Bourgogne-Franche-Comté SNCF Gares & Connexions, ainsi que de représentants de la CGT cheminots, d’élus, d’associations et de descendants de Pierre Semard.
Cette renomination fait suite à un rapport adopté par le conseil municipal du 15 décembre 2025. Par ce geste symbolique, la Ville de Dijon, la SNCF et la CGT ont souhaité rendre hommage à une figure majeure de la Résistance française, du syndicalisme cheminot et de l’histoire sociale du pays. Pierre Semard, cheminot engagé au sein de la Compagnie Paris-Lyon-Méditerranée, dont Dijon fut un nœud ferroviaire majeur, a été fusillé par les nazis le 7 mars 1942.
La cérémonie a été ouverte par Laurent Michelin, directeur régional des gares Bourgogne-Franche-Comté. Au nom du groupe SNCF et de la direction des affaires régaliennes et mémorielles, il s’est dit « très honoré d’ouvrir ce moment de mémoire et d’hommage ici sur la cour de la gare à Dijon qui va être renommée ».
Dans son discours, il a rappelé que la politique mémorielle de la SNCF « fait le lien entre l’histoire de l’entreprise et les grands récits nationaux ». Selon lui, le groupe SNCF est « garant de la mémoire des cheminots, anciens combattants » et organise chaque année des commémorations officielles, notamment le 8 mai, le 11 novembre ou encore le ravivage de la flamme à l’Arc de Triomphe, en lien avec les associations mémorielles et les institutions de l’État.

Laurent Michelin a également insisté sur le travail engagé par la SNCF depuis plus de trente ans autour de la mémoire et de la transparence. Ce travail s’appuie, a-t-il rappelé, sur « l’ouverture des archives, le soutien à la recherche historique et à la collecte de témoignages » afin d’honorer la mémoire des victimes de la déportation et des cheminots résistants. Il a souligné que « plus de 10 300 cheminots ont été tués, exécutés ou sont morts en déportation », que le réseau Résistance-Fer a reçu la médaille de la Résistance avec rosette et que près de 1 600 cheminots ont été décorés individuellement.
Revenant à l’histoire de Dijon, Laurent Michelin a rappelé que la gare n’est « bien plus qu’un simple lieu de passage ». Pour lui, elle « fait partie du paysage, de la vie quotidienne et de l’histoire de la ville ». Depuis le XIXe siècle, la gare de Dijon constitue un carrefour ferroviaire majeur, au croisement des grandes lignes reliant Paris, Lyon, la Méditerranée et l’Europe. Elle a accompagné, selon ses mots, « les grandes transformations économiques et sociales du territoire et les mobilités du quotidien ».
Mais l’histoire de la gare porte aussi les traces de la Seconde Guerre mondiale. Laurent Michelin a évoqué les bombardements de septembre 1944, qui ont durement frappé les installations ferroviaires et la gare elle-même, quelques jours avant la libération de Dijon. Malgré les destructions, l’activité a repris, « portée par la détermination des habitants et des cheminots ». À sa manière, a-t-il déclaré, « cette gare fut une résistance, une résistante. Elle s’est relevée, reconstruite et a continué à jouer son rôle au service de paix ».
C’est dans cette histoire que s’inscrit, selon lui, la figure de Pierre Semard. Né en Bourgogne, cheminot et militant engagé, Pierre Semard a notamment représenté le personnel au conseil d’administration de la SNCF lors de sa création en 1938. Arrêté en novembre 1939, emprisonné, puis livré par les autorités de Vichy aux autorités d’occupation, il fut fusillé par les Allemands le 7 mars 1942.
Pour Laurent Michelin, Pierre Semard « représente pour toutes et tous, et pas seulement pour les agents de la SNCF, la force d’un engagement, l’opposition au fascisme et le courage ultime devant la barbarie ». La pose de cette plaque et la cérémonie de ce mardi permettent, selon lui, de transmettre des valeurs aux générations qui empruntent chaque jour cette gare.
Il a conclu en rappelant que la Ville de Dijon, la SNCF et la CGT s’associent dans cet hommage pour illustrer leur attachement commun « au devoir de mémoire, au service public ferroviaire et à la démocratie ».
Après lui, Nathalie Koenders, maire de Dijon, a pris la parole. Elle a d’abord salué les élus présents, les représentants de la SNCF, les responsables de la CGT cheminots, les associations, ainsi que les descendants de Pierre Semard. Elle a rappelé que cette démarche avait été initiée un an plus tôt par la section fédérale CGT des cheminots de Dijon.
« Il y a un an, la section fédérale CGT des cheminots de Dijon me sollicitait pour donner à la cour de la gare de Dijon le nom de Pierre Semard », a-t-elle rappelé. La maire a précisé que cet espace ne relevant pas directement de la Ville mais de la SNCF, elle avait alors écrit à l’entreprise ferroviaire. Elle a remercié Michaël Vandernoot, secrétaire général de la section CGT des cheminots de Dijon, pour cette initiative, ainsi que SNCF Gares & Connexions pour son soutien.
Pour Nathalie Koenders, cette coopération permet aujourd’hui « d’inscrire dans l’espace public dijonnais le nom et la mémoire d’une grande figure du syndicalisme cheminot, du militantisme politique et de la Résistance ». La maire a rappelé que Pierre Semard a défendu jusqu’à son exécution par les nazis « les valeurs de solidarité, de paix et de justice sociale ».

Elle a souligné son rôle dans l’histoire sociale et politique française de la première moitié du XXe siècle. Secrétaire général de la Fédération nationale CGT des cheminots et secrétaire général du Parti communiste français, Pierre Semard a marqué durablement l’histoire du mouvement ouvrier. Nathalie Koenders a rappelé qu’il fut « un de ceux grâce auxquels la France renaît », reprenant les mots employés en 1945 par les dirigeants du comité central du PCF dans un hommage qui lui fut rendu.
Donner son nom à la cour de la gare de Dijon revêt, selon elle, un sens très fort. Pierre Semard, a-t-elle rappelé, « n’a cessé de défendre l’idée d’un rail placé au service de la justice sociale et territoriale, indissociable des femmes et des hommes qui le font vivre ». Pour cette raison, lui rendre hommage devant la gare de Dijon apparaissait comme « une évidence ».
Nathalie Koenders a également insisté sur le rôle quotidien de la gare dans la ville. Elle l’a décrite comme une « porte d’entrée sur Dijon », la première image qui s’offre aux visiteurs lorsqu’ils descendent du train, mais aussi comme un lieu du quotidien, synonyme de départs et de retrouvailles. Chaque jour, a-t-elle rappelé, près de 16 000 voyageurs, touristes comme travailleurs, la traversent. « Tous verront désormais le nom de ce cheminot d’exception », a-t-elle souligné.
La maire a poursuivi en rappelant que Dijon est « une ville intrinsèquement ferroviaire et cheminote ». Historiquement, le développement de la ville est étroitement lié à l’arrivée du chemin de fer, le PLM, dès 1850. Aujourd’hui encore, par sa position au cœur du triangle Paris-Lyon-Strasbourg, Dijon demeure un nœud ferroviaire stratégique.
Nathalie Koenders a profité de son discours pour évoquer les enjeux actuels du transport ferroviaire. Elle a rappelé l’attente forte autour du rétablissement de la ligne reliant Dijon à l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle et à Lille, un dossier que la Ville suit de près. Elle a également souligné que Dijon et sa métropole portent « une attention toute particulière au ferroviaire », à l’intersection des défis écologiques, sociaux et d’attractivité.
Pour elle, le train est aujourd’hui « l’expression d’une société en phase avec son époque, qui se projette vers l’avenir, tout en demeurant fidèle à son passé ». Elle a donné l’exemple d’une initiative touristique locale : les visiteurs présentant un billet de train pourront bénéficier de tarifs réduits pour des visites touristiques et culturelles à Dijon, dans une logique de slow tourisme.
La maire est ensuite revenue à l’engagement de Pierre Semard dans la Résistance. Elle a cité ses derniers mots avant d’être fusillé : « Je meurs avec la certitude de la libération de la France. Dites à mes amis cheminots qu’ils ne fassent rien qui puisse aider les nazis. Les cheminots me comprendront, ils m’entendront, ils agiront. »
Elle a rappelé que la gare de Dijon porte elle aussi cette mémoire de la Résistance cheminote. Chaque année, c’est sur ce site qu’est rendu hommage aux sept cheminots résistants tués par les nazis le 19 avril 1944 à Stuttgart. Une plaque, apposée à l’entrée de la gare, rappelle le rôle joué par les cheminots dans la Résistance.
En conclusion, Nathalie Koenders a insisté sur la force symbolique des noms donnés aux lieux publics. « Une ville se construit et se raconte aussi par les noms qu’elle choisit d’inscrire dans son paysage », a-t-elle déclaré. Dénommer un espace public, selon elle, est « un acte fort » qui permet de garder dans la mémoire collective le souvenir de celles et ceux à qui la société doit beaucoup. « Pierre Semard en fait partie », a-t-elle conclu, ajoutant que Dijon honore aujourd’hui sa mémoire et réaffirme « haut et fort les valeurs pour lesquelles il a inlassablement lutté ».
Le troisième discours, prononcé au nom de la CGT cheminots, a donné à la cérémonie une tonalité plus militante. L’orateur a d’abord exprimé l’émotion du moment, en saluant les cheminots, les élus, les représentants de la SNCF, ainsi que Pierrette, petite-fille de Pierre Semard, et ses arrière-petits-enfants.
Il a remercié la mairie, la SNCF et les cheminots qui ont permis la réalisation de cette initiative. « Honorer la mémoire de Pierre Semard ce 19 mai 2026 revêt une dimension particulière », a-t-il déclaré. Quatre-vingt-quatre ans après son assassinat, il a estimé nécessaire de mesurer à quel point certains repères historiques peuvent s’effacer si le devoir de mémoire n’est pas entretenu.
Dans son intervention, Thierry Nier, Secrétaire général de la CGT Cheminots a présenté Pierre Semard comme un homme visionnaire. Selon l’orateur, les historiens et ses compagnons de route ont souvent dit qu’il avait contribué à écrire « les premières pages d’une conception moderne du syndicalisme ». Pierre Semard, a-t-il rappelé, prônait déjà le rassemblement des salariés, l’unité dans les luttes et la construction du rapport de force.
Il défendait l’idée d’un syndicalisme à la fois force de contestation et force de propositions alternatives. Ce syndicalisme devait permettre de mobiliser les salariés afin de négocier sur des bases revendicatives construites avec eux. L’orateur a aussi rappelé que Pierre Semard défendait l’indépendance du syndicalisme vis-à-vis des partis politiques, tout en affirmant avec clairvoyance qu’« indépendance ne signifie pas neutralité ».

Pour la CGT, ces idées étaient guidées par des valeurs profondément humaines : la paix, la justice, la démocratie, la solidarité entre les hommes et les femmes, la solidarité entre les peuples, ainsi que le respect de l’être humain et de son travail. Ces valeurs, a souligné l’orateur, ont pris une acuité particulière ces dernières années.
Le représentant syndical a insisté sur le fait que cette cérémonie ne devait pas être un simple rappel historique. Il s’agit, selon lui, de faire en sorte que celles et ceux qui sont morts pour défendre ces idéaux servent de guides et engagent les générations actuelles à prolonger leur combat. C’était, a-t-il rappelé, la volonté de Pierre Semard lui-même, exprimée dans le message transmis aux cheminots quelques heures avant son exécution.
Le discours a ensuite pris une dimension politique. L’orateur a rappelé que Pierre Semard fut assassiné par les nazis et le gouvernement de Vichy. Il a ensuite alerté sur la montée de l’extrême droite en Europe et en France, estimant que Pierre Semard aurait aujourd’hui constaté avec inquiétude cette progression. Pour la CGT, le combat contre le fascisme demeure d’actualité.
L’intervention a également abordé la question de la paix. L’orateur a rappelé que Pierre Semard avait été emprisonné pour avoir combattu la guerre au Maroc et a dénoncé les guerres contemporaines, qu’il a présentées comme étant souvent justifiées par des prétextes fallacieux alors qu’elles seraient, selon lui, liées à des intérêts financiers, aux marchands d’armes et à l’exploitation des ressources naturelles. Il a mis en garde contre le risque d’un conflit mondial et contre la course aux armements.
« Les peuples n’ont pas besoin d’une nouvelle guerre mondiale », a-t-il affirmé, appelant à des cessez-le-feu immédiats partout où des conflits sont en cours. Il a rappelé que les premières victimes des guerres sont les populations civiles, contraintes de vivre au milieu des combats ou de fuir.
La CGT a ensuite établi un lien direct entre les combats de Pierre Semard et les revendications actuelles des cheminots. L’orateur a cité plusieurs exemples : les négociations pour les congés payés, la réduction du temps de travail hebdomadaire, la défense d’une entreprise nationale publique, unique et intégrée, ainsi que l’exigence d’un service public ferroviaire au service de la nation, des territoires et des citoyens.
Selon lui, les combats de Pierre Semard restent modernes et d’actualité. Il a dénoncé les politiques qui, selon la CGT, cherchent à transformer la SNCF en entreprise marchande et rentable, en rupture avec l’idée d’un service public ferroviaire. Il a également critiqué la suppression des recrutements au statut, affirmant que la CGT y oppose « un nouveau statut du travail cheminot ».
Thierry Nier a ensuite rappelé que les opposants aux conquêtes sociales ont toujours utilisé les mêmes arguments. Hier comme aujourd’hui, a-t-il déclaré, les congés payés, la réduction du temps de travail, la protection sociale solidaire, les conventions collectives ou encore la redistribution des richesses produites sont présentés par certains comme des menaces pour l’économie. Il a dénoncé les discours contemporains fondés sur la mondialisation, le libéralisme ou la concurrence libre et non faussée.
La CGT a également critiqué les politiques européennes de réduction des dépenses publiques, qu’elle associe à une austérité permanente pour les peuples et à des cadeaux au patronat et à la sphère financière. En France, l’orateur a dénoncé la casse des services publics, les licenciements, les fermetures d’entreprises et les salaires jugés insuffisants, notamment à la SNCF.
Il a ensuite évoqué les réformes de 2014 et 2018, qui ont profondément transformé l’entreprise publique SNCF. Selon lui, ces réformes visaient à ouvrir le rail au marché et à en faire une source de profit. Pour la CGT, c’est l’œuvre syndicale issue de la réunification des entreprises ferroviaires en une SNCF publique en 1937 qui se trouve aujourd’hui menacée.
Le représentant syndical a réaffirmé l’engagement de la CGT pour des services publics efficaces, que ce soit dans le transport ferroviaire, l’hôpital, l’énergie, l’éducation ou les télécommunications. Il a salué les luttes menées localement et nationalement pour l’emploi, les conditions de travail, l’ouverture des gares et des guichets. Ces luttes, a-t-il affirmé, sont nourries de propositions et de projets complets, tant pour le transport de marchandises que pour le transport de voyageurs.
Dans ce cadre, il a annoncé que ces idées seraient réaffirmées lors d’une grève nationale unitaire dans le secteur ferroviaire, prévue le 10 juin. Cette mobilisation, impulsée par la Fédération CGT des cheminots, s’inscrit selon lui dans un travail unitaire mené depuis plusieurs mois.
En conclusion, le représentant de la CGT a appelé à poursuivre l’œuvre de Pierre Semard. Cela passe, selon lui, par la défense et le développement des services publics, l’amélioration du cadre social, des conditions de vie et de travail, ainsi que par des batailles renforcées sur l’emploi et les salaires. Il a rappelé que les générations précédentes, dans des contextes plus difficiles, ont su élever les consciences et gagner des conquêtes sociales qui restent aujourd’hui des bases revendicatives.
« Honorer la mémoire de notre camarade Pierre Semard en 2026, 84 ans après son assassinat, n’a rien d’archaïque et encore moins de passéiste », a-t-il déclaré. Pour la CGT, cet hommage est au contraire une invitation à poursuivre les mêmes combats pour une société plus humaine, plus juste et pour la paix entre les peuples.
Avec cette cérémonie, Dijon inscrit donc dans son paysage urbain le nom d’un homme dont le parcours croise l’histoire du rail, du mouvement ouvrier et de la Résistance. La cour de la gare Pierre-Semard devient un lieu de mémoire visible par les milliers de voyageurs qui fréquentent chaque jour la gare.
Au-delà de la plaque dévoilée, cette renomination rappelle le rôle des cheminots dans l’histoire nationale et locale. Elle rappelle aussi que la gare de Dijon n’est pas seulement un lieu de passage : elle est un espace public, un lieu de mémoire, un symbole de service public et un témoin de l’engagement de celles et ceux qui ont défendu la liberté, la démocratie et la justice sociale.



















